Comme Cassandre, Tirésias est profondément tragique : il annonce une triste et inacceptable vérité. Le devin aveugle qui a dévoilé à Œdipe les forfaits commis – tuer son père et coucher avec sa mère, même s’il n’en était pas conscient – était connu pour avoir été homme, puis femme, puis homme. Il est, en cela, une icône LGBT, surtout T.

« La n’existe pas. […] Ce qui existe, c’est les études de genre », indiquait la funeste , en juin 2013. Qu’elle contredise des propos tenus par elle-même en août 2011 ne surprendra pas. Elle disait alors : « La théorie du genre, qui explique “l’identité sexuelle” des individus autant par le contexte socioculturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets. » Simple querelle de sémantique ? Dès lors que l’on étudie quelque chose, on échafaude des hypothèses que l’on travaille jusqu’à les rendre les plus cohérentes possibles avec le réel. Certains parleront de modèles, d’autres de théories.

Il existe deux bonnes raisons d’analyser et d’étudier et, par conséquent, d’enseigner l’identité sexuelle dans les , en faculté de médecine. La première parce que la biologie n’est pas toujours cohérente : quand, chez un individu, la génétique, l’anatomie et les hormones ne sont pas univoques, il y a un problème. C’est l’intersexuation. La deuxième est que des personnes sont persuadées que leur identité sexuelle est différente de celle que leur confère la biologie. C’est la dysphorie de genre. L’intersexuation et la dysphorie de genre relèvent-elles de la pathologie ? Des débats sans fin pourraient être tenus par de plus savants que moi en la matière.

Étudier et expliquer l’identité sexuelle non pas comme un seul invariant biologique, mais aussi comme le fruit d’une construction sociale est l’objet des études de genre. Et, donc, ces études doivent sortir des facultés de médecine. C’est ce qu’elles font. Le Monde, repris par , nous apprend que, depuis 2014, Lyon II propose sept cursus de master différents sur ces études de genre. Sept cursus pour apprendre à gloser sur l’identité de genre, l’hétéropatriarcat, l’intersectionnalité, les violences de genre… Il y a la queue pour y entrer, avec 600 demandes pour 129 places, et il y a des débouchés à la sortie : les grandes entreprises ou autres organisations, en mal de création de « bullshit jobs », ont besoin de ces spécialistes de la sacro-sainte égalité pour faire briller l’étoile de l’inclusivité maison. Est-ce suffisant pour faire de ces études de genre une discipline académique sérieuse ?

Il ne faut pas se leurrer, dans ces masters sont formés des militants de l’égalité. C’est à peu près aussi absurde que s’il existait un cursus licence + master d’agitateur syndical, de gréviste professionnel, de militant politique… Les deux pires aberrations qui sont en concurrence sont que les universités confèrent à ces études de genre une légitimation académique bien discutable et, d’autre part, que des entreprises paient in fine pour ce genre de profils.

Faute de prolétariat, la lutte des classes se serait effacée au profit du et de l’antiracisme, avec toujours comme moteur dialectique la lutte pour l’égalité. On pourrait en rire, mais si Gramsci a raison, nous ne devrions pas laisser les universités pourrir la tête des étudiants avec de telles calembredaines. Repensons alors à cette sentence lapidaire de Michel Onfray : « L’inégalité est un usage politique de la différence », et déplorons que Tirésias renonce à la vérité pour servir une idéologie douteuse.

2 février 2020

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