Editoriaux - Société - 25 août 2019

Tango, mon amour

Après Carmen, les femmes revisitent le tango, qu’elles jugent machiste et féminicide. Au concours du Mondial du tango, à Buenos Aires, du 8 au 21 août, le MFT (Mouvement féministe du tango) a décidé d’y intervertir les rôles de l’homme et de la femme.

Né dans les années 1880 dans les abattoirs du sud de l’Amérique latine, réfugié dans les maisons closes de Buenos Aires où se retrouvent mauvais garçons, émigrés, gauchos, compraditos, bouchers aux mains ensanglantées, avant de migrer vers les beaux quartiers de Buenos Aires, le tango passe ensuite par le Paris de la Belle Époque, conquiert le monde et finit classé au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2005.

Le tango est « une affaire d’hommes » lié à la virilité du macho qui fait plier sous lui la femelle et joue du couteau. Histoire tragique dont la mélodie joue sur un thème de dispute, le tango parle de luttes fratricides, d’amour et de mort, de sexe et de sang mais aussi de nostalgie et de liberté. Tout, dans le tango, dit le poète Borges, renvoie au passé imaginaire de l’Argentine, à « une mythologie de poignard… qui s’efface dans la nuit » : un monde aussi vieux que celui d’Homère et du romancero qui donne aux Argentins la gloire « d’avoir satisfait aux codes du courage et de l’honneur ». Oui, le tango, c’est l’âme de l’Argentine. Aussi faut-il distinguer le tango kitsch, qu’a popularisé Carlos Gardel, de la solaire milonga, chantée sur une guitare à six cordes par les gauchos de la pampa.

À défaut de danser un tango, regardons-le danser. Le couple est droit, les épaules stables. L’homme tient ferme la taille de la femme de son bras droit. La femme, bien calée, a le bras autour du cou de l’homme. Les corps ne se touchent pas. La pression de l’homme se fait par le haut du corps. C’est l’homme qui guide le pas auquel la femme doit opposer une résistance. Le toucher se fait par la jambe et le pied. Les hanches chaloupent. Les figures sont libres pour laisser place à l’évolution des corps.

C’est de ce tango que le MFT, très au fait de la différence entre nature et culture, veut changer le guidage. Une féministe s’émerveille. « La femme prend le contrôle. C’est la femme qui propose le pas et ça, c’est fantastique. » On ne saurait mieux reconnaître les rôles dévolus à chaque sexe. Les organisateurs du concours, eux, n’ont pas écouté le MFT : la mixité fut imposée aux 745 couples âgés de 18 à 99 ans. Ne crions pas au féminisme ridicule : l’empowerment n’est pas innocent. Dans les universités, on impose une lecture politiquement corrigée des œuvres littéraires.

En 2018, Gallimard a édité un joli livre d’entretiens de Borges, El Tango, écrits en 1965. Le 17 octobre 2017, 13.000 fidèles, réunis sur la place Saint-Pierre, ont fêté les 78 ans du pape François en dansant un tango géant sur un air de bandonéon. Du tango, le pape a dit : « C’est plus fort que moi, j’adore ça. »

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