Editoriaux - Education - 22 février 2020

Réforme du lycée : une réforme économique qui ne dit pas son nom

Il ne fallait pas être grand devin pour comprendre l’intérêt de la réforme du lycée engagée en 2017 par le ministère de l’Éducation nationale. L’observateur averti de l’état de la société avait compris qu’en mettant une bonne part de contrôle continu dans le nouveau bac, on pourrait toujours mieux cacher la misère sous le tapis, à savoir le niveau de certains établissements difficiles. En effet, en abandonnant une grande partie des examens à sujets nationaux, on laisse la liberté aux établissements d’évaluer leurs élèves. On obtiendra alors des résultats égalitaires sur le plan statistique au détriment, évidemment, d’une véritable égalité des niveaux exigés sur le territoire national.

Les élèves et les parents cherchent, sans doute, encore de leur côté les avantages éducatifs des nouveautés, notamment la suppression des filières générales – littéraire, scientifique, économique et sociale – au profit d’un enseignement de spécialités optionnelles. Après deux ans de lancement de cette réforme (qui a touché les classes de 1re dans un premier temps et, désormais, les classes de 1re et de terminale), il est désormais clairement possible de chiffrer ses conséquences. La preuve en est par le nerf de la guerre pour tous les lycées publics et privés de France qui ont reçu, en ce mois de février, leur DHG (dotation horaire globale). Il s’agit du nombre d’heures d’enseignements attribués par le rectorat, via le ministère, à chaque établissement. Depuis deux ans, cette DHG, à effectif constant, a été baissée significativement. Les proviseurs doivent alors faire tourner leur structure avec moins de moyens, le recours aux heures supplémentaires et aux enseignants contractuels constitue une variable de flexibilité.

La réforme du lycée a donc très clairement été une réforme économique déguisée par la complexité d’un jargon que même les enseignants eux-mêmes ont du mal à comprendre. Une réforme qui, comme à chaque nouveau gouvernement, a nécessité qu’ils remplacent leurs cours selon les dernières modes pédagogiques. Modes pédagogiques qui se heurteront, comme à chaque fois, aux dures et concrètes réalités du métier, comme par exemple l’hétérogénéité et le nombre d’élèves, en moyenne 35 par classe de lycée au niveau national.

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