Dans le film de Gérard Oury, Les Aventures de Rabbi Jacob, Marcel Dalio chantonnait dans son taxi new-yorkais sa joie de « revoir sa Normandie ». Il est probable qu’il ne la reconnaîtrait plus, aujourd’hui, surtout débarqué à Val-de-Reuil, ville nouvelle créée dans les années soixante, forte de 13.114 habitants au dernier comptage et dont le maire socialiste, Marc-Antoine Jamet, se flatte qu’elle soit « un endroit de vivre ensemble », forte de ses soixante-dix communautés différentes.

Ainsi, ce samedi 11 septembre, au programme municipal, on jouait un drôle de film, façon trois mariages et un enfarinement ; celui de l’édile en question, tandis que sa première adjointe, Fadilla Benamara, était prise à partie par des adeptes de ce même « vivre ensemble ».

À ce jour, les raisons de l’algarade demeurent des plus brumeuses. Mais pour qui « fait confiance à la de son pays », nul doute que tout cela sera bientôt mis au clair, choses écrites sans offenser l’épiderme de quiconque. Premiers indices ? Depuis la semaine dernière, ce « village Benetton » vivait au rythme d’affrontements entre Kurdes et Sénégalais. Au début, un simple échange de beignes entre deux gamins avant que les parents ne s’en mêlent et n’en viennent aux mains, puis aux barres de fer. Résultat ? Un père à l’hôpital et deux proches interpellés, avant que l’histoire ne tourne véritablement en eau de boudin créole, les Sénégalais rameutant leurs troupes et les Kurdes les leurs ; le tout dans un grand élan de fraternité républicaine.

D’un côté, 1.500 militants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), venus soutenir les uns. De l’autre, une centaine de leurs homologues de la LDNA (Ligue de noire africaine) s’invitant à ce raout citoyen pour défendre les autres ; le tout survenant lors des mariages plus haut évoqués. Et Marc-Antoine Jamet, enfariné malgré son impérial prénom, de rappeler : « Nous nous apprêtions à célébrer trois unions civiles, quand ils se sont mis à tambouriner, puis finalement à taper partout. […] Mon adjointe, qui a eu un courage fou, a tenté de les arrêter et s’est fait molester. »

Si le PKK demeure discret sur ce happening citoyen, la LDNA évoque, sur son site Internet, « une action menée dans un style bon enfant ». Ce qui n’est pas tout à fait l’avis de ce maire n’hésitant pas à révéler : « Le leader de ce groupe, ex-rappeur condamné pour viol, est quand même singulièrement barge. » Assez logiquement, Marine Le Pen tweete, dans la foulée : « Affrontement intercommunautaire à #ValDeRueil en #Normandie : mais qui veut de cette France du chaos et du vers laquelle nous mène tout droit la politique de #Macron ? Il faut d’urgence remettre la France en ordre. »

Mais ce soutien ne paraît pas être tout à fait du goût de l’enfariné qui, dès le lendemain, affirme, sur CNews : « Je suis maire depuis vingt ans, mais c’est la première fois que je vois ça. » Mais d’aussitôt ajouter : « Je vois un parti politique, l’extrême droite, qui vient évidemment faire du buzz et de la publicité. »

Si l’on résume, ce n’est pas la faute des Kurdes ou des Sénégalais… mais celle des Bretons ; ou d’une Bretonne, pour être plus précis.

On remarquera que dans son malheur, Marc-Antoine Jamet ne connaît pas son bonheur, puisque dans sa ville aux soixante-dix nationalités, les Turcs ne sont pas venus s’en prendre aux Kurdes et que les Arméniens ne sont bien gardés d’intervenir. Mieux, les Afghans et les Syriens se sont contentés de compter les points, tandis que Congolais et Algériens campaient sur leurs positions, attendant probablement que Roumains et Sri-Lankais précisent les leurs.

Mais comme le brave Marc-Antoine le dit si bien : « Je ne suis pas le président de l’Organisation des nations unies. » On avait cru remarquer.

PS : nous apprenons à l‘instant que Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, entend « dissoudre la Ligue de noire africaine » qui « appelle à la haine et la discrimination ». Pour « dissoudre » les problèmes, il faudra sûrement attendre encore un peu…

13 septembre 2021

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