Le mouvement des gilets jaunes, parce qu’informel et faisant émerger des propositions « à la volée », a relancé la discussion sur le nombre de parlementaires et les économies que sa réduction permettrait de faire.

Rappelons qu’il y a 47 millions d’inscrits sur les listes électorales et 577 députés, donc un élu pour 81.500 citoyens, ou pour 116.000 Français. Chiffres peu éloignés des autres démocraties, lesquelles n’ont pas de tradition jacobine et disposent de Parlements régionaux ayant davantage de compétences que les nôtres. Les États-Unis sont souvent cités à l’échelon fédéral comme ayant peu d’élus en oubliant de dire que le travail législatif fédéral est faible, mais à l’échelon des États fédérés, notons en exemple que la Virginie élit 100 députés pour 6 millions de votants.

Il faut également tenir compte du lien territorial, même si en droit strict le député français n’est pas le représentant de la circonscription qui l’a élu ; les pratiques de la Ve République et les habitudes politiques lui donnent, et de plus en plus, ce rôle d’intercesseur. La France est un pays étendu : en décomptant les 11 députés élus par les Français de l’étranger, nous obtenons un député pour 1.190 km² ; en comparaison, aux Pays-Bas, il y a un député pour 276 km² et un pour 598 km² en Allemagne (chiffre curieusement identique au nombre de députés).

Donc, la représentativité des députés français n’a pas à être mise en cause et l’on ne peut que penser que ce débat a un arrière-goût d’antiparlementarisme, thème historiquement cher autant à l’extrême gauche qu’à la non républicaine.

Le budget 2018 de l’Assemblé nationale, en baisse par rapport à 2017, est de l’ordre de 550 millions ; le coût réellement lié aux députés (indemnités, secrétariat, administration, transports, etc.) est approximativement de 300 millions, soit 520.000 euros par député – 100.000 de moins que les députés européens !

Une diminution de 177 députés ne produirait donc qu’une de l’ordre de 90 millions et une belle panique dans l’organisation du Parlement et des élections ; avec, en prime, la manipulation des circonscriptions pour favoriser et les villes au détriment des autres partis, surtout les petits, et des campagnes. N’en doutons pas, la réelle en serait affectée.

Ces quelques millions représenteraient 0,024 % du budget de l’État ; ayons à l’esprit qu’UN Rafale et son équipement, c’est presque le double, ou que le programme Barracuda, ce sera 9 milliards pour 6 sous-marins, c’est-à-dire 100 fois plus !

La proposition est donc au mieux une gentille lubie irréfléchie, au pire une manipulation démagogique. Si, pour ses promoteurs de la « société civile » peu au fait des réalités budgétaires et fonctionnelles de la nation, elle apparaît comme une mesure de bon sens économe, elle est, pour ses thuriféraires technocratiques, un moyen de plus d’éloigner les citoyens de leur représentants, de diminuer les moyens du Parlement national, de minorer ce rouage essentiel de la démocratie. Il s’agit de peu à peu étouffer les représentations nationales dans le grand dessein de la création artificielle d’une nation européenne.

Les partis qui se targuent de défendre la nation française seraient bien inspirés de ne pas aller dans ce sens.

14 janvier 2019

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