Notre classe politique a décidément un problème avec le peuple ; ce qui est toujours un peu gênant en démocratie, surtout pour ceux qui n’ont que le mot de démocratie à la bouche. À ce jeu, les écologistes sont imbattables, tel qu’en témoigne leur acharnement pathologique contre le .

La première échappée de peloton revient donc à , maire vert de Grenoble, qui tient la Grande Boucle pour « machiste et polluante ». Au sprint, il est tôt rattrapé par Jacques Boutault, maire du IIe arrondissement parisien, qui s’improvise commentateur en cyclisme et sociologie : « Il y a 35 % de chômeurs, on ne va pas leur donner du boulot, on va leur faire regarder le Tour de France. […] Ils restent dans leur canapé à rêver à des exploits de types hyper-dopés qui ne gagnent que parce qu’ils se font changer leur sang dans des cliniques. »

Ce que l’on appelle une sortie de route… Car il faut être singulièrement peu au fait des affaires du monde pour imaginer que le Tour de France n’est regardé que par des chômeurs et ne pas savoir que L’Équipe est le deuxième quotidien lu par les cadres, voire les politiques : l’ancien Premier ministre Lionel Jospin en fait son miel matinal, tel jadis Philippe Séguin, le défunt président de la Cour des comptes. Quant à la condamnation de substances prohibées, venant d’un responsable d’un parti prônant la libéralisation de drogues plus ou moins douces, voilà qui est des plus fumeux.

Quoi qu’il en soit, Yannick Jadot, qui tente de se donner une stature de présidentiable, a senti venir ce vent mauvais : « Je ne supporte pas cette façon d’insulter les Français, d’insulter les classes populaires. Il y a là un mépris de classe qui est absolument insupportable. […] Ce n’est pas en insultant les Français qu’on les rassemble, ce n’est pas en les méprisant qu’on les mobilise. » Là, soyons justes, ce vilain travers n’est pas que le fait des seuls Verts, puisque sentiment largement partagé dans le peloton de tête des classes dirigeantes.

À droite, il y a la commisération d’un Nicolas Sarkozy selon lequel les électeurs lepénistes ne seraient que des gens « qui souffrent », soit des malades à soigner d’urgence. Au milieu, c’est le complexe de supériorité, avec Gilles Le Gendre, ancien patron du groupe LREM à l’Assemblée qui, à propos des mesures gouvernementales objectivement assez peu compréhensibles relatives au pouvoir d’achat, reconnaît humblement : « Nous avons probablement été trop intelligents, trop subtils. »

À gauche, c’est peut-être encore plus décomplexé. Ainsi, après Mai 68, les enfants de bourgeois qui jouent aux révolutionnaires comprennent vite que le prolétariat continuera de voter pour les formations gaullistes et communistes, traditionnels partis d’ordre. Ce peuple, ayant trahi leur révolution de salon, devient donc à leurs yeux un ramassis de beaufs racistes et couperosés dont il n’y a plus rien d’intéressant à tirer.

De plus, droite et gauche n’ont d’autre choix que de s’unir contre la populace, ne serait-ce qu’en raison de l’immigration.

La première en a besoin pour faire tourner usines et services. La seconde pour se donner une raison d’être en faisant mine d’y voir une chance pur la France et, au passage, remplacer les bataillons d’électeurs passés du côté obscur de la force : le Rassemblement national. D’un côté, ce peuple n’est plus guère utile économiquement ; de l’autre, il fait perdre les gens de progrès aux élections. Sa seule finalité ? Demeurer cet épouvantail qui permet aux belles personnes de se donner un vernis d’humanisme à peu de frais.

Ces gens seraient pourtant bien inspirés de se méfier, tant le mépris grandissant vis-à-vis de ce que l’on nommait naguère les classes sociales dangereuses pourrait bien un jour exploser, que ce soit dans les urnes et les rues ; voire les deux à la fois.

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