En mai, les gauchistes ont plongé le pays dans l’anarchie. Mais la « majorité silencieuse » a réagi : non à la subversion ! Les élections de juin confirmeront la déroute de la gauche.

« Les cocos à Moscou ! », « Le rouquin à Pékin ! », « À bas l’anarchie ! » Combien sont-ils, le 30 mai 1968, à défiler sur les Champs-Élysées ? Un million, comme l’assurent les gaullistes ? Ou plutôt 300.000 à 400.000, selon l’estimation discrète de la préfecture de police ? Qu’importe le chiffre exact, les manifestants forment une « marée humaine » qui remonte de la place de la Concorde jusqu’à l’Étoile, où les premiers s’arrêtent pour rendre hommage au Soldat inconnu. La flamme est ranimée, puis s’enchaînent la sonnerie aux morts, la minute de silence, enfin La Marseillaise. Il s’agit bien d’une « cérémonie expiatoire », comme le souligne l’historien Frank Georgi. Trois semaines plus tôt, le 7 mai, des étudiants anarchistes, brandissant des drapeaux rouge et noir, ont chanté L'Internationale sous l’Arc de Triomphe. Cohn-Bendit – le « rouquin » conspué par la foule – s’en vantera peu après : « À Paris, nous nous sommes dirigés vers l’ parce que c’est un monument con. Le drapeau tricolore est fait pour être déchiré... »

Depuis un mois, est sens dessus dessous et la France est à l’arrêt. Le 6 mai, plus de 300 policiers sont blessés dans des affrontements avec les gauchistes, et encore 247 le 10 mai. La capitale est un champ de bataille semé de barricades. Anarchistes, maoïstes, trotskistes et « Katangais » appellent à l’insurrection. La gauche partisane lui emboîte le pas. Au mépris de la Constitution, François Mitterrand se dit prêt à former un gouvernement provisoire. Les grèves paralysent l’activité économique. Les trains sont à l’arrêt, les avions cloués au sol, les ports bloqués par les dockers, la Poste ne fonctionne plus, l’ORTF est en grève. L’essence vient à manquer. C’est la « chienlit ».

De Gaulle a perdu la main. Son intervention télévisée du 24 mai n’a pas calmé les « enragés ». La gauche rejette son projet de référendum, les grèves se poursuivent. Le pouvoir, alors, vacille. Le chef de l’État disparaît même pendant plusieurs heures. On apprendra qu’il est allé voir, à Baden-Baden, le général Massu, commandant en chef des forces françaises en Allemagne. Il en revient rasséréné. « Oui ! Le 29 mai, j’ai eu la tentation de me retirer, reconnaîtra de Gaulle, dans un entretien télévisé. Et puis, en même temps, j’ai pensé que si je partais, la subversion menaçante allait déferler et emporter la République. »

Le 30, il prend à nouveau la parole, à 16 h 30. Ses mots sont cinglants : « La France est menacée de dictature. On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s'imposerait dans le désespoir national, lequel pouvoir serait alors évidemment celui du vainqueur, c'est-à-dire celui du communisme totalitaire. » Il encourage à l’action tous ceux qui ne s’y résolvent pas. Depuis plusieurs jours, les gaullistes travaillent à l’organisation d’une manifestation qui, rassemblant au-delà de leurs rangs les Français hostiles à l’anarchie, permettrait au pouvoir de reprendre l’avantage. Dès 18 heures, une foule immense se masse devant les grilles du jardin des Tuileries en entonnant l’hymne national. Elle est si dense que les derniers n’ont pas encore quitté la place de la Concorde quand les premiers atteignent l’Arc de Triomphe.

Le lendemain, les stations-service sont réapprovisionnées. Les grévistes reprendront peu à peu le chemin de l’usine ou du bureau. La « majorité silencieuse » s’est fait entendre. La subversion a perdu la partie.

Les élections des 23 et 30 juin, consécutives à la dissolution de l’Assemblée, vont le confirmer. Répété à l’envi, l’argument de la menace communiste fait mouche. La majorité présidentielle obtient 46 % des suffrages au premier tour et 354 sièges sur 487. Les gaullistes ont la majorité absolue à eux seuls. Discrédités par l’avidité de François Mitterrand, les socialistes perdent 64 députés et le PCF 39. Tous les « cocos » ne sont pas rentrés à Moscou ce jour-là. Au moins le drapeau rouge n’a-t-il pas flotté sous l’Arc de Triomphe. Grâce à la réaction du peuple français.

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12 août 2022

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5 commentaires

  1. Cohn Bendit ça lui a réussi de faire la Révolution en France…..Son parcours tout au long de sa vie au Parlement de Bruxelles l’a engraissé…..Mai 1968 a été pour moi et pour d’autres la longue descente de la France, afin de laisser la priorité de gouvernance à Bruxelles et Berlin. Cohn Bendit franco allemand….Tout est là. Et avec Macron c’est En Marche, à pas cadencé….
    Cohn Bendit a pourri ma carrière, déjà commencée, et rappelé par l’armée…..Je zappe chaque fois qu’il apparait en Médias.

  2. En 1967, le Président de la République Charles de Gaulle qui a sauvé l’honneur de la France le 18/06/1940 quitte l’Otan.
    Il aura fallu moins d’un an à nos amis américains pour fomenter avec leur agent de la CIA Cohn-Bendit pour une « révolution étudiante » qui s’étendit aux « travailleurs » sous forme de revendication salariale pour tenter un putsch contre le Général de Gaulle!
    L’entrevue de Baden-Baden permit au Général de rencontrer discrètement l’ambassadeur de Russie en France qui demanda au Premier secrétaire du parti communiste d’URSS Leonid Brejnev d’intervenir auprès du secrétaire général du parti communiste Georges Marchais et du secrétaire général de la CGT Georges Seguy pour que les ouvriers se remettent au travail.
    La Russie éternelle après nous avoir sauvé en 1914 et 1943 en contenant les hordes barbares de nos amis allemands nous sauvèrent ainsi une troisième fois!

  3. Ayant vécu ces évènements, je peux affirmer que cet article est vrai à 100%. Quel délice de lire la vérité, je n’en revenais pas. Bravo pour tous vos autres articles.

  4. Si Mitterrand a toujours cherché à prendre le pouvoir et se faire reconnaitre comme un être exceptionnel, qu’il n’était pas sauf dans l’abject, il aura couté la vie à Jean Moulin, d’après le livre de Marguerite Duras; il aura tout fait pour devenir sans y parvenir le responsable en chef de la résistance, après avoir courtisé Pétain; il a suicidé un grand nombre de français pour sauvegarder sa réputation et fait tuer de nombreux militaires, lui anti-militariste, pour la grandeur non pas de la France, mais de la sienne. Il fut un danger pour la France qui paie encore aujourd’hui ses deux septennats.

    1. Tout à fait : un danger et un serpent pervers venimeux, amoral et totalitaire.1981 signe le commencement du déclin de la France

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