Editoriaux - International - 21 janvier 2019

Traité d’Aix-la-Chapelle : allégeance et soumission !

Non, il ne s’agit pas du dernier roman de Houellebecq mais du traité d’Aix-la-Chapelle, rédigé en grande discrétion, et qui prétend marquer l’anniversaire du traité franco-allemand de l’Élysée signé le 22 janvier 1963.

Certes, on ne peut que se réjouir de la réconciliation franco-allemande scellée par le traité de l’Élysée.

Toutefois, le traité que les deux gouvernements veulent signer, le mardi 22 janvier, n’est en rien comparable à celui de 1963, lequel organisait entre la France et la République fédérale d’Allemagne des concertations dans les domaines de la défense, de la politique étrangère, de la culture, de l’éducation et de la jeunesse.

On sait ce qu’il advint de ce traité que la Diète fédérale allemande, lors de son approbation, fit précéder d’une déclaration unilatérale soulignant les liens privilégiés de la RFA avec les États-Unis pour sa défense, ce qui vida de portée le traité franco-allemand.

Le nouveau traité d’Aix-la-Chapelle est d’une tout autre nature.

Son titre est révélateur de sa nature et de ses objectifs. Il ne se limite pas à la coopération entre la France et l’Allemagne mais appelle à “l’intégration franco-allemande”. Rien que ça !

Puis les deux gouvernements égrainent toute une série d’actions pour coopérer en matière de défense, de politique étrangère, et notamment au Conseil de sécurité de l’ONU, en Afrique pour le développement.

L’article 8-2 stipule : “L’admission de la RFA en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies est une priorité de la diplomatie […] franco-allemande.”

La France n’a, dès lors, plus de politique étrangère propre mais elle l’exerce sous le contrôle de l’Allemagne, capitale Berlin !

Le traité évoque, ensuite, divers domaines de coopération : la culture, l’enseignement, la recherche et la mobilité, qui sont des thèmes classiques de coopération.

Mais la coopération transfrontalière indique que “les deux États dotent les collectivités territoriales des territoires frontaliers et les entités frontalières comme les eurodistricts de compétences appropriées […] pour surmonter les obstacles à la réalisation de projets transfrontaliers…”

Prenons garde aux dérives : l’affaire de la Catalogne devrait servir de leçon et tempérer les ardeurs du régionalisme !

Ce projet de traité est une boîte de Pandore. À l’évidence, Emmanuel Macron recherche l’appui de l’Allemagne à tout prix, même au prix du statut de la France au Conseil de sécurité.

C’est inacceptable au regard de nos intérêts et du rang de la France dans le monde.

De plus, en collant littéralement à l’Allemagne, dont le poids économique est croissant, la France non seulement se vassalise, mais surtout elle envoie un message d’abandon aux autres pays européens qu’elle fait passer loin derrière l’Allemagne, pour laquelle Emmanuel Macron a les yeux de Chimène.

Une chose est certaine : Berlin n’a pas les yeux de Chimène pour Emmanuel Macron et imposera ses options en défendant pied à pied ses intérêts, comme l’Allemagne l’a toujours fait.

Assez d’illusions ! La France n’est pas l’Allemagne et ses intérêts ne sont pas ceux de l’Allemagne !

Emmanuel Macron rêve les yeux ouverts, la chute va être redoutable, car “qui sème l’illusion récolte la souffrance” (Elie Ben Gal).

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