Editoriaux - Politique - 18 février 2019

Tout le monde à la marche contre l’antisémitisme ! Sauf ceux qui ne sont pas invités…

La scène est glaçante. Il est là, calme, à regarder la furie qui se déchaîne à visage découvert, les insultes qui pleuvent, la rage écumante, les propos insanes. Et devant la sidération qui le fige, c’est la violence qui grimpe en flèche. Ils s’approchent, cherchent l’affrontement. On sent qu’au moindre mouvement d’Alain Finkielkraut, la horde vociférante va le lyncher.

Devant la haine qui monte et explose, totalement débridée, “les” partis politiques appellent les Français, mardi, à une grande marche contre l’antisémitisme. Donc contre le racisme extrême et pour le rassemblement de la nation. Sauf que…

Sauf que, une fois encore, il en est pour décider qui peut ou ne peut pas participer au grand rassemblement. Il y a ceux qui sont habilités à s’indigner et ceux qui ne le sont pas. Contre le racisme, la ségrégation et la discrimination « en raison de l’appartenance » à une race, une religion, etc., on décrète ainsi que le RN ne peut y figurer ès qualités. Quatorze partis politiques vont pointer sur la liste mais celui-là est interdit, au nom de la tolérance.

Cherchez l’erreur.

Invité d’Élisabeth Martichoux, lundi matin, sur RTL, le nouveau patron du PS Olivier Faure s’en explique. Il ne veut pas du Rassemblement national comme parti. Les autres, oui. Celui-là, non. Pas question d’unir, bras dessus, bras dessous, celle qui est arrivée deuxième à la présidentielle et ceux qui ont plafonné à 6 %. Les bons et les méchants, chacun dans son camp, tel que défini par la gauche morale.

Pour une fois, Élisabeth Martichoux pointe l’incohérence du propos, alors Olivier Faure se fend d’une concession : il veut bien de Marine Le Pen, mais à titre individuel ; hors de question d’inscrire son parti sur la liste. En revanche, il voudrait bien avoir Macron en guest-star : “Je souhaite que le président de la République soit présent pour manifester, pour incarner la République et dire que oui, la République condamne fermement, définitivement, de manière absolue toute forme de haine et notamment l’antisémitisme. Ce que Mitterrand avait fait à son époque, Emmanuel Macron doit le faire demain.”

Seigneur, pardonnez-leur… Car sait-il vraiment de quoi il parle, Olivier Faure ?

Il parle de l’affaire de Carpentras. De ce montage ignoble où le gouvernement socialiste aux abois, ne reculant devant rien, cynique jusqu’à l’obscénité, a manipulé l’opinion pour rendre le Front national coupable d’un acte odieux dont il savait très bien que ce parti n’était pas l’auteur.

Oui, ce jour-là, Mitterrand est descendu dans la rue avec des milliers de braves gens, persuadés qu’on disait vrai : la bête immonde s’était réveillée. Il a défilé avec eux derrière une effigie de Jean-Marie Le Pen empalé sur une pique. C’est, en effet, la première fois, en France, qu’un président de la République en fonction participait à une manifestation. Le Pen vient de faire un score d’audience à la télé, son parti est en pleine ascension. Il faut le casser et, surtout, empêcher toute possibilité d’alliance parlementaire avec les partis de droite.

La gauche “morale” récupère donc à son profit l’ignoble profanation perpétrée par quatre petits bourgeois locaux, adeptes de soirées orgiaques ; elle la met en scène et soulève le pays derrière le Président moribond qui, ce 15 mai 1990, défile de la République à la Nation.

Bien sûr, les uns et les autres (Hubert Védrine, notamment) dénonceront, des années plus tard, la manipulation. Le Pen demandera même des excuses d’État. Des témoins mourront d’étrange façon, les coupables seront finalement arrêtés quand toute l’affaire aura été oubliée. Mais le cynisme aura payé : le FN sera devenu durablement le repoussoir tant espéré.

Le Parti socialiste est, aujourd’hui, un chien crevé sur le bord de la route électorale. Olivier Faure, son nouveau patron, n’a pas l’excuse de la jeunesse. Cette manipulation, il la connaît. C’est ce qui rend plus odieuse encore sa référence historique.

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