Audio - Editoriaux - Entretiens - 26 juin 2019

Général Vincent Desportes : « SNU : la volonté de tenir la promesse du Président Macron risque de coûter très cher à la France »

Le général Desportes analyse, pour Boulevard Voltaire, les premiers pas du service national universel voulu par Emmanuel Macron. « L’idée de réinsérer les Français dans leur nation est bonne. »

Le service national universel est maintenant en place un peu partout sur le territoire. Que pensez-vous des premiers pas de ce service national ?

Ce sont les premiers. Il est donc beaucoup trop tôt pour en conclure quelque chose.
Pour l’instant, cette première étape n’a rassemblé que des personnes volontaires et prêtes à respecter les consignes qu’on allait leur donner, et la manière imposée de vivre ensemble.
Au début, les choses paraîtront relativement faciles. En revanche, quand on passera à une phase d’application générale, il est probable que les difficultés seront d’une autre nature.

Certains élus, plutôt à gauche de l’échiquier, se sont émus de voir des photos de jeunes en uniforme. Des sous-entendus ont été faits sur certains rappels de l’Histoire à propos du totalitarisme. Ces craintes sont-elles fondées ?

L’uniforme n’est rien en lui-même, sauf le rappel d’une appartenance à une entité. C’est facile de critiquer. Je ne suis pas surpris que certains voient là matière à critique. Je pense, au contraire, que l’uniforme a de grandes vertus. Il permet, en particulier, de dépasser l’état social des différents participants pour les remettre dans leur simple humanité.
L’uniforme est une bonne chose. On voit d’ailleurs que, dans les entreprises, on revient aux marques d’appartenance. Le but est de recréer un sentiment d’appartenance à la nation. L’uniforme peut être un outil utile dans ce sens.

Libération a sorti un reportage photo d’une journée du SNU dans un centre scout du nord de la France. Avec un point de vue extérieur, on a un peu l’impression que cela ressemblerait à une sorte de camp scout laïc. Il recopierait certains aspects du scoutisme avec un caractère un peu plus festif. Est-on sur une copie de structure qui existe déjà ?

Vous avez raison. Pour l’instant, l’affaire n’a pas trouvé ses marques précises. On est entre une affaire pseudo-militaire et une colonie de vacances. Le fait que ce soit dans un camp scout n’est pas extrêmement surprenant. On n’a pas à tout réinventer. La façon dont les jeunes se retrouvent dans les colonies ou dans les camps scouts est très bien.
Aujourd’hui, cela ressemble davantage à une colonie qu’à un outil de véritable formation.
À ce stade, on peut se demander si, en France, nous n’avions pas déjà des outils existants.
Le service civique fonctionne bien en France. Il était probablement capable de rendre une grande partie des services qu’on attend du SNU.
On peut critiquer le SNU sur son coût d’opportunité. Les sommes d’argent importantes investies dans le SNU sont-elles bien là ?
Nous avions un certain nombre de structures, dont le service civique, qui aurait pu être réformé et agrandi. Il aurait probablement fourni des résultats au moins égaux, voire supérieurs.

Craignez-vous qu’on soit face à un coup de com’ onéreux ?

Je ne crois pas que ce soit un coup de com’. C’était un engagement du Président Macron. Il s’est retrouvé piégé par son engagement. On sait que cet engagement a, dès le début, déplu aux militaires.
Il n’en reste pas moins le problème de la parcellisation. Certains appellent cela l’archipellisation de la France, comme le dit M. Fourquet. Il faut non seulement retarder ce mouvement d’archipellisation, mais surtout le bloquer. L’idée de recréer du bien commun et de réinsérer les Français dans leur nation est une bonne idée. Je ne pense pas que ce soit une affaire de com’.
Au moment de la campagne, c’était de la communication. Le Président Macron s’est ensuite trouvé piégé par cette affaire-là. Il l’avait annoncé sans vraiment avoir analysé toutes les conséquences, et en particulier financières. Il délivre une de ses promesses. On verra jusqu’où on ira.
J’espère que la volonté de tenir la promesse ne coûtera pas très cher à la France par rapport à ce que cela apportera en termes de recréation du lien social.

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