« Nostalgie facile, mais swing pas terrible », chantait Eddy Mitchell, dans « Nashville ou Belleville ». La formule pourrait s’appliquer à la candidature poussive de Michel Barnier, outsider des Républicains. Il a d’abord essayé le « swing pas terrible ». Images de campagne inspirées d’Obama, style rassurant de notable chenu inspiré de Biden : pas de doute, la française, la plus bête du monde, court toujours derrière le pire de la gauche américaine en l’an de grâce 2022. Tout ça est aussi ringard qu’un concours de country dans une zone commerciale de la diagonale du vide (10 % des Français seraient amateurs de cette danse américaine, selon le dernier livre de Jérôme Fourquet : je ne leur reproche rien, ce n’est pas de leur faute). Barnier, dont Jacques Chirac disait méchamment qu’il était  beau comme un « prof de ski », est-il passé du côté des Perfecto à franges ? Voire.

Et maintenant, la « nostalgie facile ». Michel Barnier s’est prononcé, ce dimanche, lors du débat des Républicains, pour le rétablissement du service militaire. On aurait pu écrire ses arguments d’avance : patriotisme, apprendre des valeurs, brassage social. On a entendu ça mille fois.  Alors, que penser de cette idée, qui est séduisante sur le papier ?

D’abord, l’armée est le dernier corps constitué qui tienne la route. Ça aussi, on l’a déjà dit cent fois. La famille est un conglomérat provisoire d’atomes perdus ; l’Église de France, une ONG sans espérance ; l’école, un cloaque où des racailles analphabètes frappent des communistes illettrés. Il ne reste que l’armée. Et l’armée n’a pas vocation à rattraper l’incurie et la médiocrité du reste de la société, surtout « à iso-budget », pour employer les mots de la haute fonction publique.

Ensuite, le brassage social ne concerne que ceux qui le veulent. L’une des raisons de la suspension du service militaire était le nombre croissant d’enfants de l’élite qui parvenaient à y échapper en utilisant divers stratagèmes. Il y a fort à parier que les jeunes macronistes diplômés d’écoles de commerce préféreront, comme jadis, des postes de coopérant à des affectations plus ingrates dans des régiments opérationnels.

Enfin, à l’heure où nous vivons déjà « face à face » et où le multiculturalisme impose sa loi d’airain à de braves gens qui n’avaient rien demandé, est-ce bien raisonnable d’enseigner le maniement du HK416 et la confection d’une chaîne pyrotechnique à des jeunes gens qui font déjà des merveilles avec des mortiers d’artifice ? Et comment réagira-t-on lorsque, sur un pas de tir, partira la première rafale d’un appelé en direction d’un de ses cadres, aux cris d’« Allah Akbar » ?

On ne peut pas multiplier indéfiniment les lignes de défense. Quis custodiat ipsos custodes ? (« Qui protégera ceux qui protègent ? »), ironisait Juvénal sous l’Empire romain. Si sa remarque était destinée aux épouses infidèles dont les maris étaient partis à la guerre, elle vaut tout autant pour l’armée en tant qu’institution : le service comme ultima ratio, oui, mais après ? Si ça échoue – ce qui est probable -, que fera-t-on ? La remise à distance de l’armée dans la mémoire collective, loin des clichés (alcool, ennui, brimades) du service militaire, lui a donné un prestige combien mérité. Le triste SNU, qui n’attire qu’une faible partie des jeunes majeurs, prouve la faillite de l’engagement civique, fût-ce sans arme et sur la base du volontariat. Laissons l’armée là où elle est.

Un dernier mot sur le fond : pour mourir au nom d’une idée ou d’un pays, il faut vivre selon les mêmes principes. Ce n’est pas en vantant des modèles abstraits et fumeux comme l’Union européenne, le réchauffement climatique ou même les droits de l’homme que l’on donnera de bonnes raisons de vivre et de mourir à nos jeunes. En fin de compte, on se jette dans la mêlée pour sa famille, son village, ses souvenirs, ses parents, ses enfants, pour impressionner sa fiancée, pour ne pas décevoir les copains, pour revenir en héros, pour mettre une raclée à ceux d’en face : autant de motifs concrets que l’on peinerait à retrouver dans ce qui nous est offert aujourd’hui.

 

24 novembre 2021

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