Quelques intellectuels de haute stature, courageux, sincères, raniment la foi des Français dans le destin de leur pays. Michel Onfray est de ceux-là. Inlassable travailleur et écrivain foisonnant, il a lancé une mouvance intellectuelle et une revue sous un même nom, Front populaire, qui intéressent les Français. Le hors-série de cette revue – novembre 2020 – est un « abécédaire du ».

Ce mouvement affiche le slogan : « Front populaire : le média en ligne des souverainistes de droite, de , d’ailleurs et de nulle part. » Cette démarche souverainiste fut incarnée par le (et personne depuis). Elle intéresse toujours la grande majorité des Français. Néanmoins, si le fond attire, la forme rebute : la référence au Front populaire (1936-38) fait encore grincer les dents à droite (pourtant invitée à adhérer), car la période ne fut pas un modèle de patriotisme ni d’union nationale. Néanmoins, la démarche d’Onfray est bienvenue.

Mais que penser de son « abécédaire du souverainisme » ? Quant à la forme, il s’agit d’un truc journalistique artificiel, qui ignore les sujets majeurs du souverainisme. Ainsi, on cherche en vain, dans cet alphabet, des thèmes essentiels comme Défense militaire, Économie , Emploi, Forces productives, Indépendance nationale, Industrie, Monnaie, Politique étrangère, , Volonté populaire… Au lieu de quoi, on est agacé par des rubriques comme « Jacquerie », « Koweït », « Super classe mondiale », « Washington », « Yougoslavie »…

Autre désappointement : si ces rubriques sont signées, on n’est pas renseigné sur les fonctions ou les travaux des auteurs : seulement dix chroniqueurs, dont peu sont connus sur les sujets traités, si ce n’est Barbara Lefebvre, Yves Pérez et deux ou trois journalistes ou polémistes, qui ne parviennent pas à donner une densité et une unité intellectuelles à l’ouvrage dont les textes sont simplement juxtaposés. La préface tout aussi décousue de Stéphane Simon laisse perplexe. Or, le projet souverainiste est vital pour la résurrection (car elle est moribonde) de la : il doit être réussi.

Heureusement, il y a l’édito de Michel Onfray qui, à lui seul, sauve le tout, dans une saine odeur de poudre : Onfray « se paie » BHL, qui avait éructé « cette saloperie qu’est le souverainisme », puis, en 2016, le Brexit qui « incarne la victoire du souverainisme le plus sombre… préalable à un possible crépuscule d’un projet de » (sic). Et, en 2020 : « Onfray, désormais, c’est Doriot » (ce communiste qui intégra la frange pétainiste la plus collabo). BHL, qui enrage de ne plus guère compter dans médiatique – sans même parler du monde intellectuel -, s’applique à l’outrance et l’insulte. Onfray lui donne une belle leçon de sémantique et de dialectique en démontrant que sa logorrhée se rapproche de la novlangue orwellienne, dont le but est la négation et l’interdiction de la pensée, la destruction de l’individu devenu anonyme, l’asservissement du peuple.

Au passage, Onfray règle son compte à Jean Monnet, un agent antifrançais des USA, panthéonisé par Mitterrand en 1988. D’ailleurs, lire la vraie vie de Monnet – un des héros de BHL – suffit à justifier la détestation que lui voue Onfray…

Lire Onfray tient les yeux dessillés, permet d’entrevoir la lumière de la liberté. Car le souverainisme, c’est simplement la volonté du peuple de rester libre et fraternel au plan interne, et la volonté de la nation de rester libre et respectueuse des autres peuples. Cela dérange les intérêts personnels de ceux qui pilotent les machines politiciennes tant de gauche que de droite. Onfray lance un appel afin d’unir le peuple souverain de droite et de gauche contre, dit-il, la « collaboration vassaliste ». Les rigidités partisanes le permettront-elles ? À la synthèse soumissionniste de Macron répondra-t-il, enfin, un sursaut droite/gauche, d’instinct de conservation national ? Il reste quelques mois pour le provoquer. Et d’abord pour rassembler les intellectuels souverainistes. Comme Séguin l’avait fait.

19 décembre 2020

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