Economie - Editoriaux - Politique - 29 juillet 2019

Service après-vente du CETA en circo

Il faudrait quand même que les Français se mettent une bonne fois pour toutes dans leur tête de Gaulois que le CETA est bon pour nos agriculteurs, est bon pour la planète, est bon tout court. Pourquoi ? Parce que.

Certes, il a été voté aux forceps : 266 voix pour, 213 contre, 74 abstentions. Parmi le groupe hégémonique de La République en marche, 229 députés ont voté pour, 52 se sont abstenus, 9 ont voté contre. On a vu des majorités plus écrasantes. Passons sur le fait que ce vote était là, en quelque sorte, pour la forme puisque, selon Le Monde, il ne concernait que 10 % des dispositions du traité, 90 % de celles-ci, pour faire court, étant déjà entrées en vigueur car de la compétence de l’Union européenne. Mais le CETA est bon.

Et il y a un argument imparable : il est bon parce que le Canada est dirigé par Justin Trudeau. Or, Justin Trudeau est un progressiste, un humaniste. Personne n’y avait pensé jusqu’à ce qu’un député, en charge du service après-vente dans sa circonscription, explique dans la presse quotidienne régionale de ce week-end les raisons pour lesquelles il a voté, la semaine dernière, la ratification du CETA. Cet argument imparable et lumineux est l’œuvre d’Adrien Morenas, député de Vaucluse tant que Brune Poirson sera au gouvernement, puisqu’il en est le suppléant.

Pas comme pour le traité Mercosur, explique-t-il : ce traité, « lui », présente « un vrai danger écologique ». Et pourquoi ? Parce que « le Brésil de Bolsonaro n’est pas le Canada de Justin Trudeau ! » Il fallait y penser, effectivement. D’ailleurs, comme Justin Trudeau est un progressiste, on imagine que les bateaux qui transporteront la viande canadienne émettront beaucoup moins de CO2 que les navires en partance du Brésil. Allez donc savoir s’il n’y a pas du CO2 progressiste et du CO2 populiste, le premier étant moins dangereux pour la planète que le second.

Sauf que les négociations de ce traité ont commencé bien avant l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro, tout comme les négociations du CETA avaient commencé longtemps avant que Trudeau ne devienne Premier ministre.

Sauf, aussi, que le traité avec le Mercosur (et non « traité Mercosur ») concerne non seulement le Brésil mais aussi l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, le Mercosur étant le Marché commun du Sud (Mercado Común del Sur).

Sauf, enfin (et c’est le petit plus commercial, dirons-nous), qu’Emmanuel Macron lui-même a estimé, le 29 juin dernier, alors qu’il était au Japon, que cet accord était un bon accord. « Cet accord, à ce stade, est bon compte tenu du fait que toutes les demandes que nous avions formulées ont été intégralement prises en compte par les négociateurs. » Certes, le Président avait ajouté : « Mais nous serons très vigilants. » Certes. Une vigilance qui n’avait d’ailleurs pas convaincu la présidente de la FNSEA. Christiane Lambert avait, en effet, vivement réagi, estimant « inacceptable » la signature de cet accord.

Mais lorsque le traité avec le Mercosur aura été ratifié, le même député saura bien trouver les arguments capillo-tractés qui conviennent. Pas facile, le service après-vente. C’est un métier, faut reconnaître.

À lire aussi

Ils n’ont pas honte ?

Il ne demandait pas grand-chose : une minute. Une petite minute. Une minute de silence à l…