[TRIBUNE] Lyhanna : l’affaire de trop

Lyhanna est désormais le visage d'une enfant qui interroge un système qui, à force de se protéger lui-même, a cessé de protéger ceux pour lesquels il existe.
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Trente-cinq ans de police m'ont appris une chose que les discours de tribune peinent à formuler : les drames prévisibles sont les plus insupportables. Non pas parce qu'ils frappent plus fort que les autres, mais parce qu'ils révèlent, sans équivoque possible, que le système savait. Qu'il avait à sa disposition les éléments pour agir. Et qu'il n'a pas agi.

Dans cette dramatique affaire Lyhanna, rien ne manquait en amont. Ni les signalements. Ni les procédures. Ni même, sans doute, la conscience du danger par certains acteurs de terrain. Ce qui a manqué - et c'est là que la responsabilité devient écrasante -, c'est la capacité du système à transformer l'information en décision, et la décision en acte. Un individu connu des services de sécurité et de la Justice, signalé, identifié, a continué d'évoluer librement jusqu'au passage à l'acte. Cette trajectoire n'est pas une anomalie. Elle est le produit logique d'un appareil pénal fragmenté, saturé, incapable de faire converger les alertes vers une réponse unique, rapide et contraignante.

J'entends déjà l'argument de la complexité. Il reviendra, ponctuel comme une horloge, dans les prochains débats parlementaires. La Justice est complexe, dit-on. Les équilibres processuels sont subtils. Les libertés individuelles méritent d’être protégées. Tout cela est vrai. Mais à force de protéger le système contre lui-même, on finit par ne plus protéger personne d'autre. La complexité invoquée à tout propos n'est plus un principe juridique : c'est un alibi institutionnel.

Ce que les professionnels — policiers, magistrats, travailleurs sociaux — dénoncent depuis des années dans un silence que les pouvoirs publics ont appris à tolérer, c'est précisément cela. Des chaînes d'information qui ne communiquent pas, des procédures qui se croisent sans jamais se coordonner, des délais qui transforment chaque alerte en lettre morte. Le cloisonnement n'est pas une fatalité technique. C'est une défaillance de gouvernance et, donc, une responsabilité politique.

Des « dysfonctionnements », comme le dit Macron ?

Qualifier ces réalités de « dysfonctionnements » est un euphémisme qui n'engage à rien. Un dysfonctionnement, on le corrige. Une faille structurelle, on la nomme et on la traite à la racine. La distinction n'est pas sémantique car elle conditionne la réponse. Tant que l'on s'en tiendra au registre du regret et de la commission d'enquête, on continuera à compter les drames sans jamais en briser la séquence.

La question posée par l'affaire Lyhanna est une question d'État. Elle ne concerne pas seulement l'organisation judiciaire. Elle touche à la conception que nous avons de l'autorité publique et de ses obligations envers les plus vulnérables. Un État qui dispose des moyens d'anticiper une menace identifiée et qui ne le fait pas n'a pas seulement échoué dans sa mission : il a trahi sa raison d'être.

Ce qu'il faut, ce ne sont pas de nouvelles lois. Les lois existent. Ce qu'il faut, c'est la volonté de les appliquer pleinement, avec les moyens humains, les outils de coordination nécessaires et l'autorité hiérarchique qui permettent à chaque alerte de produire une réponse réelle, documentée, tracée et exécutée dans les délais. Cela suppose un engagement politique qui refuse de se satisfaire du commentaire et qui accepte de mesurer les résultats. Non pas en flux d'audiences ou en nombre de procédures ouvertes, mais en vies préservées.

Lyhanna n'est pas seulement un prénom qui hantera les mémoires. Elle est désormais le visage d'une enfant qui interroge un système qui, à force de se protéger lui-même, a cessé de protéger ceux pour lesquels il existe.

Il est temps que cela cesse d'être acceptable.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 08/06/2026 à 16:05.

