Ainsi, donc, Mgr Barbarin, qui avait été condamné en première instance pour non-dénonciation de faits – eux-mêmes non encore jugés au moment de ce procès ! -, a été finalement relaxé en appel.

Si, officiellement, son honneur est lavé, le flot de commentaires charrié par les réseaux sociaux montre que sa réputation restera à jamais entachée. Il vient d’annoncer qu’il présenterait à nouveau sa démission.

Des tweets indignés égrainent le nom des « crapules » qui jouissent d’une « totale impunité » : Matzneff, Polanski et maintenant Barbarin !

Sauf que le n’est pas, faut-il le préciser, le père Preynat. La figure du pédophile semble s’effacer derrière celle du cardinal. Peut-être parce qu’à travers sa robe pourpre, c’est l’institution même qu’il incarne, cette Église omnipotente et capable de cacher, sous d’hypocrites airs de vertus, les pires turpitudes.… quand ils sont de ce camp, le complotisme et le fantasme ne s’appellent jamais ainsi.

Il ne s’agit pas de faire un concours sordide ni de minimiser les faits. « C’est encore plus horrible quand c’est fait par un prêtre », avait dit Mgr Barbarin. Et les catholiques dont je suis partagent son avis, pour mille raisons, dont l’une, très égoïste, est que leurs enfants sont en première ligne, et une autre, encore, que les coupables ne peuvent ignorer l’Évangile : « Si quelqu’un scandalisait l’un de ces petits enfants qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et que l’on jette au fond de la mer. » S’il y a des écuries d’Augias à récurer, n’y allons pas à la brosse à dents mais au Kärcher™.

Rappelons, cependant, que les derniers « attouchements » dans l’affaire lyonnaise ont eu lieu en 1991, soit 11 ans avant que Mgr Barbarin ne soit nommé archevêque.

Dans un article de 2001 intitulé « École, le tableau noir de la pédophilie », Libération parle « de culture de l’étouffement » jusqu’à la fin des années 90, « quand le combat laïque était vif » et l’école publique préférait « tenir secrètes ses mauvaises histoires » en « refilant le mistigri », entendez en mutant  le « problème »… une « solution » confirmée le 3 janvier dernier sur RMC par Ségolène Royal, ancien ministre de l’Éducation : « Avant, on mutait discrètement les [professeurs] pédophiles et si possible dans les outre-mer, comme ça, c’était loin et on n’en entendait plus parler. »

Plus récemment, en mars 2015, le nouveau directeur de l’école de Villefontaine (Isère) avouait avoir violé des fillettes de CP. Il avait été déjà condamné en 2008 à six mois de prison pour possession d’images pédopornographiques. Sans que cela n’empêche sa promotion. L’enseignant avait, durant sa carrière, agressé 70 enfants. Il s’est suicidé en prison avant son procès, et une loi dite de Villefontaine force, depuis lors, à un contrôle accru…

A-t-on demandé à la chaîne hiérarchique de rendre des comptes ? La protection des écoliers du « public » importerait-elle moins que celle des scouts catholiques ?

En 2017, Jean-Marie Guénois, du Figaro, calculait que la pédophilie touchait 0,48 % des prêtres alors en exercice, tout en précisant que 60 % des faits datant des années 70 ou 80, il faudrait les rapporter, en sus, au nombre de prêtres de l’époque : 5 fois plus élevé.

Tout cela n’excuse rien. Mais pas de quoi, donc, faire de prêtre pédophile une allitération pléonastique.

On peut voir, dans tout cela, bien sûr, un profond anticléricalisme, agitant en arrière-fond le chiffon rouge du célibat comme une anomalie cause de tous ces maux. Sans aller jusqu’au bout de la démonstration : pourquoi l’immense majorité des pédophiles dans le monde sont-ils mariés ? Est-ce à dire que les femmes mariées sont des exutoires pour pervers sexuels ?

Mais on peut trouver, dans ce tombereau d’insultes, quelque chose de sain : c’est parce que le prêtre n’est pas, malgré la déchristianisation, un homme « ordinaire » dans l’imaginaire collectif que l’indignation se déchaîne. Un mauvais curé est pire parce qu’il devrait être meilleur. C’est parce qu’il bénéficie encore de respect et de confiance – dont il use pour commettre son forfait – qu’il suscite une telle ire. Et c’est parce que la pédophilie reste un interdit inviolable – sans doute le dernier – que la foule se déchaîne. Dans les années 70, le verrou a failli sauter, mais l’épisode Matzneff et Polanski – même si nul ne songe à demander de compte à leur entourage et même si Cohn-Bendit a toujours son rond de serviette à LCI– montre qu’il tient encore.

À lire aussi

Pour Marlène Schiappa, un crime n’est jamais qu’une sorte d’incivilité

On connaissait le mot-valise, Marlène Schiappa invente le mot fourre-tout. …