La collecte de signatures visant à organiser le référendum d’initiative partagée concernant l’avenir d’Aéroports de Paris (ADP) vient d’atteindre un million de soutiens. Symboliquement, donc, est franchi le seuil promis par le président de la République, , dans son projet de réforme constitutionnelle pour déclencher la procédure référendaire. Ce changement de seuil, qui revient à le diviser par cinq, tarde cependant à venir. Rien ne garantit, d’ailleurs, que le Président s’en tienne à cette proposition.

Pour autant, force est de constater que malgré ce succès d’estime (un million de signatures), la campagne référendaire demeure poussive et incertaine dans son issue. Contrairement à ce que peut avancer une figure politique comme Éric Coquerel, député France insoumise de la Seine-Saint-Denis, l’opposition à la privatisation d’ADP n’est pas « majoritaire dans le pays ». Les sondages d’opinion estiment, en effet, que 20 % des Français y sont sensibles seulement ; le seuil actuel de signatures (de l’ordre de 2,2 % du corps électoral) et le ressenti de la rue le prouvent de même.

Il faut dire que, depuis le lancement de la collecte des signatures en juin, le gouvernement ne fait rien pour faciliter les choses. L’on a beaucoup parlé, à raison, du manque d’ergonomie et de l’aspect contre-intuitif de la plate-forme Internet chargée de collecter les paraphes, sur le site du ministère de l’Intérieur. Mais le problème est en réalité beaucoup plus large.

Pour commencer, un certain nombre des quatre mille réclamations déposées auprès du Conseil constitutionnel concerne l’absence de communication officielle de l’État et des médias de service public sur la tenue de ce référendum. Les sages viennent, en effet, de trancher en octobre sur le fait que, selon eux, l’information des électeurs « par le gouvernement n’est pas obligatoire » concernant le référendum sur les ADP. Auparavant, le ministre de l’Intérieur, , avait rejeté la possibilité d’une information sur l’audiovisuel public, après audience d’opposants à cette privatisation. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), en toute logique, a parlé de même.

Ensuite, le fait que, hors signature numérique, la signature papier du référendum ne soit accessible que dans les mairies de chefs-lieux de cantons ne facilite pas non plus les choses. Les discours quasi positivistes sur la « République numérique » comme rempart au manque d’accessibilité à l’Internet de certains publics — personnes âgées ou handicapés —, a fortiori dans les territoires ruraux, ne tiennent pas face à ce genre de pratique. Il conviendrait de proposer cette possibilité dans toutes les mairies de France.

Les choses ne pourront être améliorées qu’avec une mobilisation citoyenne plus forte encore. Ce premier million a au moins le mérite de rappeler l’existence du référendum. En vue du deuxième million, rappelons avant tout qu’il ne s’agit pas là d’une simple pétition numérique, au sens profane, mais d’un enjeu de souveraineté !

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