Depuis les débuts de la pandémie, les pénuries criantes qui paralysent l’action sanitaire de l’, mais également son redémarrage industriel suspendu aux approvisionnements chinois, ont convaincu tout le monde qu’il faut relocaliser d’urgence. C’en est même devenu un mantra, repris par tous, y compris les plus ardents défenseurs du libre-échangisme, dont et Le Maire…

Le souverainiste que je suis ne pourrait que se réjouir de constater l’adhésion unanime à ses idées, qui valaient il y a encore quelques semaines des procès en hérésie, irréalisme économique, passéisme : nous allions réveiller la bête nationaliste et en même temps ruiner l’économie… Sauf que la réalité finit toujours par rattraper les utopies, et dans le cas présent, la réalité est particulièrement cruelle et amère pour nous.

La France compte aujourd’hui près de 9 millions de personnes au chômage à temps partiel, qui s’ajoutent aux 6 millions et demi de chômeurs des quatre catégories qu’elle traîne depuis vingt ans. Au lendemain du , les choses ne retourneront pas à la « normale » du jour au lendemain et le taux de chômage sera probablement, pour longtemps, bien supérieur à ce que nous supportions déjà avant…

Relocaliser est donc une urgence cruciale, impérieuse, vitale même, car l’économie tertiarisée ne pourra jamais absorber le tiers du quart des bataillons de sans-emploi qui vont plonger nos pays dans la et l’instabilité. Mais qui donc va promouvoir ces relocalisations ? Macron, Merkel, Conte, Sánchez, Mmes Lagarde et von der Leyen ? Comment vont-ils s’y prendre, de quels moyens disposent-ils, juridiquement, et encore plus économiquement, pour imposer leur loi à des entreprises richissimes, affranchies depuis longtemps des contraintes des États et qui, en sus, les tiennent à leur merci via les dettes souveraines qu’elles détiennent, et qui assujettissent les gouvernements ? Et une fois les usines relocalisées, vont-elles subir les charges sociales, taxes et réglementations que nous connaissons sous nos cieux ? Va-t-on les livrer pieds et poings liés, lestées de tels boulets, à la concurrence des pays émergents qui, eux, sauront toujours protéger coûte que coûte leur outil de production, au détriment du reste ?

Relocaliser, c’est bien, c’est même incontournable. Mais cela implique de tout remettre à plat : système social, fiscal, bureaucratie, étatisme, réglementations sociales, sanitaires, environnementales au niveau de nos pays européens. Cela implique d’imposer des règles de concurrence loyale à la Chine, la réciprocité entre autres : M. Xi sera-t-il facile à convaincre ? Et surtout de revoir de fond en comble le droit commercial fixé dans le cadre de l’OMC, qui fait depuis trente ans du libre-échange une vache sacrée…

Les mêmes qui ont organisé le , le libre-échangisme, la social démocratie et ses lourdeurs mortifères pour nos industries, l’Union européenne et son carcan réglementaire, vont donc défaire fissa l’œuvre de leur vie ? Ils vont, du jour au lendemain, convaincre leurs partenaires économiques, multinationales et banques, qui les ont soutenu jusqu’ici d’abandonner leurs intérêts pour sauver l’Europe de la ruine et de la soumission aux autres puissances ? Macron, l’expert en vente à la découpe, qui a livré à l’étranger Alstom, les Chantiers navals, Latécoère, Technip et tant d’autres, va-t-il devenir le chevalier blanc du patriotisme économique ? À l’écouter parler, on devine qu’il cherche avant tout à sauver du naufrage le système qui l’a porté, Union européenne, OMC, finance, mondialisme.

La réindustrialisation de l’Europe impliquera un profond changement du logiciel politique, social, économique et même culturel : les dirigeants actuels ne sauront, et même ne pourront, relever ce défi. Derrière cela, c’est un immense combat politique qui nous attend, si nous voulons nous sauver de la ruine.

19 avril 2020

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