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Olivier Damien
Conseiller régional RN de Bourgogne-Franche-Comté, Commissaire divisionnaire honoraire

Vos commentaires

84 commentaires

  1. Voici que l’on propose une manière de Cour qui jugerait les magistrats. Mais elle fera « pschitt » comme les autres. Car la question est de savoir si nous voulons des magistrats élus et donc serviles comme aux USA, où un petit juge gonflé d’idéologie peut bloquer l’exécutif à Washington en attendant que la Cour Suprême ne le calme, ou si nous voulons les garder indépendants, ce que je préfèrerais. Mais là, il y une contrepartie que l’on doit exiger en retour de leur « irresponsabilité ». Car il n’y a, hormis eux, qu’une seule catégorie sociale qui n’et pas responsable : les enfants. Il faut donc qu’ils acceptent d’être dépolitisés, et à fond : je suis en faveur d’interdire tous syndicats de magistrats, toute appartenance à un parti politique, toute présence officielle à une manifestation politique de quel type elle puise être. Comme dans l’armée, autre corps régalien, pas de droit de grève. Et je vais plus loin : comme les enfants, pas de droit de vote. Ceci est absolument nécessaire à la restauration de la justice en France, c’est à dire à la restauration de l’état et de la nation. S’ils refusent, alors il faut les rendre responsables, avec Conseil de l’Ordre et pouvoir disciplinaire. Tout ceci sans préjudice de la réforme judicaire elle-même, en particulier de celle qui doit raboter les privilèges exorbitants des juges d’application des peines, qui réduisent les sanctions jusqu’au ridicule.

  2. Aujourd’hui, on peut lire dans la presse : « La colère est une très mauvaise conseillère » >> Quant à moi, je dis : c’est peut-être vrai, mais PAS DANS CE CAS-CI (on sait bien QUI aurait pu dire ça dans un moment pareil). La colère couve depuis un bon moment déjà ; ça suffit. J’exige (nous exigeons ?) une loi stricte et des mesures claires, fermes et immédiates. On tergiverse depuis des années. On devrait organiser une marche hebdomadaire dans toutes les grandes villes du pays jusqu’à ce que des mesures décisives soient prises — même si cela implique le remplacement de certains dirigeants politiques ! On espère que cela contribuera à empêcher de futures marches blanches.

    • Comme disait jadis Raymond Barre: « Ils peuvent crier tant qu’ils veulent. Dites-leurs qu’ils n’auront rien ». Vous pouvez marcher toutes les semaines, comme pour toutes les manifestations de protestation, rien ne changera tant que le sommet de l’État et ses obéissants ministres seront encore là.

  3. La goutte d’eau qui fait déborder le vase, la justice va revenir sous l’autorité du peuple!!!

  4. Le résultat d’une magistrature islamo-écolo-gauchistes, où la politique commande les décisions. Le « mur des cons » existe toujours et il est bien plus important que la vie de Lyhanna.
    Le « syndicat de la magistrature » rend une justice où le deux poids deux mesures est roi. Et le conseil constitutionnel aux ordres de macron ridiculise le parlement donc la voie du peuple de France.

    • Les procureurs se plaignent d être jetés en pâtures. C est toujours comme ça. Personne est responsable !

  5. De tout cœur avec les parents qui en plus de leur peine d’avoir perdu leur enfant doivent supporter tous les commentaires expliquant qu’on aurait pu éviter ce drame si l’administration avait fait son travail et que personne est responsable !!

  6. Tout cela n’est que « malheureusement » le fruit d’une politique désastreuse . Une incompétence totale de ces gouvernements successifs et de Macron ,évidemment .

