Editoriaux - Société - Télévision - 9 février 2020

Télévision : d’un pédophile l’autre

Ce qui est extraordinaire, avec la télévision, c’est que c’est toujours la même chose. Le mois dernier, c’était les procès du prêtre pédophile et du cardinal coupable de n’avoir pas pris ses responsabilités. Il y a quinze jours, c’était l’écrivain pédophile et la complaisance des milieux littéraires. Cette semaine, c’était l’entraîneur pédophile et le président de la Fédération des sports de glace, de glisse et de patinage artistique dans le rôle du Barbarin qui aurait laissé faire. La libération de la parole, via une ancienne patineuse, avait permis de dénoncer l’homme qui avait été son entraîneur dans les années 90.

Fini le temps où des personnalités venaient sans vergogne sur les plateaux raconter leurs émois avec des fillettes ou des petits garçons, et où Cohn-Bendit horrifiait de ses propos pervers le malheureux Paul Guth, l’auteur du Naïf ! Fini le temps où Libération, le journal qui libère plus vite que son ombre, libérait les femmes et les enfants d’abord et faisait l’éloge de la pédophilie ! Aujourd’hui, le balancier de la démesure des hommes est reparti de l’autre côté, c’est le puritanisme made in USA qui fait son grand retour et les télévisions traquent toutes les formes d’outrages, des premiers aux derniers, et l’on peut même violer du regard, agresser sexuellement par un compliment ! Il est revenu, le temps des gros pervers et des vieux vicieux.

Donc, alors que la terreur du coronavirus commençait à retomber – et déjà les correspondants sur place avaient tout dit et répété en boucle sur les rapatriés en quarantaine et sur les effets positifs du virus sur l’économie, comme la baisse du prix de l’essence à cause du ralentissement de l’activité en Chine, et sur ses effets négatifs avec les milliards perdus par manque de touristes chinois -, voici que ce nouveau scandale faisait la une de l’actualité, mais il se diluait très vite dans des règlements de comptes, depuis le ministère où l’on réclamait la démission du président de la Fédération, c’est chose faite aujourd’hui, et « la tête haute » !

Les questions des journalistes fusaient : pourquoi cet entraîneur était là, et pas ailleurs ? Qui l’avait chassé, réintégré, qui avait fermé les yeux, qui les avait ouverts ? Comment des choses pareilles sont-elles possibles ? Qui doit prendre ses responsabilités ? Pour qui le goudron et les plumes ? Pardon, le « name and shame », nous sommes une colonie américaine.

Mais, surtout, on assistait à l’apparition d’un nouveau phénomène éditorial, le roman dont l’intrigue est toujours la même : une femme écrit un livre dans lequel elle raconte comment, mineure, il y a trente ou quarante ans, elle a été séduite ou violée par un prédateur sexuel. La parution du livre déclenche aussitôt la fureur des médias, qui ne parlent plus que de ça pendant une ou deux semaines, jusqu’à la nouvelle parution. Le livre se vend à des milliers d’exemplaires, l’éditeur est content, en plus, c’est pour la bonne cause, tout le monde y trouve son compte, sauf le méchant, avec son goudron et ses plumes, tant pis pour lui. C’est la télévision d’aujourd’hui : la lapidation d’un méchant par mois ! Tant qu’il y a du grain à moudre… Et il y en aura toujours, tant qu’il y aura des hommes !

Et comme on remuait ce qui sent mauvais, par une sorte de métaphore opportune, on apprenait que les poubelles ne sont plus ramassées dans Paris : on voyait les ordures s’étaler partout, et les rats apportant le coronavirus de la peste.

Heureusement, il y avait eu, ici ou là, quelques petites phrases pour nous faire rire un peu, comme celle du Président Macron : « Vous croyez qu’un père est forcément un homme », d’où l’on déduit qu’une mère n’est pas forcément une femme non plus.

Et pour dire n’importe quelle ânerie, est-ce qu’il faut être un homme ou une femme ?

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