[Reportage] Basilique Saint-Pierre de Rome, au milieu de la foule des pèlerins venus saluer une dernière fois Benoît XVI

©ConstanceduCoudert
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Le ciel romain est clair, l’atmosphère printanière, ce mercredi après-midi à Rome. Et pourtant, place Saint-Pierre, loin des flux de touristes qui ont investi le marché de Noël de la place Navone, l’ambiance est plus grave. Demain, les catholiques enterrent le dernier pape théologien.

Ce sont 60.000 à 70.000 personnes, trois fois plus que ce qu’attendaient les autorités italiennes, qui sont venues chaque jour dans la basilique Saint-Pierre se recueillir devant la dépouille de Benoît XVI, installée tout près de la tombe de l’Apôtre et veillée par deux gardes suisses. Une foule compacte, digne et recueillie. L’émotion, lorsque, passé l’atrium de la basilique, l’on pénètre dans l’immense nef de Saint-Pierre, est palpable, le silence recueilli, la ferveur poignante.

Devant le catafalque, des cardinaux prient pour celui qui les a gouvernés et, pour certains, choisis pour être élevés à la pourpre cardinalice. Au premier rang, à genoux pendant de longues heures, le cardinal Sarah. Ce cardinal africain est sans doute celui qui a le mieux compris le trésor que le pape Benoît XVI, le dernier pape européen, voulait transmettre aux jeunes générations, mais aussi à cet Occident vieillissant qui n’a de cesse de le renier. Plus loin, Mgr Georg Gänswein, ami et secrétaire particulier de Benoît XVI, salue discrètement fidèles et amis.

Dans la foule, beaucoup d’Italiens, bien sûr, mais aussi des Allemands, des Américains, quelques Français. De très nombreux jeunes prêtres, cette génération Benoît XVI qui a reçu ce que le pape allemand voulait restaurer et transmettre. De jeunes parents, aussi, venus avec leurs enfants : ce pape que ses détracteurs, d’un ton grinçant, appelaient « le panzer cardinal » et qui n’avait rien d’une rock star a su séduire par sa douceur, sa foi et son exigence, son humilité aussi - vertu si peu moderne ! -, toute une génération.

Qu’ont-ils reçu de lui, retenu de ses enseignements ?

Pour Gregorio, jeune Romain de 25 ans baptisé par Jean-Paul II, « Benoît XVI était un théologien bien plus sérieux que l’actuel (sic !), un pape qui défendait des valeurs fondamentales ».

Une Italienne trentenaire, qui espère pouvoir entrer dans la basilique avant la fermeture des portes, se confie : « Ce qui m’a touchée, dans le pape Benoît XVI, c’est l’exemple de l’acceptation de sa propre fragilité, comme il l’a montré en renonçant à sa charge. L’aveu  humble de sa propre faiblesse m’a émue à l’époque. » Une autre s’exclame : « C’était un très bon cardinal. Mais, déjà à cette époque, nous étions sans doute trop ignorants pour comprendre tout son enseignement. »

Sont attendus le roi des Belges, la reine mère Sofia d’Espagne, un ministre espagnol, Félix Bolanos, Philippe et Mathilde de Belgique, le président Duda de Pologne, Sergio Mattarella, président de la République italienne, la présidente de Hongrie Katalin Novák, le patriarche d’Antioche, l’archevêque de Bagdad et celui d’Alep, et tant d’autres. Lundi matin, Viktor Orbán et son épouse, mais aussi le président du Sénat italien Ignazio La Russa (Fratelli d’Italia) et Giorgia Meloni sont venus honorer Benoît XVI.

À la tombée du jour, les délégations officielles foncent dans les rue de Rome, sirènes hurlantes, au milieu d’une circulation un brin chaotique. Romains et pèlerins se croisent. Ce soir, des veillées sont organisées dans de nombreuses églises romaines. À la télévision italienne, les funérailles de Benoît XVI font l’ouverture des journaux télévisés, sans discontinuer.

Pour se préparer à rendre hommage au pape défunt, des pèlerins français iront se recueillir à Saint-Nicolas-des-Lorrains, l’une des cinq églises françaises de Rome.

Tout est prêt. Demain, la dépouille de Benoît XVI reposera dans les grottes vaticanes, nécropole de nombreux papes.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 06/01/2023 à 23:02.
Marie d'Armagnac
Marie d'Armagnac
Journaliste à BV, spécialiste de l'international, écrivain

Vos commentaires

5 commentaires

  1. Pourquoi avoir choisi le Ministre DARMANIN pour représenter la France aux obsèques du Pape BENOIT XVI ? Est-il catholique ? est-il baptisé pour avoir cet honneur ?

  2. Le probablement dernier pape catholique romain qui vient de mourir. Comment faudra-t-il qualifier le curieux syncrétisme assumé du nouveau entre Jésus, Marx et la Pachamama écolo ?

  3. L’Histoire laissera du passage du Pape Benoît XVI, une période salvatrice pour l’Église.
    Au moment présent, c’est le dénie des progressites qui vient se recueillir, offrant ainsi au Pape François un démenti glacial à sa politique anti-chrétienne.
    François a beau jeu de jouer au « Pape pauvre », il est très loin de faire l’humanité.
    Même au Vatican.
    L’article d’hier de BV sur les passage du Pape Benoît XVI aux Bernardins à Paris, ou Il a infligé une leçon magistrale à un parterre de politicards et autres industrieux intrigants, plus habitués au stupre et à la luxure, à bien représenter qui était Benoît XVI.
    Il manque déjà !

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