Second tour de la présidentielle, le 2 mai. C’est quoi, le projet ?

Sachant que c’est le Président en exercice qui décide du calendrier, cette question se pose légitimement.
Capture France Télévisions
Capture France Télévisions

Depuis mardi, les dates de l’élection présidentielle 2027 sont arrêtées. Elles sont officialisées ce mercredi : premier tour le 18 avril, second tour le… 2 mai. Soit au lendemain des défilés toujours très politiques du 1er et, éventuellement, les tout aussi traditionnelles échauffourées qui s’ensuivent. Sachant que c’est le Président en exercice qui décide du calendrier, on se pose alors cette légitime question : c’est quoi, votre projet, Monsieur Macron ?

La stratégie du chaos jusqu’au dernier jour

C’est Bruno Retailleau, invité de Laurence Ferrari dans la matinale d’Europe 1, qui a levé le voile. Une réunion s’est tenue, mardi, autour d’Emmanuel Macron afin d’arrêter les dates de l’élection prochaine. Ont été retenus les 18 avril et 2 mai 2027, ce qui n’est certes « pas neutre », dit le patron de LR, assurant qu’en cela, le Président et son acolyte Laurent Nuñez se sont rangés à la demande de la gauche. C'est en tout cas ce qu'affirme Retailleau.

Certes, le choix du calendrier répond à une exigence constitutionnelle : l’élection doit se tenir entre 20 et 35 jours avant la fin du quinquennat en cours, donc avant le 14 mai, date anniversaire de la seconde présidence d’Emmanuel Macron. L’autre possibilité offerte par la Constitution, soit fixer le scrutin aux 11 et 25 avril, aurait permis d’éviter le double écueil du 1er Mai et des vacances scolaires. L’exécutif l’a dédaignée pour lui préférer un scénario plus susceptible de semer le chaos dans le pays.

Il se trouve en effet, ô surprise, que le premier tour va avoir lieu durant les vacances de Pâques, exactement au tout début pour la zone B, à la fin pour la zone C et en plein milieu pour la zone A. Tout cela relèverait du pur hasard ? On peut en douter. Et tout à coup nous revient aux oreilles la pseudo-blague de Mathilde Panot incitant les jeunes à « menacer les vieux » pour mieux leur extorquer une procuration et voter… Mélenchon, bien sûr.

« Qu’ils se démerdent », bis repetita

Le plus cynique, pour ne pas dire le plus vicieux, est bien sûr de fixer le second tour au 2 mai, lendemain du 1er Mai, jour s’il en est de la gronde sociale et des revendications. Lesquelles ne seront pas absentes des défilés par la grâce du Saint-Esprit. Bien au contraire, cela, quels que soient les deux finalistes du premier tour, la rue risque fort d’être déchaînée, surtout si l’on assiste à un duel Bardella ou Le Pen contre Mélenchon - ce qui n’a rien d’improbable, à ce jour.

C’est là, sans doute, l’espoir même pas secret d’Emmanuel Macron. La dissolution de 2024 lui a servi de galop d’essai dans sa tentative de pousser Jordan Bardella vers Matignon pour mieux déclencher le chaos et se présenter en recours de la nation. Sa tentative ayant échoué et le pays, sans majorité, étant tombé dans une crise politique sans issue, le Président méprisant a lancé « Qu’ils se démerdent ! » S’en est suivie la valse des Premiers ministres et l’accélération de la ruine du pays.

Qu’à cela ne tienne, le seul souci d’Emmanuel Macron est sa survie et la terre brûlée sa méthode. Le choix du 2 mai n’est qu’une grenade dégoupillée de plus, et tant pis si la loi électorale sera ouvertement bafouée. En effet, il est interdit aux médias de relayer la parole des politiques la veille du scrutin. Or, comme le dit Bruno Retailleau : « Qu'on ne me fasse pas croire que dans les cortèges, dans les prises de position, il n'y aura aucun écho politique. » Ce dont rendront compte les médias.

Si la gauche a fait pression pour que cette date soit retenue, c’est parce qu’elle pense pouvoir y trouver un avantage. L’inverse est aussi possible : si l’on assiste aux habituelles échauffourées post-défilés, le RN (sauf si l’on a empêché son candidat d’ici là) pourrait en bénéficier. Ce qui poussera l’autre camp à la fureur… Bref, au bout du compte, c’est toujours Macron qui gagne.

