Quel enchantement que cette résurrection d’un lieu pour qui seule l’ancienneté parlait d’elle-même ! Un brin d’imagination, une dose irraisonnée d’expression artistique, un plein de notre et voilà les pierres de Mansart délivrées de tout mutisme.

Le travail de Bruno Seillier alliant la beauté des tableaux et la richesse des discours nous conte, nous prend et nous entraîne. C’est à l’occasion du centenaire de l’Armistice que le spectacle est lancé comme sixième volet d’une aventure envoûtante. La cour de l’hôtel national des Invalides reçoit le témoignage fictif mais non moins imprégné de réel du petit Martin, condamné de par son jeune âge à suivre la Grande Guerre depuis chez lui. Il fera sienne la croix de ceux qu’il aime sans jamais recevoir en retour que du sang et des larmes. Devant nos yeux admiratifs et effrayés, la cour d’honneur des Invalides se métamorphose comme bon lui semble. De la mère des batailles aux combats aériens en passant par la guerre sous-marine et aux années folles, la Nuit aux Invalides nous met au défi d’écouter ces paroles sages de plusieurs siècles.

Dans cette enceinte, nul ennemi hormis la guerre et ses horreurs. La des champs de bataille, rarement traitée de manière frontale, n’obstrue aucunement l’abnégation de l’arrière et le rôle majeur joué par les femmes dans cet effort de guerre. À cela se joint le goût amer de l’illusion, de l’intention bonne tournée au fiasco. La voix profonde et sincère de Jean Allemane annonce un destin fatal à cette qui, reprenant son souffle, s’apprête sans le savoir à une immersion des plus cauchemardesque. Les voix résonnent en pitié. Le spectateur sait ce qui les attend, il applaudit. Car ce n’est ni la victoire d’une institution ni celle d’une union. C’est un aux hommes de tous horizons qui écrivirent l’Histoire en y laissant leur vie pour une idée qui leur était chère, celle de patrie.

Au-delà d’un simple divertissement culturel, la Nuit aux Invalides invite à la mémoire. Souvenons-nous de ceux qui, il y a 100 ans de cela, se sont battus, ont œuvré pour leur pays, n’ont pas osé croire que, vingt et une années plus tard, le même schéma tragique les attendait, les sortant ainsi à jamais de toute illusion.

Voilà un spectacle qui, pour sûr, ravive en un élan national la flamme d’un respect ancestral. Cet ardent, loin des artifices d’une victoire d’un soir, s’entretient deux mois durant au sein de murs chargés d’Histoire.

Jusqu’au 1er septembre 2018.

27 juillet 2018

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