Robert Duvall, cet acteur de génie dont (presque) personne ne connaissait le nom
Ce 15 février, l’acteur Robert Duvall nous a quittés, à l’âge vénérable de 95 ans, dans son ranch de Virginie. En toute discrétion, comme il avait vécu. Il était de ces comédiens dont tout le monde connaît la tête, mais dont personne (ou presque) ne se rappelle le nom. On l’oublie trop souvent, mais le cinéma, ce sont aussi ces seconds rôles qui permettent à un film de tenir debout, telle une charpente une maison. Sans eux, les vedettes ne seraient rien. Les plus intelligentes d’entre elles – si, si, ça peut exister, nous avons des noms – prenaient un soin tout particulier à bien s’entourer, savaient qu’on brille mieux à plusieurs. En France, un Jean Gabin ou un Lino Ventura y veillaient tout particulièrement.
Ainsi Robert Duvall faisait-il partie des meubles du cinéma hollywoodien. Il fit de son physique parfaitement anodin, qui aurait pu être un handicap, un précieux atout. Car il lui permettait de tout jouer : les courageux et les veules, les flics comme les voyous. Cela, près de soixante ans durant, tournant près de cent films, sans oublier téléfilms, pièces de théâtre et autres séries télévisées.
Des ancêtres français…
Pourtant, c’est au moment de lui rendre hommage qu’on se rend compte qu'on ne savait que peu de chose de lui. William Howard Duvall, son père, est contre-amiral de l’US Navy. Il descend de Martin Duval, un protestant français, l’un des premiers colons à avoir débarqué sur les rives du Nouveau Monde. Sa mère, Mildred Virginia Hart, est l’une des descendantes du général Robert Edward Lee, le fameux général confédéré. Beau pedigree. On sait encore qu’il s’engage deux ans dans l’armée, durant la guerre de Corée. Ce qui lui ouvre un financement d’État pour s’inscrire dans une école de théâtre new-yorkaise, la Neighborhood Playhouse School of the Theatre. En 1962, il commence à apparaître au cinéma. Des rôles de troisième couteau, certes, mais qui le font vite repérer par les plus grands. Il ne crève certes pas l’écran, mais sa présence, tout en retrait, marque les esprits : non seulement il accroche la lumière mais, de plus, la renvoie. Peter Yates avec Bullitt (1968), Henry Hathaway dans Cent dollars pour un shérif (1969) et Francis Ford Coppola pour Les Gens de la pluie (1969) ne s’y trompent pas. Il y donne la réplique à des acteurs du calibre de Steve McQueen, John Wayne et James Caan. Toujours à sa manière tranquille, sans chercher à s’imposer, telle une sorte de contrepoint.
Coppola, son parrain…
Coppola s’en souviendra, en 1972, lorsqu’il lui confie le rôle de Tom Hagen, dans Le Parrain. Fils adoptif de ce dernier, incarné par Marlon Brando, il détonne dans cette famille italienne où l’on parle fort en claquant les portes. Dans le rôle du conseiller juridique de la famille, il apporte une froideur distancée, tout en laissant malgré tout transparaître ses sentiments, cette famille étant malgré tout devenue la sienne. Une prestation des plus nuancées qui lui vaut, la même année, une nomination pour l’Oscar™ du Meilleur second rôle. Il n’obtiendra finalement pas la précieuse statuette ; qu’importe, sa carrière est lancée.
Sept ans plus tard, le même Oscar™ lui échappe une fois encore pour sa prestation dans l’Apocalypse Now du même Francis Ford Coppola. Là, en incarnant le lieutenant-colonel Bill Kilgore, il entre dans l’éternité du septième art. Sur une plage du Vietnam, après une charge d’hélicoptères, il arrive torse nu, chapeau de la cavalerie américaine, période Tunique bleue, vissé sur la tête, et lâche ces mots au jeune Martin Sheen : « Du napalm, mon gars. Il n’y a rien d’autre au monde qui sente comme ça. J’adore l’odeur du napalm au petit matin. » Il est prétendu que le monologue était de son cru. Qu’il avait été le chercher dans ses souvenirs de Corée. Vrai ou faux ? La question n’est pas là, tant cette scène est, depuis, devenue mythique.
