Réforme des programmes du lycée : le retour au bon sens ?

La démission de Michel Lussault de la présidence du Conseil supérieur des programmes (CSP) et son remplacement par Souâd Ayada, inspectrice générale de philosophie, étaient de bon augure : on pouvait espérer que ce Conseil s’abstiendrait désormais d’un vocabulaire jargonnant et des préjugés idéologiques qui altéraient son jugement. Jean-Michel Blanquer avait demandé à la nouvelle présidente du CSP de réfléchir aux programmes des lycées, en fonction de l’organisation qu’il compte mettre en place à partir de la rentrée 2019, et de définir les épreuves et les modalités de l’évaluation des élèves dans le cadre de la réforme du baccalauréat annoncée le 14 février.

On peut s’étonner que le ministre ait mis la charrue avant les bœufs, en modifiant le baccalauréat avant de modifier l’organisation des enseignements. Sans doute répond-il ainsi – non sans habileté – à la volonté du président de la République de transformer le baccalauréat en le resserrant autour de quatre épreuves terminales et en introduisant une part de contrôle continu, qui aurait pu être interprétée de bien des façons. De plus, en commençant par s’attaquer au baccalauréat, indéfendable dans son état actuel, il justifie la nécessité d’une réforme du lycée qui aurait soulevé de grands cris si elle avait été annoncée la première.

Le CSP a donc remis au ministre, le 7 mai 2018, une note d’analyses et de propositions sur les programmes du lycée et sur les épreuves du baccalauréat. Cette note de 32 pages confirme un changement de cap, pressenti dès la nomination de Jean-Michel Blanquer. Rédigée dans un langage clair, elle remet en honneur des notions tombées en désuétude : connaissance, réflexion, exigence. Passant en revue les différentes disciplines, elle explique dans quel esprit doivent être conçus les programmes des enseignements communs et des enseignements de spécialité. Elle recommande, notamment, plus de dissertations en français, plus de démonstrations en mathématiques, plus de chronologie en histoire.

Si les filières générales disparaissent, les enseignements de spécialité sont censés permettre aux élèves de diversifier leur orientation, d’approfondir leurs connaissances dans les domaines qu’ils auront choisis et de mieux les préparer à l’enseignement supérieur : non pas en anticipant les pratiques universitaires, mais en leur faisant acquérir les savoirs et les méthodes nécessaires pour poursuivre des études supérieures avec des chances raisonnables de succès.

La partie est, cependant, loin d’être gagnée. Le ministre va devoir faire face à la résistance des idéologues en place rue de Grenelle, qui s’étaient habitués à jouer de leur influence. Revoir la formation des professeurs en s’opposant aux gourous pédagogistes qui sévissent dans les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE), sont attachés à leurs prébendes et cherchent à normaliser les professeurs stagiaires en les infantilisant. Maintenir un recrutement de qualité, en sélectionnant des professeurs qui aiment et dominent leur discipline pour pouvoir, à la fois, s’adapter aux élèves qu’ils instruisent et pousser vers l’excellence ceux qui se distinguent par leurs talents.

Il devra aussi vaincre les réticences des socialistes de La République en marche, qui avaient approuvé la politique de Vincent Peillon, Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem, dont il veut se démarquer. Expliquer comment, par une meilleure organisation, on peut faire mieux sans moyens supplémentaires, susciter la confiance des professeurs, qui passe par une meilleure reconnaissance matérielle et morale.

Jean-Michel Blanquer a sifflé la fin de la récréation. Il lui reste maintenant – et ce sera le plus difficile – à traduire dans les actes l’objectif de restaurer l’enseignement.

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