  7. Depuis plus d’un demi-siècle la pensée correcte, « éclairée », imposée en France est la Non-Répression de la délinquance. Priorité à la « Réinsertion ». A l’exception de quelques très rares domaines comme le grand trafic de drogues dures les délinquants ne seraient que des « malades », des incompris, des victimes de la société. La vague d’indignation actuelle à propos de l’affaire Lyhanna est totalement hypocrite de la part de nos gouvernants. Les Juges, fortement encadrés statutairement, n’ont fait qu’obéir aux politiciens et aux idéologues. S’il y a un ménage à faire c’est d’abord chez les responsables, au sommet de la société, pas chez les juges qui ne sont que des fonctionnaires, comme les policiers. C’est au peuple de voter pour des élus qui gouverneront autrement, les juges jugeront autrement

    • Je ne suis pas d’accord avec vous. La justice est indépendante. Tellement indépendante qu’une partie d’elle peut appliquer ses convictions politiques sans qu’aucune contrainte ni sanction ne puissent être prise contre elle, même par le Garde des Sceaux. La justice, de par cette indépendance, peut même adapter la loi sans que cela puisse engager sa responsabilité.

  8. cette soi disant justice ne protège que les RACAILLES .Dommage que beaucoup ne l’aient pas encore compris
    j’ai très peur pour ce qui arrivera en 2027

  9. Quand les viols ou meurtres ont été commis par des gens que la justice n’aurait pas du laisser en liberté, la réaction des media ou des ministres n’a jamais été celle d’aujourd’hui: sans doute, parce que le profil de l’accusé est le bon. S’il avait été un OQTF, ou un récidiviste des quartiers ghettos, on aurait eu moins de bruit. Par exemple, pour Philippine….silence média, quasiment. Idem pour Claire. Etc….

  10. Lyhanna n’est pas la première petite victime d’un dégénéré qui salit et violente l’innocence, mais l’accumulation des manquements, le rend unique. Pas d’autre choix que justice et police, oeuvrent sérieusement pour que pareille horreur ne se reproduise. Le choc national a été si puissant, que nous pouvons l’espérer ?

  11. Étonnant cette justice capable de nous traquer pour un point sur le permis de conduire pour quelques centimes oublies sur une déclaration d’impôts mais impuissante face aux assassins. Que l’on ne se rassure pas rien ne changera.

    • Fort avec les faibles et faible avec les forts ! Il est temps de demander des comptes aux magistrats comme dans toute autre corporation. C est le contribuable qui les paie. Ces magistrats ne doivent plus agir par idéologie ou est ce par incompétence ?

  12. « Flottille pour Gaza : une enquête ouverte par le PNAT après l’arrestation de membres français par Israël ».
    Pas de morts, pas de blessés, tout le monde rapatrié en France en bonne sante. Le PNAT ouvre cependant une enquête pour « tortures » et « crime de guerre ».
    CURIEUSEMENT, LÀ, LA JUSTICE NE MANQUE PAS DE MOYENS… Elle a temps, le personnel, les fonds pour tenter de poursuivre un pays qui s’est contenté de renvoyer chez eux, sans dommage des gens qu’il jugeait indésirables sur son territoire. Pendant ce temps et depuis 5 ans on laisse courir un violeur multi récidiviste et plusieurs fois dénoncé. Ils ont le sens des priorités, nos juges.

      • C est tout à fait juste. En fonction du sujet la justice a ou n a pas les moyens. Tout porte à croire que la justice est à géométrie variable. Il faut se souvenir du mur des cons. C était très violent et ça méritait des révocations.

    • En effet, je n’y avait pensé. En ce qui me concerne il y a quelques années, ma déclaration de revenus était insuffisante, me fut-il dit, car…il manquait un jour ! Je me suis creusé pour trouver, en effet, j’avais fait un essai dans une boite oubliée, et bien ce ne fut pas oublié par le fisc qui m’a demandé une explication. On aimerait une telle diligence ( sic) entre Toulouse et Auch !

  13. La justice n’est plus la justice. Des magistrats syndiqués qui font la loi comme bon leur semble. Le mur des cons montre leur état d’esprit. La justice n’est plus établie au nom du peuple. Après Lyhanna et tant d’autres, il faut que la justice rende des comptes et soit sanctionnée sévèrement. Il faut tout remettre à plat. Mais comment faire quand on voit l’état de la France et toutes ses dérives dans tous les domaines ? J’ai honte.

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