Heureusement que tout le monde n’a pas le nez dans le guidon à gérer la crise au quotidien, qu’il y en a qui se décarcassent pour réfléchir au coup d’après en véritables joueurs d’échecs – le mot est juste et au pluriel – à la petite semaine. Un article du Point nous révèle l’analyse d’un « cacique » du bureau politique de La République en marche. « Il faut sustenter l’opinion publique, calmer les oppositions, mais surtout protéger le président de la République. » On pensait qu’il fallait surtout protéger les Français, mais ce n’est peut-être pas le sujet, me direz-vous.

« Sustenter l’opinion publique » ? La nourrir, l’alimenter (sous perfusion ?), la goinfrer, la gaver, quoi. Tant qu’ils en ont plein la bouche, ils ferment leur gueule. Et il est vrai qu’à ce niveau, on ne craint pas la rupture des produits de première nécessité, livrés dans un flux incessant par les chaînes alimentaires d’information. Voyez la visite de Macron à Raoult, jeudi ? Avec ça, on les a tenus du goûter au dîner avant qu’ils ne zappent pour revoir pour la centième fois la 7e Compagnie, tellement d’actualité, il faut bien dire.

Donc, protéger le PR, comme on dit pour faire celui qui fréquente les milieux autorisés. Comme ils savent que tout le château de cartes qu’ils ont bâti en 2017 repose uniquement sur ce roi de cœur devenu, entre-temps, as de pique, il est donc vital de le protéger. Et comme le jour d’après, il faudra bien régler les comptes ou, tout du moins, faire semblant de, il faut trouver des « fusibles ». C’est vieux comme la politique. Et le cacique de lancer : « , c’est un bon fusible, non ? » Le Point n’emploie pas le mot mais l’on devine dans cette interpellation une pointe de cynisme évidente.

C’est vrai que, dans son rôle de croque-mort en chef, il serait parfait, le bon docteur Salomon. Le profil idéal. D’autant qu’en tant qu’ancien membre du cabinet de Marisol Touraine, c’est un rescapé du hollandisme. Vous me direz que Macron aussi. Tout comme Véran, qui fut rapporteur de la loi Santé portée par Marisol Touraine, en 2015. Interrogé, à l’époque, sur le tiers payant intégral généralisé, il déclarait : « J’écoute religieusement la ministre qui dit qu’elle ira jusqu’au bout de cette réforme. » Depuis, il s’est converti au macronisme. Tout comme Benjamin Griveaux, lui aussi au cabinet Touraine de 2012 à 2014. Mais bon, lui, il a réglé lui-même son cas, en homme sachant prendre les choses en main. Tout comme Gabriel Attal, membre, lui aussi, du cabinet de Marisol Touraine de 2012 à 2017 (cinq ans, ce n’est pas rien…). Décidément, quelle pépitière, ce cabinet ! Aujourd’hui, le jeune homme est un sémillant secrétaire d’État auprès de Jean-Michel Blanquer et promis au plus bel avenir. Passons. Non, franchement, Salomon, c’est le bon niveau. Maintenant, tout le monde le connaît. Pas ministre, mais c’est tout comme. Pratique. En plus, il fait pas vraiment très sympa, ne fait pas rire du tout, à la différence de Sibeth Ndiaye.

Sauver le président de la République. Remarquez qu’il se débrouille pas mal tout seul. Lors de sa visite, le 9 avril, à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, n’a-t-il pas déclaré à une soignante qu’il ne prendrait pas « les responsabilités pour tout ce qui a été fait avant » pour l’hôpital durant les quinze dernières années ? On peut le comprendre. Néanmoins, il y a bien une période qu’il faudra peut-être assumer, c’est les trois premières années de son mandat. Plus encore, peut-être, ces quelques semaines fatidiques où il aurait été au courant, si l’on en croit les déclarations de Mme Buzyn au Monde, de l’ampleur de la crise sanitaire qui s’annonçait. L’émissaire du soir : un bouc idéal ? Un peu court, peut-être…

11 avril 2020

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