Editoriaux - Médias - Radio - 21 janvier 2019

Sophia Aram a passé un dimanche pourri à Paname : la faute à la Marche pour la vie

C’est la question du moment : que peuvent faire les médias pour regagner la confiance ? C’est simple… tout le contraire de Sophia Aram sur France Inter.

Les chroniqueurs radio, le dimanche soir, ont l’angoisse de la page blanche : fébriles, ils se grattent la tête. Alors, la tentation est forte d’exhumer le marronnier qui séduit la rédaction à défaut des auditeurs. En ce lundi matin, Sophia Aram a donc décidé – c’est tellement facile – d’étriller la Marche pour la vie. Avec un paresseux name-dropping éculé où “les actes pédophiles au sein de l’Église” (forcément) voisinent avec les “aiguilles à tricoter” (bien sûr).

Sophia Aram explique qu’elle a passé un “dimanche pourri” : “Paris était tout plein de familles toutes joyeuses qui sautillaient partout”, “des enfants bien peignés accompagnés de leur maman et de de leur papa” – à son ton, on comprend que c’est mal – et qui “gambadaient en bêlant dans la grisaille de cet hiver 2019 qui n’aura jamais autant fait pour les déambulations vindicatives dans les rues de la capitale”. On imagine qu’elle fait, ici, allusion aux gilets jaunes. Et elle explose : “Ça vous dirait pas, d’aller promener vos chiards” ailleurs, “mais pas à Paris ?” “Sérieusement, tomber sur tous ces nez qui coulent dans les cache-cols en laine bouillie ?”

Bref, voir tous les week-ends les gueux en canari en bas de sa rue est déjà pénible, mais s’il faut, en sus, se cogner les mouflets morveux de la Marche pour la vie, même pas capables de sortir pour “sauver les migrants”, ou “contre le réchauffement climatique”. Soupir.

Pourtant, on pourrait imaginer que Sophia Aram, employée à l’antenne par un média, c’est-à-dire un organe de presse, pourrait s’intéresser, de temps en temps, à cette chose qu’on appelle l’information. L’information fraîche – glanée sur le terrain, s’entend – et pas macérée dans la vieille soupe de ses préjugés.

Puisque le hasard les avait mis sur son chemin, plutôt que s’écarter avec dégoût telle une hautaine lady de Charles Dickens le nez dans le mouchoir pour éviter les miasmes, peut-être aurait-elle pu, soyons fous… s’interroger ?

Se demander, par exemple, pourquoi le public y est si jeune – le gros des troupes a entre 15 et 25 ans – et pourquoi on y trouve tant de jeunes filles ? Il existerait donc des Gauloises réfractaires aux dogmes féministes ?

Se demander encore si, après tout, la transgression, si prisée par la jeunesse, n’est pas à présent là, et le vieux monde du côté de la douairière atrabilaire Sophia Aram, que tant de gaieté juvénile rend grognon ?

Si cette bonne humeur inoffensive – les CRS, cette fois, pouvaient se reposer – ne ressemble pas singulièrement à celle de la Manif pour tous, et ne sonne pas, pour cette France, comme un tour de chauffe au lendemain de la publication d’un rapport parlementaire “audacieux”, comme l’a qualifié pudiquement Le Monde, qui préconise d’ouvrir grand les vannes de la PMA pour toutes ?

Pourtant, LMPT n’avait pas appelé à participer… les effectifs étaient donc loin d’être au complet.

Si, par conséquent, l’entourage d’Emmanuel Macron, alors que celui-ci se débat dans son débat, ne devrait pas oser lui glisser, comme dans La Septième Compagnie : « Il va aussi y avoir la question de la bioéthique, chef… », avant que des convergences de luttes inattendues entre Français méprisés se créent sur le bitume ?

Si, comme elle le dit en grinçant, ces gens-là passent leur temps à “se reproduire afin de grossir inexorablement le prochain cortège”, il ne faut pas cesser de les ignorer, puisqu’ils risquent, demain ou après-demain, d’être passablement nombreux. Que l’on ne prétende pas, ensuite, ne pas les avoir vus arriver…

Le pire (ou le meilleur) est que, même si Sophia Aram les conspue, sans originalité, depuis des années, ils lui auraient fait bon accueil. C’est comme ça. On peut s’en moquer ou l’admirer, c’est le propre de ces manifestants-là.

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