Economie - Editoriaux - Société - 5 décembre 2019

Réforme des retraites : Macron face à Bercy

Le 5 décembre 2019 : une grève des transports et des services publics décisive pour la suite du mandat présidentiel d’. Pour autant, les esprits médiatiques ne font-ils pas semblant de s’échauffer sur ce qui la motive, à savoir la dernière , celle que la technocrature de Bercy rêve d’imposer depuis des décennies ? En effet, depuis le virage mitterrandien de 1983, notre ministère de l’Économie et des Finances devait nécessairement sa soumission aux marchés boursiers, conformément, à ce qu’il avait déjà amorcé dès l’adoption de la loi du 3 janvier 1973, loi qui libéralisa les bons du Trésor de la Banque de France, ceci permettant d’emprunter un maximum de fonds en un minimum de temps et à des taux les plus bas possibles. Depuis lors, la dette publique, atteignant récemment 100 % du PIB (cf. l’article de Hayat Gazzane dans Le Figaro du 27 septembre dernier), se creuse même avec des taux négatifs, ceci signifiant que le système prête plus qu’il n’est demandé.

En réalité, la réforme macronienne des retraites n’est que le dernier volet de la précarisation forcée d’un travailleur appelé à disparaître : un effondrement des compétences allant de pair avec la double lame désindustrialisation/uberisation. Car le régime des retraites par répartition a du sens uniquement s’il fonctionne par annuités. Et beaucoup d’économistes, comme, entre autres, Christian Saint-Étienne (cf. son blog du 1er novembre 2018), s’accordent sur le fait que si ce régime se calcule par points, le nivellement par le bas sera inéluctable dans la mesure où la valeur du point peut varier d’une année à l’autre selon la conjoncture économico-financière. De fait, l’égalitarisme, qui sert de leitmotiv à cette réforme, achèvera et l’expropriation intégrale et l’aggravation des inégalités sociales, les niches fiscales pouvant se multiplier à souhait en arrière-plan. Si, en effet, ceux qui ont des capitaux ne peuvent plus pérenniser leurs rentes, ils ne financeront plus les campagnes présidentielles de leurs champions ultralibéraux. À présent, l’État libéral ne protège plus tout le monde, mais seulement ceux qui garantissent encore son fonctionnement.

De façon définitive, la carrière n’est plus unilatérale, puisque nomadisée par les circonstances changeantes et liquides, y compris pour l’étudiant qui étudie plus longtemps sans savoir s’il sera employé quelque part. À vrai dire, on vit plus longtemps, certes, grâce aux progrès de la médecine, mais seulement pour subir plus de supplices, à l’image d’Ixion condamné à rester pieds et poings liés à une roue enflammée. Alors, au-delà d’un éventuel report de l’âge d’entrée à la retraite, de 62 à 64 ans, le travailleur (français) est mort. Le sachant parfaitement bien, Emmanuel Macron, en tant qu’ancien ministre de l’Économie (de 2014 à 2016) et agent officieux des lobbies numériques et financiers, a un cahier des charges à appliquer, et ce, afin que cette mort s’accomplisse avec le moins de souffrance possible. D’où sa propension au bla-bla permanent. Mais l’ego de Jupiter l’oblige à se dresser contre ses cercles d’amis, se posant face à deux funestes choix pour notre nation : sa réélection ou sa démission. Parce que, dans tous les cas, la machine reproduira un nouvel avatar…

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