Un sondage Odoxa-Dentsu Consulting, publié au lendemain du dernier discours présidentiel, montrait que non seulement 84 % de Français approuvaient l’ordre de prolongation du confinement, mais aussi que 79 % trouvaient bon que les « personnes plus âgées et fragiles » se voient confinées plus longtemps. Pourtant, quand le Président a déclaré que « les personnes les plus vulnérables », notamment les personnes âgées, verraient leur confinement prolongé après le 11 mai, rien n’a été précisé : quel âge ? Qu’est-ce qu’être « vulnérable » ?

On sait que les hommes, s’ils ne sont guère plus nombreux à développer le Covid-19, sont plus gravement atteints que les femmes, surtout au-delà de 50 ans. Faudrait-il donc distinguer les sexes ? Discrimination. D’autre part, l’obésité est un facteur très aggravant : faut-il braver l’accusation de « grossophobie » et favoriser les maigres ? Tant que le confinement est pour tous, la question ne se pose pas – sinon pour ceux qui travaillent à soigner et faire vivre les autres. Dès qu’on se met à distinguer, ça se complique.

Mais voici le problème réglé : le Président renonce, il mange son chapeau puisque l’annonce qu’il avait faite et qu’avait confirmée, renforcée même, le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy n’aura pas de suite.

Pourquoi ? On devine la crainte d’une révolte des « anciens », y compris dans son entourage proche : le coup de gueule d’Alain Minc est intéressant et il y en a certainement eu bien d’autres, moins médiatisés mais sans doute impérieux. Et puis les retraités ont voté à plus de 70 % pour Macron en 2017, charmés par son verbe, son élégance tranchant avec le laisser-aller de son prédécesseur, son mariage propre à séduire les dames d’un âge certain, son évident plaisir à jouer son rôle. Aujourd’hui encore, ils en oublient tous les ratés, surtout quand l’épouvantail lepéniste se profile.

Alors la sagesse et la prévoyance veulent que le confinement prolongé des vieux soit abandonné, des recommandations pleines de sollicitude devant suffire à les contenir, sinon les confiner. Ajoutons que beaucoup, même parmi ses électeurs, étaient fermement décidés, l’été venant, à sortir dans les parcs, à ouvrir les maisons de campagne et jardiner tranquilles – s’ils n’avaient pu le faire avant. Sans compter que des anecdotes violentes, comme cet homme empêché de voir son père mourant, cette dame sanctionnée pour avoir voulu voir son mari hospitalisé à travers une vitre, pour ne rien dire du scandale des établissements où des grands vieillards et des malades gravement atteints sont abandonnés, sinon « thanasiés » [pas « eu- », « euthanasie » signifiant étymologiquement « bonne mort », NDLR], ont pu jouer un rôle dans le recul de Macron.

Entre la complexité de la mise en place de ce confinement sélectif et le risque de révolte d’électeurs floués, le pouvoir a reculé. Le calcul aussi, en cette période où l’économie est ébranlée : les retraités ont une place importante dans les associations, au service des autres, qu’il s’agisse de venir en aide aux démunis, de soutenir ceux qui souffrent, d’enseigner aux malades ou aux étrangers, d’entretenir des réseaux culturels variés… Et toutes ces activités contribuent à leur bonne santé en leur montrant que, loin d’être inutiles ou de se faire seulement plaisir, ils ont un rôle non négligeable dans l’équilibre social. Et encore laissé-je de côté la vie familiale : les grands-parents, lorsqu’ils sont retraités, se chargent souvent des petits-enfants en cas de maladie, les jours de congé, pendant les vacances si les parents travaillent, aide précieuse quand les ressources sont modestes. , le 11 mai, les parents sont censés repartir au travail et les enfants retourner en classe, mais en ordre dispersé : Au secours, les grands-parents !

Ainsi se comprend mieux la palinodie : à trop taper sur les vieux, on peut risquer sa réélection. Est-ce bien raisonnable ?

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