Editoriaux - International - 24 janvier 2020

Situation chaotique en Libye : Daech à nos portes !

À l’initiative de l’ONU s’est déroulée, le 19 janvier à Berlin, une réunion faisant le point sur la situation libyenne : un embargo plus strict sur les armes a été décidé dans cette pétaudière provoquée par la guerre de 2011, cette dernière ayant été voulue et réalisée par le président de la République française de l’époque, Nicolas Sarkozy, ainsi que David Cameron, alors Premier ministre de Grande-Bretagne. Sans oublier la propagande rondement menée par le Germanopratin Bernard-Henri Lévy.

Il s’agissait de renverser le très controversé colonel Mouammar Kadhafi, lâché simultanément par les Saoudiens, au moment même où celui-ci s’apprêtait à réprimer sauvagement des factieux, principalement postés à Benghazi… In fine, ce fut une guerre pour l’or noir prenant le prétexte de « la résistance à l’oppression », ainsi au nom de « la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme ». À l’évidence, la guerre n’est et ne sera jamais la simple continuation de la morale par d’autres moyens.

À présent, la Libye rentre dans un processus de partition. C’est bien cela devant quoi les instances internationales restent impuissantes : la constitution de deux fronts, celui de Tripoli sous la houlette de Fayez el-Sarraj contre l’Est contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar, le premier étant explicitement aidé par la Turquie, le second implicitement soutenu par la Russie. En attendant, Tripoli n’hésite pas à utiliser le levier de l’immigration noire africaine pour obtenir des budgets soi-disant destinés à sa maîtrise, comme cela était dernièrement le cas face à l’Italie, en octobre 2019 (Ouest-France du 31 octobre 2019).

Par ailleurs, le spécialiste en géopolitique Alexandre del Valle – qui a récemment publié Le Projet (coécrit avec Emmanuel Razavi, aux Éditions L’Artilleur), essai consacré à l’extension des Frères musulmans en France comme dans le reste de l’Occident – dénonce la mainmise salafiste (ou « frériste ») sur el-Sarraj ainsi que l’arrivée des nouveaux dirigeants de « l’État islamique » dans la capitale libyenne, ultime conséquence de l’assassinat de leur calife al-Baghdadi [thèses défendues dans, entre autres, une tribune puis un échange avec le chercheur en géopolitique Morad El Hattab, le 17 janvier, sur le site d’information Atlantico].

Dans tous les cas, la menace djihadiste ne fait que s’intensifier, et ce, juste de l’autre côté de la Méditerranée. Pourtant, l’usage de ce quatrième droit naturel figurant dans l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen – après la liberté, la propriété et la sûreté – pose question, « la résistance à l’oppression » ne signifiant pas tant un principe de défense face à la tyrannie que le droit à la sécurité extérieure, ce qui est trop souvent éludé.

Car le serpent humaniste s’est clairement mordu la queue dans cette affaire libyenne : au nom des droits de l’homme, il fallait déloger le fantasque chef tribal bien que, finalement, il faille maintenant prévenir des futures attaques sur le sol européen, en particulier français, en vantant encore ces mêmes principes. Autre résultat majeur : l’actuelle guerre française au Sahel, là où les armes de Kadhafi se dispersent et se vendent au marché noir. Enfin, encore et toujours, « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Ou qu’est-ce que le droit-de-l’hommisme, si ce n’est la ruse de la bêtise ?

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