Il y a des moments, dans la vie d’un peuple, où le calme fait du bien.

D’autres où il apparaît comme une provocation, tant il peut sembler désaccordé avec l’état profond d’un pays.

Le président de la République a rencontré, le 28 août, l’Association de la presse présidentielle et, abordant les problèmes de violence, de sécurité et de justice, il a continué dans le registre qu’il affectionne : une banalisation de l’intolérable.

Cette banalisation, en l’occurrence, étonne chez lui dont on ne peut pas suspecter, sur d’autres thèmes, le défaut d’inventivité, et parce qu’elle le conduit à proférer en effet des banalités qui n’auront pas la moindre incidence sur le réel déplorable qu’il convient de combattre.

Dénoncer « la banalisation de la violence » qui se serait « durcie » après le confinement ne me semble pas pertinent. On ne peut pas constituer la sortie du confinement comme une frontière capitale. La violence ne s’est, en effet, pas banalisée – ou alors elle était devenue banale depuis trop longtemps -, mais elle a pris sous son quinquennat un tour singulier, paroxystique, gratuit, omniprésent qui aurait dû appeler de la part du Président une perception plus sévère.

Récuser le terme « » pour lui préférer « banalisation de la violence que rien ne légitime » est révélateur de sa méthode qui vise à choisir des mots plus doux, litotes conceptuelles, moins âpres, en espérant que la réalité se pliera aux desseins présidentiels. On sait bien que non, chaque jour le démontre surabondamment.

Par ailleurs, on a droit à tous les poncifs d’un pouvoir à la fois humaniste comme il convient et impuissant. Par exemple, promettre que le gouvernement serait « intraitable » est caractéristique de ces vaines promesses qui, jamais concrétisées, offensent le citoyen et l’ont incité à fuir le champ politique. Entre désespoir et mépris.

Appeler à « remettre une vraie politique éducative, c’est-à-dire une politique de prévention, mais aussi une réponse républicaine respectant les droits individuels mais qui soit rapide et intelligible aussi bien pour la victime que pour l’auteur des faits » est dans la tiède ligne de la pensée conformiste, de l’équilibre à assurer à tout prix entre le transgresseur et sa victime, de cette démagogie souple substituant à répression « réponse républicaine » et invoquant la prévention. Avec elle, à la longue, nous serons tous morts et la France bien mal en point, alors que l’urgence capitale, contre les délits et les crimes multipliés d’aujourd’hui, est de protéger le citoyen dans l’instant, non en le consolant avec les statistiques du passé ou un avenir prétendument radieux.

Le Président cherche à rassurer en annonçant que, le 9 septembre, lors du séminaire gouvernemental, les questions de sécurité et de justice figureront parmi les priorités. Elles ne devraient pas faire l’objet de débats intermittents mais d’une action se passant de colloques ou de réunions gouvernementales.

Il est comique qu’ ait demandé aux ministres de l’Intérieur et de la Justice « quelques éléments additionnels à la stratégie, à la fois pour l’accélérer et répondre plus efficacement ». Comique parce qu’il n’y a jamais eu de « stratégie » et qu’on peut considérer que justice et sécurité ont été « additionnelles », une périphérie dans un dispositif central s’occupant bien à tort de tout autre chose.

Ce Président jeune est trop « cool » pour une France stressée.

Il n’est pas neutre que ce soit lui qui nous préside, qui analyse ainsi les fléaux dont souffre de plus en plus la société française. Quand une Marion Maréchal manque d’originalité dans ses explications de l’ensauvagement, ce n’est pas important, elle n’a pas d’incidence sur notre quotidien.

Le contraire, donc, de notre Président qui, s’égarant par mollesse, donne le mauvais exemple à l’État qui, « face à l’insécurité, se voit forcé à agir par les collectifs citoyens » ou, pire, est dépassé par des initiatives singulières et/ou populaires substituant au délaissement et à l’incurie officielle leur lutte et leur résistance.

Comme à Palavas-les-Flots ou ailleurs, partout où la coupe démocratique est trop pleine et le civisme exaspéré.

La droite a mis du temps à comprendre et à exploiter la faiblesse fondamentale d’Emmanuel Macron : sa détestation du régalien trop simpliste et univoque pour lui et son appétence pour un progressisme naïf qui compense ce que sa personnalité peut avoir de dur et d’autoritaire. Mais ces qualités lui sont réservées et le pays doit s’en passer.

Les Républicains ont attaqué le Président sur ses points forts : ce qu’il a fait aussi bien, voire mieux, que s’ils avaient été aux responsabilités. Mauvaise tactique.

Comme Emmanuel Macron ne ressent pas l’honneur républicain qu’il y a à protéger une communauté nationale, dans toutes ses composantes, contre la délinquance et la criminalité, il faut exploiter cette insigne faiblesse, cette indifférence dévastatrice, sans tomber dans la démagogie mais avec crédibilité pour la relève.

Heureusement, il y a dorénavant une droite qui ne se contente pas de se taire (en n’en pensant pas moins ?) ou de dénoncer mais démontre que le roi est nu et que le réel n’a pas vocation à être observé sans être métamorphosé. Pleurer sur lui est confortable, l’affronter serait épuisant et contraindrait le séducteur à se muer en tâcheron.

Ce n’est pas de la gauche socialiste ou extrémiste que viendra la moindre lumière sur ce plan : on en est toujours, peu ou prou, à la culpabilité de la société, à la prison criminogène et au regard rousseauiste sur l’individu. Il n’est jamais libre quand il perpètre le mal, il est instrumentalisé.

Quand un Xavier Bertrand si proche de LR déclare que « la sécurité restera l’immense faillite du quinquennat » et que Bruno Retailleau, sans fard, parle vrai sur le plan politique et propose des pistes très opératoires pour remédier « au désordre et à l’étatisme, les deux maux principaux de la France », on est au cœur de l’enjeu de 2022.

À un Président trop cool pour une France stressée, on aura le droit de répliquer par une politique ferme pour une France rassurée.

Extrait de : Justice au Singulier

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