Même en Seine-Saint-Denis, on trouve encore des raisons d’espérer. La France n’est pas seulement « une certaine idée », comme l’ont pensé certains, mais une civilisation qui unit dans un même projet bâtisseur ceux qui ont vécu avant nous et ceux qui veulent poursuivre aujourd’hui l’œuvre commencée. Quelle heureuse initiative, dans le contexte actuel, que le projet, ouvert au public, ces jours-ci, de rebâtir la flèche disparue de la !

Elle est au cœur de tout, des vues sur Montmartre et sur le Stade de France, de l’âme et du génie français, comme des rodéos nocturnes, de la France de toujours et de la France d’après… Le meilleur comme le pire réunis en un lieu symbolique : une cathédrale, nécropole des rois de France, lieu de deuil et d’espérance. Quel meilleur lieu, alors, pour rebâtir, reprendre le cœur à l’ouvrage et pour nous redresser ?

Le projet consiste, en effet, à remonter à l’identique, et avec les mêmes savoir-faire qu’au XIIe siècle, la flèche du premier joyau gothique de France, démontée pierre à pierre au milieu du XIXe siècle suite à un ouragan et jamais remontée jusqu’à aujourd’hui. Organisés par l’association Suivez la flèche, en charge de la maîtrise d’ouvrage, ces ateliers ont pour objectif de faire participer le grand public aux préparatifs du chantier qui démarrera en 2022 et de lui donner à voir et à comprendre l’art de la construction au temps des grands bâtisseurs médiévaux.

Quatre artisans d’art, deux forgerons et deux tailleurs de pierre, se sont donc installés, vendredi 5 juin, au pied de la basilique pour le plus grand plaisir des premiers visiteurs qui s’étaient inscrits via le site Explore Paris et ont pu ainsi s’initier, à leurs côtés, aux métiers de la forge et de la taille de pierre.

Tout au long de l’été et jusqu’à la mi-octobre, c’est une quarantaine de rendez-vous avec le public qui auront lieu avec un objectif affiché : « En cette période de confinement, Suivez la flèche vous propose de prendre un peu de hauteur et un grand bol d’air pur. » On pense à Simone Weil (la lumineuse philosophe, pas le ministre) et à son exhortation au temps de la débâcle : « De remède, il n’y en a qu’un. Donner aux Français quelque chose à aimer. Et leur donner d’abord à aimer la France. »

Rejoignons l’aventure, en visiteurs, en bâtisseurs, et espérons que tous ceux qui, à Saint-Denis ou ailleurs, mettent en ces jours un genou à terre, dans un réflexe trop souvent communautariste et médiatique, se relèvent et contemplent bientôt « depuis le ras du sol jusqu’au pied de la croix/Plus haut que tous les saints, plus haut que tous les rois,/La flèche irréprochable et qui ne peut faillir… »

Crédit photos : Suivez la flèche

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