Depuis deux mois, un climat insurrectionnel se développe au Togo. Furieuse de voir Faure Gnassimbé, président depuis déjà douze ans, essayer de faire modifier à nouveau la Constitution pour permettre sa réélection en 2020, la population descend dans la rue et multiplie rassemblements et manifestations.

Mosaïque de plus de quarante ethnies, le Togo n’est pas une terre de conflits tribaux d’envergure.

Héritier de son père Gnassimbé Eyadéma, dictateur formé par les Nord-Coréens, Faure Gnassimbé ne peut compter aujourd’hui que sur son armée, recrutée essentiellement parmi des Kabyés et sur l’ossature nationale du parti unique créé par son père, le RPT (Rassemblement du peuple togolais), qui quadrille le pays avec ses milices, et dont les cadres et les militants en retirent promotions et prébendes.

Le seul mot d’ordre qui circule, aujourd’hui, dans la population est « Faure Gnassimbé dehors ».

Mais l’exaspération n’est pas un programme politique et la rue manque totalement de repères.

Il y a aujourd’hui quatorze partis politiques d’opposition !

Pratiquement aucun de leurs leaders n’a d’expérience politique, ni d’envergure internationale, si l’on excepte l’avocat, ancien Premier ministre, Yawovi Agboyibo (73 ans), président du Comité d’action pour le renouveau (CAR) et à l’origine de la Commission togolaise des droits de l’homme.

Face à cette opposition mal fédérée, deux anciens Premiers ministres d’expérience, clairement aujourd’hui opposants du régime, cherchent à calmer la rue et exhortent le président à jouer le jeu démocratique impliquant son départ à bout de mandat.

Edem Kodjo, énarque, ancien secrétaire général de l’OUA, ancien gouverneur du FMI, fondateur de Convergence patriotique panafricaine (CPP), retiré de la politique, aujourd’hui âgé de 80 ans, fait figure de vieux sage, mais n’a plus de rôle actif.

Agbéyomé Kodjo (pas de la même famille), économiste, ancien directeur du port de Lomé, ancien président de l’Assemblée nationale, qui – alors Premier ministre en exercice – fera publier en juin 2002 un brûlot dénonçant la prévarication présidentielle avant de fuir en France, d`où il ne reviendra qu’après le décès de Gnassingbé Eyadema en 2005. Acte qui a été jugé courageux par l’opinion.

Il a fondé, en 2009, l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS) et vient de publier un communiqué pondéré et alarmant sur la situation.

Plusieurs personnes, dont de jeunes enfants, sont mortes.

Le clergé de l’Église catholique, des Églises protestantes et les imams soutiennent aujourd’hui unanimement les populations en lutte. Face à cette effervescence persistante, le pouvoir se durcit et riposte en interdisant rassemblements et manifestations et en envoyant l’armée, qui n’hésite pas à tirer à balles réelles sur la foule. Les milices sèment la terreur dans le nord où ratonnades, pillages, bastonnades, tortures et viols sont devenus monnaie courante. Les populations terrorisées fuient dans la brousse vers le Bénin ou le Ghana mitoyens. Deux imams ont été arrêtés et une mosquée a été ravagée.

La réunion internationale de la Francophonie, prévue à Lomé, vient d’être annulée après une médiation tentée par Idriss Déby (Tchad), qui cherche, lui aussi, à modifier la Constitution pour rester au pouvoir… Le président ivoirien Alassane Ouattara exhorte Gnassingbé à la modération et exige la libération des imams incarcérés…

Dans ce climat délétère, où Paris et les capitales européennes se cantonnent dans l’attentisme, les prémices de réactions tribales ou religieuses se font maintenant jour dans l’opinion.

C’est ainsi que se révèle Tikpi Atchadam (musulman de 50 ans), leader du nouveau Parti national panafricain (PNP) qui enflamme le pays.

Faure Gnassingbé risque ainsi, par son obstination et sa brutalité, de réussir à susciter au Togo un affrontement inattendu, devenu tribal et religieux, débouchant sur une guerre civile que pas même son départ n’arrêtera !

24 octobre 2017

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