Plus que discret sur ses opinions politiques…
Paradoxalement, il décrochera finalement la récompense ultime, l’Oscar™ du Meilleur acteur, en 1984, pour le film Tendre Bonheur, de Bruce Beresford, qui n’a pas connu le succès public outre-Atlantique, et encore moins en nos contrées. Là, il joue un chanteur de country alcoolique tentant de rapiécer une fin de vie en morceaux. Comme à son habitude, il s’y montre pudique, ne forçant pas les effets, se contentant de jouer de sa force tranquille.
Pour finir, on notera que notre homme s’exprimait peu dans les médias, répugnait aux interviews. C’est bien simple, on n’a jamais su pour qui il votait, pas plus qu’il n’a dévoilé ses opinions en matière sociale ou sociétale. Non seulement Robert Duvall avait le talent, mais il avait aussi la classe. On connaît nombre de ses confrères, ici ou là-bas, qui seraient bien inspirés d’en prendre de la graine.
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20 commentaires
Et je me permets d’ajouter son rôle de Gus Mc Crae dans Lonesome Dove. Une des meilleures séries westerns avec « Hell on wheels », très loin les 2 des séries ou des films manichéens dont certains se sont fait des spécialités.
Même dans un navet, même avec un rôle secondaire les vrais talents d’acteurs se repèrent très vite. Robert Duvall faisait partie du club et même parmi les meilleurs. L’Amérique, avec près de 350 millions d’habitants en a produit beaucoup. Ne nous plaignons pas, la France a toujours eu aussi un bon nombre de talents rarement aux premières loges, mais toujours présents.
Félicitations à BV pour ses chroniques culturelles, et pour celle-ci en particulier. Les vrais gens, toujours les vrais gens, même parmi les acteurs et artistes il y en a. Le talent, toujours le talent ! il y en a aussi.
L’amant de Lèvres en feu dans Mash (Major Frank Burns).
Je me souviens très bien de lui, surtout dans Le Parrain, je le trouvais très classe. Bon voyage à son Ame !
Ses apparitions à l’écran sont gravées dans ma mémoire. J’ai toujours pensé, non seulement en raison de son patronyme, mais aussi à cause de son visage, peu américain, de sa discrétion, qu’il avait des origines françaises. Adieu.
J’aime beaucoup ce comédien mais je trouve la réplique « Du napalm, mon gars. Il n’y a rien d’autre au monde qui sente comme ça. J’adore l’odeur du napalm au petit matin. » très lourdingue et même de mauvaise qualité…
Une sorte de Bernard Blier en quelque sorte…
Pas du tout !
En effet, quand je regarde Bernard, je me marre rien qu’en le voyant, mais pour Robert, c’est autre chose, vraiment, mais j’aime bien les deux…
Bel hommage pour un acteur qui n’a pas jouè sur la paraitre mais l’être .
Merci de l’agréable surprise de voir rappelé le grand talent de Robert Duvall. Sans sa présence, de nombreux films n’auraient pas eu le succès qu’on connait. Merci de cet article
Idem pour tout personnage historique, d’ailleurs…Jules César entreprit la conquête de la Gaule, lu dans mon livre scolaire…mais il n’était pas seul !
Très discret conducteur de taxi dans Bullitt !
Super acteur
Adieu l’artiste
Excellent également dans le rôle de l’inspecteur de police Martin Prendergast dans le film « Chute libre » de Joel Schumacher avec Michael Douglas.
Je rajoute son rôle dans Colors, avec Sean Penn, réalisé par le non moins talentueux Dennis Hooper.
Depuis fort longtemps, cet acteur fait partie des rares que j’ai fort apprécié et que je regarde toujours avec grand plaisir. Un homme tout simplement, chose très rare dans ce milieu…