Cinquième volet de notre série Place des femmes, avec Thérèse Hargot, sexologue.

 

Je suis Thérèse Hargot, thérapeute de couple, sexologue et essayiste.

 

Le porno est-il votre ennemi numéro 1 ?

 

En réalité, le porno est devenu mon ennemi numéro 1. Il est aujourd’hui le phénomène mondial. Il va détruire massivement non seulement les personnes, mais aussi les relations d’amour et la sexualité. Forcément, si on veut faire de la sexualité du couple, un lieu d’humanité, il faut combattre la pornographie.

Le vrai sujet de ma vie était plutôt la contraception. Au moment où la contraception est apparue, la pilule contraceptive a modifié en profondeur notre rapport aux corps des femmes, à la sexualité et à l’autre c’est-à-dire à homme et l’enfant.

Alors que c’est mon sujet de cœur, j’en viens à parler beaucoup de pornographie. Depuis quelques années, avec l’arrivée d’internet, l’industrie pornographique a explosé. Lorsqu’on parle de pornographie aujourd’hui, on parle de 1/4 des Français et des Belges qui consomment régulièrement la pornographie. On parle de plusieurs fois par semaine ou par jour. Les chiffres sont peut-être même beaucoup plus importants... France Inter a sorti des chiffres, 8 hommes sur 10 consomment régulièrement du porno. On sait que 1/3 des moins de 12 ans ont déjà vu des images pornographiques et que la majorité des adolescents vont en voir. Le phénomène est tellement important que je suis obligée d’en parler.

 

 

Une femme sur le sujet du porno… Est-ce vraiment votre rôle ?

 

On pourrait dire que c’est un problème d’homme. Il faut que des hommes s’engagent sur ce combat. Je pense et j’en suis même absolument certaine que le fait que je m’engage sur ce sujet a beaucoup de sens. Les personnes qui suivent le parcours en ligne que j’ai créé pour arrêter la consommation de pornographie me disent que cela fait du bien que ce parcours soit conduit par une femme. Cela leur permet de changer leur regard. Je ne sais pas encore très bien l’expliquer, mais il y a quelque chose qui vient guérir. Les femmes ont toutes leur place dans ce combat. Je pense même que c’est notre mission aujourd’hui de contrer cette industrie surpuissante.

Les femmes sont évidemment concernées par le porno, même si ce sont principalement les hommes qui sont touchés. Il faut comprendre que la personne exposée aux images pornographiques va tomber dans une sorte de dépendance malgré elle et que la seule façon d’en sortir c’est par un regard d’amour posé sur elle :« j’entends que tu consommes de la pornographie, mais je t’aime ». C’est l’amour qui sauve vraiment. Je le dis et le redis.

 

 

Quel est le regard posé sur les femmes aujourd’hui ?

 

Avec la révolution sexuelle que l’on a connue, en plaçant la jouissance comme finalité de la sexualité, on a transformé le corps de l’autre en objet de jouissance, en instrument pour obtenir ce plaisir. On finit par se transformer soi-même en objet de jouissance. Le corps et la sexualité sont devenus un produit de consommation comme un autre. On dit que l’on fait du sexe. C’est une activité parmi d’autres qui apporte une certaine satisfaction.

La sexualité a perdu toute son humanité, un lieu de la rencontre et de la relation. Avant la révolution sexuelle, la sexualité était très orientée vers l’action de la reproduction, mais aujourd’hui on arrive à une sexualité vraiment déshumanisée. En déshumanisant la sexualité, on a déshumanisé la personne humaine. L’objectif est d’arriver à créer une nouvelle révolution de l’amour qui permettra de voir la sexualité comme le lieu de la rencontre et de la relation avec un autre que soi, pour faire l’amour littéralement.

 

 

 

Qu’est-ce qu’une femme ?

 

Il y a ce corps qui est donné. Je sais que cela semble bizarre de dire cela à notre époque parce qu’on a tendance à négliger ce corps. C’est avec ce corps que je vais rentrer en relation avec les autres. Le corps est extrêmement important. Ces dernières années, on a pu observer que le corps féminin a été extrêmement mal mené pas par les hommes, mais par les femmes elles-mêmes. On voit bien que toutes les féministes qui ont impacté les dernières années de notre Histoire sont dans un mépris du corps féminin incroyable. Elles détestent le corps féminin. Comme elles le détestent, il faut le modifier pour qu’il corresponde à l’idéal masculin où c’est l’homme qui est valorisé. C’est le corps de l’homme qu’il faut copier.

