Réclamer que le pouvoir et les autres formations politiques fassent l’objet de la même pugnacité médiatique que le RN, être toutefois aux antipodes de celui-ci et ne jamais voter pour lui, ce serait, bizarrement, la preuve que je serais d’extrême droite !

Consacrer un reportage partial et malhonnête au quartier de jeunesse nancéien de Nadine Morano dans l’émission « Quotidien » sur TMC, Valeurs actuelles soutenant ensuite la députée et dénonçant « la tyrannie des bien-pensants » et la « machine infernale » mise en place par Yann Barthès : ce n’est pas grave du tout, puisque ce dernier se flatte, par dérision, « d’être enfin en 2019 en Une d’un hebdomadaire d’extrême droite » et que Nadine Morano n’en est probablement pas loin selon lui !

Interdire Sylviane Agacinski et François Hollande, détruire les livres de celui-ci, crier des propos haineux contre Éric Zemmour, pourquoi se retenir puisqu’il ne s’agit que de l’extrême droite !

Cette jeunesse de l’ultra-gauche si spontanément violente et si éprise de censure, pourquoi se priverait-elle puisqu’elle combat l’extrême droite partout, sous ses visages multiples, et qu’elle est alors, forcément, honorable et révolutionnaire ?

Soutenir la police contre les manifestants qui l’agressent et la préférer aux délinquants et aux criminels qu’elle a la charge d’appréhender, c’est clair, c’est une attitude d’extrême droite !

Proposer l’ordre, la sécurité, un État de droit pour tous et pas seulement pour les transgresseurs, une République exemplaire où le pouvoir donne l’exemple : on n’est pas loin du fascisme, c’est l’extrême droite.

Ne pas dévoyer le droit d’asile et prétendre contrôler l’ au lieu de la laisser se développer sans frein ni limite, une aberration d’extrême droite !

Ne pas éprouver une compassion unilatérale pour les sans-papiers en oubliant les quartiers qu’ils rendent insupportables dans la quotidienneté, une horreur d’extrême droite !

Vouloir que les forces de l’ordre investissent les cités de non-droit, mettent fin au trafic de drogue qui y prospère et soient défendues par un pouvoir courageux sans être forcément présumées coupables, une position douteuse d’extrême droite !

Désirer la restauration de certaines valeurs dans les collèges et les lycées comme celles du respect, de l’autorité, de la concentration sur le savoir, c’est suspect, donc d’extrême droite !

Détester la judiciarisation de la pensée, rêver de pluralisme, aspirer à des débats vraiment contradictoires, ne pas vouloir chasser Zemmour de l’univers médiatique, ce n’est pas possible, c’est d’extrême droite !

Demander qu’on soit impitoyable avec l’islam politique, qu’on ferme les mosquées salafistes, préférer, et de très loin, une Zineb, même avec ses excès compréhensibles, à tous les idiots utiles qui créent le lit confortable de notre perte d’identité, c’est intolérable puisque c’est, évidemment, d’extrême droite !

Rappeler que la liberté et la responsabilité existent et que la société n’est pas coupable de tout, sentir la France déchirée, le gouffre s’aggraver entre ceux qui ont beaucoup et la masse qui a beaucoup moins, réclamer une représentation parlementaire plus juste du pays réel, c’est n’importe quoi, car d’extrême droite !

Se plaindre d’une Justice trop lente qui n’exécute pas les peines qu’elle prononce, d’une justice dans laquelle et face à laquelle le citoyen est perdu, c’est une protestation populiste d’extrême droite !

Dire qu’on est égaré dans un monde « qui fout le camp », détester la superficialité médiatique, les histrions et les bonimenteurs à la petite semaine, c’est le signe d’une maladie incurable qui est l’extrême droite.

L’extrême droite est devenue notre parti unique.

Puisqu’il n’y a plus rien sur les plans politique, social, économique, judiciaire et culturel, national et international qui, à un moment donné, ne soit pas paresseusement récusé grâce à l’étiquette commode et compulsive de l’extrême droite.

Ce serait ridicule si ce n’était pas pathétique.

Extrait de : Justice au Singulier
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