Culture - Discours - Editoriaux - Politique - Société - 15 décembre 2017

Pour sauver la droite, il faut unir la Manif pour tous et la France de Johnny. C’est Buisson qui le dit !

“Le seul scénario qui permettra à la droite de revenir au pouvoir, c’est de faire se rejoindre au jour du vote la France de la Manif pour tous et la France de Johnny.” Patrick Buisson aime les formules qui font mouche. Il aurait chanté “Pour moi jazz et java c’est du pareil au même” qu’il n’aurait pas plus étonné le très libéral Éric Brunet sur RMC. L’idée de Buisson n’est pas neuve. Elle est intéressante et, exprimée à sa manière, devient une évidence. Mais risque de se heurter à quelques réalités incontournables.

La France de la Manif pour tous est qualifiée par le politologue de « conservatrice ». C’est assez exact, bien que le mot signifie tout et n’importe quoi. Conservatrice, mais de quoi ? D’un état des choses actuel, soit une société pourrie par l’individualisme, le relativisme, le consumérisme ? D’un monde fondé sur la consommation à outrance, où les personnes s’effacent au profit des individus déracinés, isolés, déboussolés ? Ne serait-elle pas plutôt réactionnaire ? C’est-à-dire favorable à un retour à un certains nombre de valeurs qu’elle serait d’ailleurs bien en peine de définir ? Cette France-là est celle de la bourgeoisie, bien élevée, endogame et au tempérament de girouette. Cette bourgeoisie libérale, parfois avec modération, dont une poignée descendrait de nouveau dans la rue… Le phénomène de mode est passé.

La France de Johnny, c’est autre chose. Ce sont les périphéries, les employés, les ouvriers – ou ce qu’il en reste, les chômeurs des corons du Nord. Ceux à qui le chanteur donnait du baume au cœur. Ceux qui, depuis soixante ans, en avaient fait une idole. Qui rêvaient face à sa réussite, à son grand cœur, et pardonnaient ses frasques. C’est une France populaire, celle qui votait communiste avant-hier et Front National hier. Oubliée de la mondialisation, touchée de plein fouet par cette interminable crise qui n’en finit pas. Mais aussi, comme le souligne Buisson, celle attachée à un certain art de vivre, à un certain patriotisme, à une certaine fierté nationale. Bref, la France profonde ou, comme le disent avec mépris certains, les beaufs.

Comment unir ces deux France-là ? Sont-elles toutes les deux de droite ? Sans doute, mais à leur manière, et chacun se reconnaît dans une forme de droite incompatible avec l’autre. La bourgeoisie préférera toujours son intérêt matériel et son confort immédiat au combat pour les valeurs. La France périphérique verra toujours la première d’un œil déformé par des décennies de sourde lutte des classes. Largement paganisée, elle est insensible aux thèmes sociétaux, dont elle ne comprend pas les enjeux.

Les deux grands partis dits de droite ont lourdement échoué aux dernières élections. LR parce qu’il privilégie encore et toujours l’économisme et adopte une ligne résolument libérale, européiste et finalement très proche de celle de la gauche non communiste. De quoi enchanter la bourgeoisie qui lui pardonne à l’avance toutes ses trahisons à venir et fait des gorges chaudes de l’élection de Wauquiez. Il la fera cocue comme les autres. Le FN parce qu’il est tombé dans le même piège, et qu’il a réussi le tour de force de gommer tout ce qu’il y avait de droite dans son programme. Il a fait fuir l’électorat de droite parce qu’il ne soutenait aucune valeur fondamentale, et a fait peur à cause de son amateurisme économique.

Alors, que peut réunir ces deux France ? Et si c’était simplement le retour du patriotisme, de l’amour du pays, de la culture traditionnelle, du roman national, des mythes fondateurs ? Du ciment d’une nation, en quelque sorte ? Si c’était un discours rassembleur, débarrassé des lubies socialo-féministes, des imbéciles de basse-cour, du primat donné à la finance ? Et si c’était l’énoncé de quelques principes clairs, qu’il est inutile de justifier, et qui parleront à tous ? La France du bon sens, celle de Georges Pompidou ou de Denis Tillinac. La France enracinée.


Là, peut-être, Manif pour tous et Johnny seraient un peu le jazz et la java. Jazz et java copains, ça doit pouvoir se faire…

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