Suisse : un référendum contre « une immigration de masse incontrôlée » ?

drapeau suisse

Nos amis suisses ne sont décidément pas des Européens comme les autres ; la preuve en est qu’ils se méfient des instances supranationales bruxelloises comme de la peste. En revanche, en matière de déferlante migratoire, ils paraissent être tout, sauf neutres. La preuve en est cette initiative populaire, prise à celle de l’UDC, mouvement libéral et conservateur qui, fort de ses 30 % de votes, est aujourd’hui devenu le parti le plus puissant du pays.

De quoi s’agit-il ? Tout simplement d’en finir avec « une immigration de masse incontrôlée », laquelle serait responsable de « la pénurie de logements et d’augmentations des loyers, d’embouteillages sur les routes, de trains et de bus bondés, de baisse du niveau des écoles, de violence et de criminalité, de pénurie d’électricité, de revenu par habitant qui stagne, de primes d’assurance-maladie toujours plus élevées, de services sociaux endettés et de présence accrue sur la beauté du paysage et de la préservation de la nature ». N’en jetez plus, la cour est pleine et le Lac Léman tout pareil.

Un texte qui semble battre tous les records d’adhésion…

Notons, encore, que cette proposition, récemment déposée à la chancellerie fédérale de Berne, avait déjà recueilli, ce 3 avril, 114.600 signatures ; soit bien plus que les 100.000 paraphes requis, et ce, en moitié moins de temps que ne l’exigeaient les limites légales. Nul doute que cette votation puisse tôt se transformer en plébiscite. Ce, d’autant plus que de façon pour le moins incongrue, à la traditionnelle sémantique populiste vient se greffer celle d’une extrême gauche aux couleurs écologistes. Ainsi, repeint en vert, ce texte alerte également sur le péril démographique : « La population résidente et permanente de la Suisse ne doit pas dépasser dix millions de personnes avant 2050. » Bref, une décroissance accommodée à la sauce de l’invasion migratoire.

Après, que la demande populaire soit mise en œuvre par les autorités fédérales, il y a un pas que Raphaël Pomey, directeur du journal Le Peuple, sait qu’il ne sera pas franchi de sitôt : « Même avec ses 30 % de capital électoral et fort de son statut de premier parti de Suisse, l’UDC n’est pas encore en mesure de renverser la table. Certes, le gouvernement actuel prendra le référendum en compte, mais on peut aussi compter sur lui pour jouer la montre. » Car il est vrai que si la volonté populaire est une chose, sa mise en œuvre dans les faits en est une autre.

Il y a dix ans, un référendum sur le sujet avait provoqué la consternation des élites…

Il est vrai que le 9 février 2014, une semblable « proposition de vote » avait emporté un large succès sans être pourtant suivie d’effets tangibles. Et Raphaël Pomey de se rappeler : « À l’époque, j’écrivais dans un journal "mainstream". Sa directrice avait pondu un éditorial fracassant intitulé "Je ne vous remercie pas", rédigé à propos de cette proposition de référendum. Devant nos lecteurs qui se désabonnaient en masse, elle avait dû reculer. Bref, les pesanteurs que nous connaissons ici, en Suisse, sont à peu près les mêmes que vous subissez en France. Mais, peu à peu, la situation évolue. »

Pour tout arranger, David L’Épée, journaliste suisse et l’un des piliers de notre confrère Éléments, confirme : « Ici, les milieux d’affaires sont tellement tétanisés par l’idée de déplaire aux autorités européennes qu’ils tiennent en horreur ce genre d’initiatives, de peur d’être taxés de racisme. Il est vrai que ce n’est pas sur le grand patronat ou l’UDC, mouvement assez tiède en matière d’immigration, pour cause de conservatisme frileux, au contraire de votre Rassemblement national, formation populiste autrement plus déterminée et audacieuse, qu’il faut compter pour faire la révolution. »

Pourtant, les choses avancent, vaille que vaille. Le succès de la « votation du 9 février 2014 » plus haut évoquée s’était attiré les foudres du Temps, équivalent local de notre Monde, en matière d’élégances humanistes, qui évoquait « un véritable séisme qui continue d’avoir des répercussions à ce jour, notamment autour de la recherche et de la mobilité universitaire ».

Mais l’actuelle réplique, tant sismique que référendaire, ne paraît pas pour le moment provoquer pareil émoi médiatique. Comme quoi les temps changent. Même en Suisse.

Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

29 commentaires

  1. Et nous, c’est pour quand ce référendum ?? Cela dit, je croyais que la SUISSE contrôlait et limitait rigoureusement l’accueil de ces peuplades exotiques. Donc, eux aussi sont dépassés ?? comme quoi, cela prouve une fois de plus que c’est « mission impossible » de mélanger l’ORIENT et l’OCCIDENT quand tout les oppose. Comme l’a dit CH. DE GAULLE, personne n’a jamais réussi à mélanger l’huile et l’eau…..

  2. Comme Suisse d*origine et fait tout mon service militaire, et quarante ans de travail pour la patrie, je constate que en Suisse on deviens des veaux. Une hônte aux dirigeants! Pas de voyance de se qui se passe dans les Pays limitrophes, le peuple doit faire quelques choses pour garder sa sécurité, et une vie plaisante. La Suisse est belle ne gâcher pas tout. L*Europe personne n*en veux plus, arrêté de faire ses vasseaux.

  3. L’immigration va avoir une seule chose positive : diviser l’Europe et la faire éclater, pour en revenir à une coopération entre des nations souveraines…….ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, et ce qui lui avait permis à l’époque de concevoir et développer Airbus. Alors que maintenant elle en est réduite à ne s’occuper que du nombre de branches qu’un paysan est autorisé à couper dans la haie de son champ !

  4. Quand vous lisez qu’aux Pays-Bas, le patron d’ASML, une des principales entreprises; ose se livrer à un chantage éhonté contre le suffrage universel, menaçant de délocaliser son siège social (et ses usines?) si le suffrage universel venait à restreindre l’immigration qu’il exploite, je crains que les milieux d’affaires helvétiques ne soient également mal inspirés.
    Bien que de très nombreux référendums aient démontré que les Suisses ne voulaient pas adhérer à l’UE (et chez eux cela n’a pas été violé par un traité de Lisbonne ou de Marrakech), ils sont malheureusement pour eux très dépendants de ladite UE, car leurs principaux partenaires commerciaux sont les voisins de ce petit espace de liberté au milieu d’une Europe asservie.

  5. « Car il est vrai que si la volonté populaire est une chose, sa mise en œuvre dans les faits en est une autre. » Néanmoins, c’est mieux qu’en France où cette volonté est systématiquement contrecarrée.

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