Loi de restitution des biens culturels, l’Algérie y voit un nouveau camouflet

Quand la France pense tendre la main, en Algérie on veut y voir une provocation ...
@Wikimedia commons
@Wikimedia commons

Le 26 avril, le média Brut Afrique publiait une petite vidéo de reportage montrant la mission dont s’est investie une certaine Keltoum Derghal : racheter « depuis 2023, […] des objets pillés durant la colonisation en #Algérie et les restituer » : « ce qui est essentiel, c’est qu’ils appartiennent à l’Algérie. Mon devoir en tant que franco-algérienne est de les récupérer et de les restituer directement au musée national algérien, afin qu’ils soient réellement vus par tout le peuple algérien », explique l’intéressée. Ce reportage, publié deux semaines après le vote du projet de loi-cadre à l’Assemblée nationale « relatif à la restitution de biens culturels provenant d'États qui, du fait d'une appropriation illicite, en ont été privés » n’est évidemment pas une coïncidence.

Quand Paris pense tendre la main...

Le projet de loi voté par l’Assemblée nationale le 13 avril dernier, et qui doit encore passer en commission mixte paritaire, a pour but d’ « encadrer et [de] simplifier le processus complexe de restitution de biens acquis par la France de manière "illicite", comme le pillage, le vol ou la vente sous la contrainte ». Il « ne vise que les biens ayant été acquis entre novembre 1815 et avril 1972, à l'exclusion des biens militaires et de certains biens archéologiques », rapporte LCP. La chaine ajoute que ce projet de loi fait suite à un engagement pris par Macron en 2017 pour que « d'ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Pourtant, l’Algérie trouve cette avancée législative bien insuffisante, souligne Le Monde : « Ceux qui attendaient du projet de loi-cadre sur la restitution des biens culturels […] un levier pour hâter l’apaisement mémoriel avec l’Algérie en seront pour leurs frais. L’échelle des rétrocessions d’objets saisis durant la guerre de conquête (1830-1847) que la loi rendra possibles après sa promulgation reste, en effet, très en deçà des attentes de l’Algérie », puisqu’ « aucune des pièces à forte charge symbolique » ne rentreraient dans le cadre de cette loi.

Alger y voit une provocation

C’est le cas, par exemple du canon « La Consulaire » que BV évoquait déjà il y a quelques jours, mais pas seulement. Le média algérien El Watan résume ainsi la question : « Dans quelle catégorie classer ces objets : des larcins ou des butins de guerre ? » Puisqu’en effet, les prises de guerre ne seraient pas concernées par cette restitution. Pour El Watan, le projet de loi n’a fait qu’ouvrir une « brèche », le média algérien déplore « des limites significatives aux restitutions […] qui semblent avoir été conçues spécialement pour contrecarrer les revendications algériennes », et explique que « toute l’œuvre coloniale est une violation et un pillage qui doivent être réparés. En exigeant la restitution de certains objets symboliques, l’Algérie ne fait qu’exercer son droit. Pour se défaire de cette obligation, le Parlement français invente des arguties. Encore une fois, la France, au lieu de condamner de manière claire et engageante les crimes de la colonisation, dont les pillages de biens en constituent une partie, vote des lois alambiquées pour se dérober à ses obligations à l’égard notamment de l’Algérie ». Même son de cloche chez El Moudjahid qui va jusqu'à accuser la France de « crime mémoriel », dénonce « un verrouillage systématique des trésors patrimoniaux algériens, que les parlementaire français viennent d’instaurer » et ajoute que « si l’acte de restitution voulait apparaître comme la reconnaissance d’un tort, dissipant le contentieux historique entre les deux pays, la France a donc opté pour le dénigrement, hypothéquant ainsi toute normalisation et ajournant toute démarche vers un apaisement ». Bref, Paris croit tendre la main, Alger veut y voir une provocation.

« Leurs demandes sont sans fin » !

Autrement dit, on remet une pièce dans le contentieux algérien. Ancien ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt explique d'ailleurs à BV que la France « va à nouveau se mettre en porte-à-faux parce qu’il y a déjà des groupes divers, des associations manœuvrées pilotées par Alger en sous-main qui demandent la restitution de ces biens ». D’autant, ajoute-t-il, qu'« on va avoir plusieurs difficultés » : le fameux canon Baba Merzoug, mais aussi « d'autres cas de figure, où ce sont des biens qui appartiennent à des particuliers ou à des personnes privées » comme, notamment, un certain nombre de biens de l’émir Abd El-Kader recueillis dans le Château de Chantilly, et que le duc d’Aumale a transmis par testament à l’Institut de France, explique encore le diplomate à BV. « Or, il est stipulé que le testament est caduc si des objets sont déplacés ou sortis du château de Chantilly ou bien évidemment restitués à l'Algérie. »

Les collections de Chantilly ne seraient pas les seules concernées : au château d’Amboise, où a été emprisonné l’émir, « la fondation Saint-Louis a racheté un certain nombre de biens ayant appartenu à l'émir ou des lettres ou des documents divers ». Alors, Xavier Driencourt se demande : « est-ce que le gouvernement français va vouloir entrer en conflit avec des particuliers, l'Institut de France, la fondation Saint-Louis, etc. pour faire plaisir aux Algériens ? J'en doute fort », dit-il. D’autant plus, ajoute Xavier Driencourt, que la tactique d’Alger est de « demander cinq pour obtenir trois ensuite, de demander huit pour obtenir cinq, enfin de demander dix pour obtenir huit. Cela va toujours plus loin, leurs demandes sont sans fin. »

Si Alger joue sa partition avec canons et trompettes, à Paris, en revanche, cela ressemble à une doucereuse cacophonie et gare aux « mabouls » qui auraient l’outrecuidance de vouloir raffermir le ton !

Vos commentaires

2 commentaires

  1. Je ne vois aucun problème à leur restituer ce qui leur appartient en revanche qu’ils gardent leurs ressortissants que l’on arrête de payer des retraites aux nombreux centenaires et que l’on fasse la même chose avec gaza il y a de très nombreux enfants de gaza notamment dans le 93.
    Qu’ils reprennent les leurs.

  2. Entant que maboul,je suggère qu’avant de rendre tous ces bibelots a l’algerie qui n’en est pas toujours légitime propriétaire,l’algerie rembourse a l’état francais la contrevaleur de tout ce que nous y avoir investi en infrastructures plus tous les biens voles aux pieds noirs maisons terrains,appartements voitures,mobiliers avoir bancaires,etc..et plus aucun visa a un algérien en attendant…meme « médecin… »

Laisser un commentaire

Quentin Deranque - que s'est-il vraiment passé ?

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI se dresse contre les banquets du Canon français… mais défend les rave party
Yves-Marie Sévillia sur Radio Courtoisie
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois