Economie - Editoriaux - People - Politique - 5 avril 2019

Sarkozy et l’art de la mise : de l’hôtellerie aux casinos, la martingale gagnante…

Avoir un ancien Président dans la manche, c’est assurément bon pour les affaires. Et mis à part François Hollande, qui n’en finit pas de rechercher dans son nombril les raisons de la trahison du jeune Macron, les ex–Présidents, ministres et hauts fonctionnaires en tout genre ont tous su opérer une reconversion confortable dans le privé. Jusqu’à François Fillon, qu’on croyait pourtant démonétisé après sa désastreuse campagne des présidentielles de 2017, qui a pris la tête de la commission constructeurs de la Fédération internationale de l’automobile (FIA). Mais il est vrai que celui-là est le champion des virages serrés…

Bref, on apprend, ce matin, que, fort de son expérience dans l’hôtellerie, Nicolas Sarkozy s’en va maintenant explorer le monde festif des casinos. Il vient, en effet, d’entrer au conseil d’administration du groupe Barrière, propriétaire du célèbre Fouquet’s, de dix-sept hôtels de luxe et de trente-trois casinos.

Parenthèse, ici : c’est un peu un retour aux sources, ou un passage de l’ombre à la lumière. On se rappelle, en effet, que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et, à ce titre, ayant la main sur le secteur des jeux, avait été cité, en 2006, dans l’affaire opposant Frédérique Ruggieri, propriétaire d’un casino à Gujan-Mestras, à Bernard Laporte. Secrétaire d’État aux Sports de l’époque, elle le poursuivait pour tentative « d’extorsion de capital », l’accusant de lui avoir proposé d’intervenir auprès de Nicolas Sarkozy en échange de parts dans son établissement. Le tout s’est soldé par un non-lieu en 2007.

C’est donc le président du groupe, Dominique Desseigne, qui l’a annoncé ce jeudi : « C’est une grande chance pour nous de pouvoir bénéficier de ses compétences, de sa connaissance hors du commun des enjeux stratégiques internationaux, et de son énergie. » De plus, dit-il, « avec Accor, [Nicolas Sarkozy] a prouvé qu’il aimait les métiers de l’hôtellerie, dont les enjeux sont mondiaux ».

Voilà, c’est dit : Nicolas Sarkozy « aime les métiers de l’hôtellerie » et il n’y a aucune raison de ne pas lui faire plaisir.

Je ne sais pas, vous, mais moi, cette phrase est du genre à me faire rigoler. J’explique. Pour le citoyen moyen dont je suis, les métiers en question sont ceux que propose la chambre du même nom, à savoir : barman/barmaid, cuisinier/cuisinière, directeur/directrice de restaurant, directeur/directrice d’hôtel, employé/employée de restaurant, femme de chambre (pas d’homme de chambre ?), garçon de café/serveuse. Je ne vois pas, dans la liste, « membre du conseil d’administration ».

Trêve de plaisanteries : on n’embauche pas un ancien président de la République pour autre chose que son carnet d’adresses. Il est là, comme dit joliment M. Desseigne, pour « permettre d’accélérer et de mieux anticiper les bouleversements du tourisme et des loisirs », c’est-à-dire l’ouverture d’hôtels de luxe à l’étranger : « Nous avons des ambitions en Asie, notamment en Chine et au Japon, qui se prépare à ouvrir ses premiers resorts (hôtel-casino) », dit-il.

Sachant que le groupe Barrière a réalisé, l’an dernier, un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros, dont 845 millions provenant de ses casinos, Nicolas Sarkozy peut être rassuré : il touchera bien ses jetons de présence. Il pourra même demander une petite augmentation l’année prochaine, puisque la maison va inaugurer, à l’été 2019, son premier club de jeux à Paris, au 104, avenue des Champs-Élysées…

Voilà une nouvelle qui pourrait bien exciter la fureur des casseurs en jaune et noir, lesquels ont incendié, le 16 mars dernier, le restaurant situé sur le trottoir d’en face. Si j’étais monsieur Desseigne, je me ferais discret sur l’inauguration du casino…

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