On se souvient qu’il l’avait hurlé à s’en péter les cordes vocales, lors de sa première campagne, voilà dix ans : « Parce que c’est notre projet ! » C’est donc cela, sa réponse : la planification du chaos total pour se re-présenter en sauveur de la patrie. Au plus tard en 2032. Et, qui sait, peut-être avant dans ses rêves les plus fous...

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

105 commentaires

  1. Ce chef d’ Etat sur le déclin fera tout pour faire boire le calice empoisonné jusqu’à la lie aux français , et penser qu’il espère un retour pour 2032 , même pas en rêve cher monsieur.

  2. Quel est le projet avec le second tour le 2 mai ? Avoir des manifs du 1er transformées en meetings contre le candidat du RN qui sera au 2ème tour.
    Président soit-disant au-dessus de la mêlée d’autant plus qu’il ne peut pas être candidat, il se mue en petit maçon qui construit le mur républicain ! Pitoyable.

  3. Je suis peut-être le seul de mon avis mais le 9 mai n’aurait pas été mieux (lendemain du 8 mai et jour de la fête de l’Europe !) et si le second tour avait eu lieu avant le 1er mai… Imaginez donc ce que serait le premier mai en cas de victoire de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella ? (Avec, jusqu’au 14 mai, les mêmes locataires à l’Elysée et place Beauvau !!!)

  4. Le but de Macron et Nunez, le Chao, par tous les moyens, Nunez est un grand spécialiste et on le vérifie tous les jours.
    Mais d’un autre côté, cette stratégie machiavélique risque de se retourner contre eux, car plus il y aura de chaos le 1er mai, plus ça invitera à voter patriotes pour remettre enfin de l’ordre dans ce pays

  5. Gare à l’effet « boomerang ou l’ arroseur-arrosé » !! On sait que les électeurs (trices) de camps patriotes ne sont pas des casseurs, même humiliés, résignés. Ne tombons pas dans le panneau ( j’ évite un jeu de mot trop facile et injurieux, éventuellement), n’ allons pas à la confrontation physique qu’ils attendent, à gauche. Il y aura forcément des violences et des dégâts. Et les médias de gauche ( TV, presse…)seront à minima tenus de les relater . Et là, le peuple patriote excédé, apeuré, rançonné, n’ aura plus qu’une solution ; voter pour un parti qui propose une « renaissance de la France « ….Mais tel le Phoenix, ce sera à partir d’un tas de cendres et dans un parcours semés d’ embuches. Et qu’on arrête de me parler de chaos, de guerre civile….Nous y sommes depuis un bon moment, déjà.

    • Encore une décision tordue à la sauce Macronie. Entre la multiplication des candidats bientôt une petite armée, les dates choisies non sans hasard, les abstentionnistes vous aurez droit à un dauphin du faux monarque, Édouard Philippe qui montera sur le trône avarié de France. Ce sera encore une élection par défaut car c’est sans appel le major des sondages c’est le RN . Ainsi quasiment 50% des électeurs français seront remisés au placard pour le bon vouloir de cette mafia politique. L’avenir promet des jours sombres qui réjouissent le démolisseur en chef.

  6. Le vote à un seul tour : Que chaque français ait le courage de voter pour l’ un des deux mieux placés dans les sondages ; cela évitera le deuxièmes tour .

    • Ça oui je serais pour, ce serait véritablement représentatif et ça éviterait ces déboires que l’on connait depuis bien trop d’années et les bis repetita.

  7. Un premier mai la veille d’un deuxième tour : violences verbales et physiques assurées ! c’est pour nous montrer le niveau de chaos dont serait capable la gauche en cas de victoire de l’éventuel candidat RN. C’est pour faire peur aux gens ! Si vous votez RN, la France plongera dans la violence pour des mois. N’oublions pas que Macron a toujours gouverné par la peur, faute de talent personnel !
    En fait, le scenario sera différent. Je parie que les DEUX candidats RN seront déclarés inéligibles. Tout le monde voit qu’on va s’occuper de Bardella. Il faudra qu’une personnalité de grande valeur récupère les voix sans berger. A qui peut-on penser ?

  8. Ce décalage du deuxième tour des élections est fait pour tripatouiller les résultats du premier tour. Il faut trouver des arrangements. Les électeurs n’ont pas tout le pouvoir de la démocratie. Électeurs, nous sommes des « veaux ».

  9. C’est bien pendant les vacances, le taux d’abstention va atteindre des sommets. C’est peut-être aussi le but recherché.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois