Qui va dans le mur ?

Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, au Monde, “si l’exécutif persiste à ne pas vouloir faire avec les corps intermédiaires pour trouver des solutions collectives, il va dans le mur”.

Élection législative partielle de Créteil : 82 % d’abstention.
Gilets jaunes : une déferlante sans débouché.

Situation inédite depuis 68 : un puissant mouvement de masse sans relais. Pourtant, l’idéologie diffuse de 68 a progressivement imprégné le corps social au cours de ces dernières décennies : révolution des mœurs, idéologie libérale-libertaire et, en point d’orgue, « CRS-SS ».

Aujourd’hui, les manifestants prennent, en certains endroits, le café avec les gendarmes qui, ironie ou symbole, portent le même gilet jaune (réglementaire). Et cette masse formée des classes moyennes, des ouvriers, d’adultes et de retraités, de jeunes aussi, est très représentative de la société « réelle », qui a désormais fait l’expérience du politiquement correct, prône un retour aux valeurs « de chez nous ». Cette vieille dame, présente à Sarlat, résumait beaucoup en disant : “On était tout de même plus heureux avant.” Tout est dit. On aurait tort de croire qu’il ne s’agit que d’un retour nostalgique au bon vieux temps. Non, c’est la réaffirmation spontanée de l’attachement à des valeurs plus que jamais actuelles : respect, solidarité, convivialité, amour du pays (on les a bien vus, les drapeaux tricolores), considération pour les besoins matériels de la population qui travaille, primat pour les siens… Les veaux qu’on croyait ankylosés relèvent la tête. Ils en étaient donc capables, et on a bien eu tort de désespérer !

Pour autant dans les cortèges, le discours dominant était « tous pourris, d’où qu’ils viennent, tous pourris ». Ce qui explique l’abstention record de Créteil. Et un député qui sera élu avec 5 % des inscrits ! Et que vogue le système…

Il appartient, dès lors, aux défenseurs des libertés d’amener des solutions. À défaut, le gouvernement aura beau jeu, après avoir laissé passer l’orage, de louvoyer, misant sur le désespérant fatalisme des citoyens, comme après le camouflet du référendum de 2005, en amusant la galerie en tendant la main aux corps intermédiaires chers à M. Berger.

Pas de recette à donner, donc, mais quelques constats. En revenir aux fondamentaux : rupture, rassemblement, et sûrement rendre leur fierté aux Français.

Rupture : aucun compromis avec le système. Pas une jambe dedans une jambe dehors. Établir clairement que tout ce qui a nui à notre pays sera éradiqué. Depuis l’organisation administrative du pays en super-régions européennes jusqu’à la majoration de 25 % de la CSG des retraités et la désindexation de leurs retraites, en passant par la volonté de rétablir le pluralisme de la presse et la liberté d’opinion, une fiscalité juste, et régenter l’immigration sauvage…

Rassemblement : que les militants des organisations qui œuvrent au redressement de la France exigent de leurs leaders de regrouper leurs forces sur une base autre que « tous groupés derrière MON cheval blanc ». Le primat des carrières personnelles s’oppose aux intérêts du pays. L’intérêt supérieur de la nation appelle à la lucidité. L’addition des mouvements du progrès et du renouveau serait une force considérable et probablement une issue pour ceux qui luttent.

Et, enfin, avoir bien conscience que le monde entier a besoin de la voix de la France, telle que les gilets jaunes l’ont exprimée – la voix éternelle de la France, s’entend, et non d’une groupie de l’Allemagne.

À lire aussi

Souverainistes et gilets jaunes : l’occasion manquée ?

J’aurais rêvé que les gilets jaunes apportent à l’intérieur de ces partis ce qu’ils ont ap…