« Iran : l’homme ayant poignardé Salman Rushdie félicité par la presse conservatrice », titre 20 Minutes.« Salman Rushdie poignardé : les iraniens saluent l’agression de l’écrivain »renchérit BFM TV. « Iran : l’assaillant de Salman Rushdie félicité par la presse conservatrice du pays », peut-on lire sur le site France Info. La liste des reprenant l’expression « presse conservatrice » est longue comme le bras.

Sans doute, derrière ce psittacisme, faut-il moins voir, la plupart du temps, un calcul idéologique qu’un « bâtonnage » paresseux, comme on nomme, en jargon journalistique, la reprise en trois temps d’une dépêche d’agence de presse : copier, coller, customiser. Un mot rajouté ici ou enlevé là : la customisation, dans la touffeur de la canicule, est souvent vite expédiée.

Mais si l’on remonte le fil, l’usage de l'expression « presse conservatrice » a été, apparemment, initié par l’agence Reuters : « Iran : la presse conservatrice félicite l’agresseur de Salman Rushdie. » Et l’on ne peut croire, cette fois, que ce soit tout à fait innocent.

Le mot « conservateur » n’avait déjà pas bonne presse. Il sentait le formol et la naphtaline, il évoquait le rétroviseur et la pédale de frein, le bocal et le couvercle, avec son poc à l’ouverture. On imaginait le conservateur ventripotent, une main tenant le cigare, l’autre posée sur le coffre-fort… Le voici à présent islamiste. Puisque ce que l’on devrait nommer « presse islamiste » est appelé « presse conservatrice ». Un islamiste serait donc une sorte de tory, un militant de feu Sens commun, quelque part, en somme, entre Boris Johnson et François-Xavier Bellamy. De qui se moque-t-on ?

Stigmatiser les musulmans, c’est mal. Stigmatiser les islamistes, ce n’est pas gentil non plus. En revanche, incriminer les « conservateurs » - ce grand mot fourre-tout bien pratique permettant d’amalgamer tout ce qui est réputé contraire au progressisme, comme si rien, à quelques détails près, ne séparait Laurence Trochu d’un mollah iranien - ne pose aucun problème.

Faire de l’islamisme un conservatisme, c’est un beau strike pour la gauche : dédramatiser le premier en calomniant le deuxième.

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14 août 2022

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42 commentaires

  1. La subversion commence par le vocabulaire, l’adversaire utilise un mot en en modifiant le sens, lui affecte une connotation péjorative et le mot ne peut plus être utilisé dans son sens communément admis, c’est une vieille technique de propagande, Orwell en avait très bien parlé dans un essai sur la langue anglaise en 1946. Depuis, beaucoup d’ouvrages ont traité du sujet, parmi les derniers l’ouvrage d’Ingrid Rocrieux « la langue des medias » ! Il ne faut rien laisser passer, difficile !

  2. « Customiser » ? « Personnaliser » fonctionne bien aussi et c’est un mot français. Qu’est-ce qu’apporte de plus un mot anglais francisé quand on a ce même mot en français qui est facile à comprendre en plus ? N’est-ce pas du snobisme ?

    1. Pire que du snobisme, c’est la trahison de la langue de Molière, et par extension, la trahison de la culture Française

  3. L’islamiste n a qu une seule obsession , faire appliquer la charria dans le monde entier , tuer tous ceux qui s y opposent ou les réduire à l’esclavage, rien ne serre de vouloir minimiser les faits , les faits et leurs vœux sont durs et irrévocables , aucune solution de médiation avec ces fous n est possible

  4. Comment qualifier alors V Orban qui répète à qui veut l’entendre qu’un enfant est le fruit de l’amour d’un homme et d’une femme, pire d’un père et d’une mère et qu’il n’y a pas lieu de changer ce modèle ?

    1. Je vois pas le rapport entre Orban qui tient des propos de bon sens et les Islamistes egorgeurs qui tuent ceux qui ne pensent pas comme eux . Soignez vous ( à moins que j’aie mal compris )

      1. Vous ne voyez pas le lien, d’accord, mais était-il nécessaire de terminer votre message par cette remarque inutile et malpolie « soignez-vous » ? J’en doute !

  5. Quand (par bêtise, ignorance, conformisme, peur ou idéologie) on confond le conservatisme avec la barbarie moyenâgeuse d’une théocratie islamique on est un menteur. Tout simplement.

  6. Bonjour chère Gabrielle ! Joyeuse fête de l’assomption premièrement.
    Le recteur de la mosquée de Paris à soutenu à demi-mot sur Twitter l’atentat contre Salman Rushdie.
    Sinon aucuns musulmans en France n’a condamné cette sauvagerie contre l’écrivain, mis à part Chalgoumi l’idiot utile de ceux qui croient encore et toujours à l’islam de France.
    « ( l’islam c’est l’islamisme au repos, l’islamisme c’est l’islam en mouvement) »
    L’ayatollah Khomeiny avait lancé en 1989 une « fatwa » demandant la mort de l’écrivain.
    Comprendre le positionnement politique et idéologique de ces journaux nous permettrait de déterminer avec plus de justesse dans quel univers ils gravitent (conservateurs ou progressistes) Le plus souvent bien ancrés à gauche voir au centre pour certains.
    Supprimons à tout ces journaux les subventions payés par nos impôts.

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