Si la région PACA a regardé la finale de la Champions League vêtue du maillot rouge du Bayern Munich, l’événement aura globalement suscité un intérêt très relatif auprès du public français, tout au plus chez les passionnés de sport, la satisfaction d’assister à une opposition plaisante dans la douceur d’une soirée de fin d’été.

Je ne partage pas la version selon laquelle ce désintérêt notoire trouverait son origine et sa justification dans une énième forme d’opposition /province, ou d’un rejet du sport business par le pays réel.

Le des épopées européennes de 93-97 a fait chavirer les cœurs comme l’avait fait, avant lui, l’OM de Bernard Tapie, en déposant sur le toit de l’Europe des joueurs auxquels toute une génération de Français s’est identifiée – David Ginola, Alain Roche, Paul Le Guen, Bernard Lama, Bruno Ngotty, héritiers du grand Reims et des Verts de 76, et emmenés par un improbable duo, l’enfant des cités populaires Luis Fernandez et le fils de notables Michel Denisot.

Ils étaient la France, ils étaient les Français.

Les rugbymen du Racing, club centenaire de l’aristocratie parisienne, ont disputé la finale de la Coupe d’Europe de rugby face aux Anglais des Saracens, au printemps 2016, à Lyon, dans un stade entièrement acquis à leur cause.

Pour constituer son effectif, le président Jacky Lorenzetti, 50e fortune française, aurait pu empiler les All Blacks, les Sud-Africains, et confier l’équipe à un Australien ; il avait toutefois choisi deux entraîneurs tarnais, qui ont fédéré un groupe de joueurs formés partout en France pour encadrer la star Dan Carter, et c’est cet ADN, ce condensé du rugby français, qui a fait s’embraser les 60.000 spectateurs du Parc OL, pour la plupart issus des classes moyennes de la région Rhône-Alpes, autour d’une improbable communion entre rugby du terroir et rugby show-biz.

Façonné par un Brésilien (après un Portugais et un Hollandais), le PSG est, quant à lui, dirigé par un Allemand (qui a remplacé un Espagnol), ne compte que deux Français parmi les onze titulaires, et envoie ses joueurs blessés se soigner à Doha, où réside toujours son énigmatique président qui, neuf ans après sa nomination, ne maîtrise pas encore notre langue.

Son sympathique État actionnaire est donc le seul responsable de la profondeur abyssale du fossé qui sépare le club du cœur des Français, et il suffit de regarder ce qui se fait ailleurs pour comprendre que le raccourci avec notre époque (globalisme, mondialisation) n’est pas recevable.

Le Bayern Munich, club historique et ancré dans sa région, héritier et dépositaire d’une culture qui en a fait une marque et un modèle planétaires, est resté la propriété d’actionnaires allemands. Le président, le directeur sportif, l’entraîneur, le staff technique, le médecin, le capitaine et les joueurs majeurs sont allemands.

La Juventus de Turin est détenue depuis des décennies par la famille Agnelli, qui vient de confier l’équipe à la légende Andrea Pirlo (qui remplace son compatriote Sarri) et l’ossature est constituée de joueurs italiens autour du vétéran Gigi Buffon.

Le Barça appartient aux socios (supporters locaux) qui élisent, tous les quatre ans, un président espagnol, dont le discours d’intronisation débute invariablement par la promesse de respecter et perpétrer l’héritage et la tradition catalane du club.

En faisant main basse sur le Paris Saint-Germain, il y a neuf ans – opération de communication destinée à légitimer auprès du grand public sa prise de participation stratégique dans des fleurons de l’économie nationale (Lagardère, Total, Vinci, Veolia, Accor) -, le Qatar a ignoré toutes les mises en garde et estimé que sa puissance financière gonflerait le palmarès, que le palmarès bâtirait la légende et que la légende déboucherait sur un ancrage populaire et une ferveur nationale sans limites… Après huit années d’humiliations en matchs éliminatoires de la Coupe d’Europe, leur première participation à la finale disputée dans un stade vide aura provoqué, en France, un engouement au moins aussi important que les universités d’été du Parti socialiste et une audience télé du niveau d’un épisode d’Inspecteur Barnaby.

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