Culture - Editoriaux - Justice - Politique - Table - 8 janvier 2018

Rayan Nezzar n’insulte pas, il parle comme les “jeunes de Montreuil”. Merci pour eux !

Parfois, on se prend soi-même à y croire. Macron n’est pas comme les autres. Il faut voir comme il a rivé son clou à tel chef d’État ! Comme il a mouché tel étudiant, tel journaliste – sacrément culotté, hein, pas un politique de droite n’aurait osé ! Il nous a même souhaité joyeux Noël le 25 décembre : cet homme est proprement époustouflant. Et ce pragmatisme ! Et cette façon qu’il a de passer en force ! Et il porte si bien le costume, ce qui ne gâte rien ! Et si on s’était trompé ? Si, finalement, il allait aider la France à se relever ?

Puis, le lendemain, c’est la douche froide. L’atterrissage. La gueule de bois. Et si Macron avait seulement compris que la phrase du Guépard s’appliquait désormais à leur vieux monde épuisé, démodé, menacé, commençant sérieusement à entendre siffler le vent du boulet ? Il faut que tout change pour que rien ne change. Pour durer, il faut muer. Il s’y emploie à la perfection : tout bouleverser sans, in fine, ne rien modifier. Ou presque. La preuve par , nouveau porte-parole de LREM, dont des tweets édifiants viennent d’être exhumés : comme le rapporte Marianne, “Jean-François Copé, qualifié de “petite pute”, est invité à aller “niquer sa mère” ; Alain Juppé est traité de “fiotte”, Marine Le Pen de “pute”. Bruno Le Maire est désigné comme un “couilles molles”, tandis que Manuel Valls aurait, lui, “zéro couille”.” Sans parler de Valérie Pécresse, traitée de “poufiasse” ou encore Caroline Forest d’“épave”.

Comme on le voit, Rayan Nezzar n’a pas l’injure très sophistiquée ni le registre tellement varié.

Le ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a aussitôt volé à son secours, réclamant, sur un ton sympa de psychologue scolaire au collège Georges-Brassens, bienveillance et mansuétude : “Je pense que beaucoup de jeunes qui ont 18 ou 15 ans aujourd’hui, ils croient qu’ils sont dans une culture de l’immédiateté et quand ils tchatent ou quand ils font un tweet, ils croient que c’est pour tout de suite et que ça n’a pas beaucoup de valeur.”

Quant à Christophe Castaner, il aurait trouvé – selon des propos tenus en privé rapportés par la journaliste Pauline de Saint-Rémy – un responsable, et ce n’est pas Rayan Nezzar. La faute en revient à… son vocabulaire : “Son vocabulaire de jeune de Montreuil [qui] le rattrape.”

Sauf que les tweets datent de 2012 et de 2013, date à laquelle Rayan Nezzar était étudiant à l’ENA, donc plus tout à fait un ado prépubère qui se serait attardé plus que de raison au stade anal.

Sauf qu’heureusement, il existe des “jeunes de Montreuil” (merci de leur rendre justice) qui s’expriment autrement que par l’insulte grossière et l’éructation vulgaire, et l’origine populaire n’est pas – quoi qu’en pensent les douairières de Downton Abbey et Christophe Castaner – une tare congénitale contre laquelle on ne peut rien et qui finit toujours par ressortir, malgré tous les subterfuges pour la planquer.

Sauf qu’alors que ce quinquennat, comme on nous l’a expliqué avec des trémolos dans la voix, est dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes, nommer un porte-parole qui traite – ou traitait hier – sur la place publique les unes et les autres de pute, de poufiasse, d’épave… semble une entrée en matière assez baroque.

Sauf que cette piteuse affaire envoie, évidemment, aux jeunes Français un signal détestable : voilà donc un modèle de réussite sociale, de “talent”, un prototype de “parcours génial”, comme le dit Castaner ?

À quoi bon nommer un ministre de l’Éducation ambitionnant de renouer avec la méritocratie, le bon sens et la rigueur si l’on offre en même temps un Rayan Nezzar en exemple ?

Que tout change pour que rien ne change : enfin pas tout à fait. Ce qui change la donne, de façon radicale, est bien sûr l’avènement des réseaux sociaux, et le formidable, le redoutable, l’implacable porte-voix qu’ils constituent. J’apprends à l’instant que Rayan Nezzar, spontanément ou un peu poussé dans le dos, vient d’annoncer sa démission.

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