Un cocktail pour fêter la loi sur l’euthanasie : quand un ministre pédale dans la semoule

Un « cocktail de célébration » pour marquer le coup du vote de la loi sur l'euthanasie. Le ministre dément.
Capture d'écran CNews.
Capture d'écran CNews.

Au début, on se dit qu’au mieux, c’est une « fake news », une blague (pas très drôle),; tiens, un coup de l’IA et, au pire, encore une manipulation des Russes. Qui sait ? Et puis non, on découvre que c’est pour de vrai. Le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement organise un pince-fesses - pardon, une réception - « à l’occasion du vote définitif sur la proposition de loi "Fin de vie" ». Quand ça, où ça ? Le 15 juillet à 20 heures, au siège du ministère de cet illustre inconnu qu’est le ministre délégué, M. Laurent Panifous, ancien socialiste, député du groupe LIOT jusqu’à sa nomination au gouvernement en remerciement de la non-censure de Sébastien Lecornu d’une majorité de députés de son groupe.

 

Comme disent les jeunes, aujourd’hui : « Né avant la honte »

Car il y a une certaine indécence, ou plutôt indécence certaine, à inviter à une réception alors que, jusqu’à nouvel ordre, la loi n’a pas été adoptée définitivement par l’Assemblée nationale. Certes, c’est bien connu, gouverner, c’est prévoir, et il faut bien cerner les effectifs rationnaires afin que le traiteur puisse préparer au plus juste les petits fours et les bouteilles de champagne. Le souci des deniers publics, sans doute. Au passage, on devine, en lisant l’invitation, que ce cocktail ne se résumera pas à un modeste « verre de l’amitié » avec gobelets en plastique (pardon : en carton), genre anniversaire d’une collègue de bureau : les invités sont priés d’indiquer leurs « éventuelles contraintes alimentaires »…

Mais qui dit que le vote final des députés sera favorable à l’instauration de l’euthanasie en France ? À chaque passage au palais Bourbon, le nombre de votes favorables ne cesse de baisser : « l'écart se resserre », comme le faisait remarquer notre confrère Yves-Marie Sévillia, le 30 juin dernier. Certes, il est peu probable que cette loi soit rejetée, mais la première décence ne commande-t-elle pas d’attendre les résultats du vote ?

Indécence, ensuite, lorsqu’on apprend que les membres de la Convention citoyenne sur la fin de vie sont invités à cette réjouissance, par l’intermédiaire du Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui prendra en charge l’hébergement et le transport jusqu’à Paris. Tant qu’à faire... Ceux qui ont des doutes sur l’utilité du CESE devront corriger leurs préjugés : le CESE, à ses heures perdues, peut aussi faire tour-opérateur. Rappelons que cette Convention citoyenne, imposée par Emmanuel Macron, avait approuvé, en avril 2023, à 76 % la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. D’aucuns avaient alors dénoncé, comme Jean-Frédéric Poisson, « la méthode de travail, pour y aboutir, y compris la manipulation, le déséquilibre dans la présentation des différents points de vue ».

Indécence, enfin, évidemment, qui consiste à organiser un « cocktail de célébration », pour rependre les mots du CESE, à l’occasion d’une loi relative à la mort. Le professeur Philippe Juvin, député LR, a d’ailleurs vivement réagi, sur X : « Un "cocktail de célébration" pour la loi sur l’aide à mourir, accueilli au ministère des Relations avec le Parlement, transport et hébergement payés par le CESE. On ne "célèbre" pas un texte qui touche à la mort. La gravité du sujet et l’inquiétude qu’il soulève exigent de la retenue. Le respect de l’argent public aussi. » Il en appelle, d’ailleurs, à l’annulation de cette festivité. Le député RN Christophe Bentz, lui aussi ardent opposant à cette loi, a partagé l’indignation de son collègue LR.

 

« Un instant de honte est vite passé »

Mais, nuitamment, le ministre a opéré un rétropédalage des plus remarquables sur ce qui risquait de devenir un scandale d'État : « J’ai forcément une attention particulière pour le travail des membres de la Convention citoyenne sur la fin de vie. Leur présence à l’Assemblée nationale était l’occasion d’échanger avec eux, quelle que soit leur opinion, à l’issue du processus législatif. » Très bien. Et d’ajouter : « J’ai trop de respect pour le travail parlementaire, pour les différentes sensibilités sur un texte qui interroge nos convictions les plus profondes pour organiser un cocktail ou une célébration. Il n’en a jamais été question, contrairement à ce que laisse penser le mail d’invitation du CESE. » Très bien, encore. Mais la correspondance émanant du ministère de M. Panifous (publiée sur X par Bruno Retailleau), c’est un faux, un coup des Russes ? D'ailleurs, les réponses à l’invitation devaient être communiquées avant ce jeudi 12 heures… On est rassuré, on est dans les temps pour décommander le traiteur. « Né avant la honte », disent les jeunes. On dit aussi : « Un instant de honte est vite passé. »

 

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

85 commentaires

  1. A quand le cocktail « pince-fesses » pour célébrer le VOTE de la Loi sur le rétablissement de la peine capitale ???? qui pour le peuple de France est plus important que celui de l’aide à mourir ?

      • Sans faire un sondage national, il suffit de questionner toutes les connaissances que vous avez pour savoir qu’elles souhaitent toutes la peine capitale pour rétablir la sécurité dans notre pays. Il n’y a rien de plus dissuasif pour stopper la barbarie. C’est ainsi que les anciens ont civilisé les peuples. Faites de même de votre côté et vous serez renseigné.

  2. On peut commencer à s’inquiéter de vieillir dans ce pays:le pied est dans la porte, jusqu’où vont ils s’arrêter?

  3. Ils voulaient fêter ça nos petits cavaillon! Pris la main, presque, dans le pot de caviar!
    Mais, on les comprend bien. Cette loi devrait améliorer les comptes publics.

  4. Annulé ou pas, ce cocktail dinatoire est une honte ! Et si malgré la levée de boucliers contre ces minables petits hommes gris politiques déconnectés du réel ne suffit pas, je leur dis la chose suivante : Messieurs-Dames, que la première bouchée vous régale et que la dernière vous étouffe !

  5. Ce ministre, sorti du néant par la grâce de Jupiter 1er est à l’image de la macronie.
    Se défausser, expliquer aux gens qu’ils n’ont rien compris, accessoirement mentir, le but étant de s’en sortir les cuisses propres.
    Sur un sujet aussi sensible, ce ministricule devrait avoir la décence de démissionner.

  6. Est-ce à dire qu’avec une telle loi on puisse, par dérive, justifier tout crime, le criminel se retranchant derrière le privilège d’avoir voulu seulement Euthanasier sa victime, comme d’un service qui lui aurait rendu, pour son bien? Le crime était presque …parfait !

  7. Mais qu’est ce que c’est que ces fonctions abusives, de gens inconnus qui osent, sois disant, représenter la volonté du peuple français. Moi aussi, j’ai droit à une fonction « bidon »…

  8. En plus il ne l’annule pas il la reporte , un pourri comme on en a l’habitude chez Lecornu et cie , se foutre de la gueule de gens qui souffrent , âgés dans les EPHAD, tout ça pour les faire partir plus tôt car trop à charge pour l’Etat car le fond est là , et en se payant un cocktail à nos frais pour fêter ça ? Ce mec devrait démissionner mais non il reporte en plus , à vomir

  9. Comment peut-on avoir l’idée d’organiser un cocktail pour fêter une loi donnant le permis de tuer.
    Où sont rendus notre société et nos hommes politiques?

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