On peut proposer un autre féminisme qui serait dans une célébration de ce corps féminin. Il est absolument magnifique. Cela demande de porter un regard sur son corps et d’apprendre à le connaître et de voir que même si parfois il y a des lieux de douleurs (règles, enfantement), on peut transformer ces douleurs et les voir autrement. Tout dépend de l’histoire que l’on se raconte par rapport à ce propre corps. On peut se raconter une tout autre histoire, par exemple que ce corps est merveilleux. On peut vraiment y découvrir une vraie richesse pour sa propre vie de femme, mais aussi une richesse à offrir au monde. Être une femme est d’abord une histoire corporelle. C’est cela qui nous différencie des hommes. Être une femme c’est intégrer ce corps, aimer ce corps, honorer ce corps. On devient femme par une espèce d’acceptation de cette réalité et d’amour total de soi et pas seulement je m’aime pour mes compétences professionnelles. J’aime ce corps avec toute sa réalité. Cet amour de soi va aussi passer par une réconciliation.

Celles qui sont pleinement femmes sont les femmes qui se sont réconciliées avec leur corps et qui cessent de faire la guerre avec elles-mêmes.

 

 

 

Etes-vous féministe ?

 

Je pense que je suis féministe dans le sens de permettre aux femmes de trouver leur place, leur joie et leur bonheur avec un certain féminisme qui est dans la célébration du féminin. Celles qui se prétendent être féministes aujourd’hui ne sont pas du tout féministes, mais masculinistes au possible. Ce qui me frappe c’est que ces féministes d’aujourd’hui ressemblent physiquement aux hommes. Regardez les photos des féministes actuelles, elles ont un physique presque masculin. Il y a quelque chose de l’ordre du masculin qui est très célébré et qui n’est pas du féminin. Être féministe c’est aussi mettre en valeur ce qui est proprement féminin. Être féministe, c’est aussi arriver à valoriser ce qui est accompli par les femmes. Hier je discutais avec Clémentine Autain qui parlait de la domination masculine. Elle disait que les hommes étaient majoritaires dans les lieux de pouvoir. C’est une certaine vision où il faudrait copier ce modèle-là sans voir que les femmes dominent, par exemple dans le foyer. Cette espèce de hiérarchie de jugement de valeur ne sert pas du tout la cause des femmes.

 

 

Quel est votre modèle féminin ?

 

Mère Térésa m’inspire totalement. Ce qui me touche chez cette femme c’est cette vie totalement donnée pour les autres et cette fécondité qu’elle a. Je pense qu’une femme peut avoir une immense fécondité sans pourtant porter elle-même les enfants. Je sais que cela peut sembler paradoxal pour ceux et celles qui vont entendre mes propos, parce qu’à la fois je dis que je célèbre le corps féminin, mais je ne suis pas en train de dire que la vocation des femmes est d’avoir des enfants. C’est de porter du fruit et d’être féconde. Nous avons plusieurs façons de porter du fruit.

 

 

 

Une femme engagée : est-ce dévirilisant pour un homme ?

 

Je pense qu’il faut que les femmes s’engagent pour le bien commun dans notre société. Cet engagement est nécessaire. Qu’elles sortent de la sphère domestique et qu’elle puisse accomplir des actions pour les autres. La question est de savoir comment s’engager. Est-ce que je m’engage en copiant le modèle masculin, en reprenant leur code et en essayant de les intégrer pour essayer de faire ma place ? Ou est-ce que je m’engage avec tout ce que je suis y compris ma spécificité corporelle de femme ?

Peut-être que c’est là qu’il y a quelque chose à renouveler. Comment je peux m’engager en politique tout en restant pleinement ce que je suis à la fois dans mon apparence corporelle et dans le registre émotionnel qu’on attribue le plus souvent au féminin ? Ce n’est pas quelque chose de naturel, mais plutôt culturel. Comment je viens enrichir le débat public avec ce que je suis ?

Lorsque les femmes veulent prendre la place des hommes en essayant de les recopier, cela les dévirilisant pour eux.

Lorsqu’on est dans le combat comme tout chevalier, on va mettre des armures et se protéger. Lorsqu’on est sur la sphère publique, politique ou médiatique, on va se prendre des coups. Une femme qui va s’engager à ce niveau-là va se mettre une armure qu’elle aura du mal à enlever. Elle aura du mal à ouvrir son cœur, à montrer sa vulnérabilité et ses failles. Or, c’est en ouvrant son cœur et en montrant sa vulnérabilité que l’amour est possible. Je pense à cela parce que j’ai dans mon entourage des amies et je vois dans mon cabinet des femmes qui ont pris des postes à responsabilité et qui sont dans des lieux de pouvoir avec des hommes. Elles sont prisonnières de cette armure qu’elles ont mise. Elles n’arrivent plus à tisser de liens de l’ordre amoureux et une sexualité heureuse avec les hommes parce qu’elles se sont blindées.

Dans le combat, il y a une armure, mais il faut savoir parfois l’enlever et peut-être trouver une force intérieure. J’ai décidé d’avoir à l’intérieur de moi cette force et d’être bien aligné avec moi-même. On peut m’envoyer des flèches, mais cela ne m’atteint pas parce qu’à l’intérieur de moi, je suis alignée. Par conséquent, je peux rester intègre. Je pense qu’il y a ici, une petite voie de sortie pour ne pas copier ce modèle masculin.

 

 

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11 mars 2021

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