Editoriaux - International - 21 mai 2019

Donald Trump va-t-il déclarer la guerre à l’Iran ?

C’est peu dire que la tension monte dans le golfe Persique. Bien sûr, il y a les tweets énervés du président américain : « Si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran. » De son côté, Téhéran aurait plutôt tendance à temporiser, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, qui se dit « certain qu’il n’y aura pas de guerre puisque nous ne souhaitons pas de conflit et que personne ne se fait d’illusions quant à sa capacité à affronter l’Iran dans la région ».

Malgré ses habituelles rodomontades, Donald Trump serait pourtant d’humeur moins belliqueuse qu’il n’y paraît, à en lire le New York Times du 17 mai dernier : « Il a voulu mettre un frein à l’escalade avec l’Iran ces derniers jours, déclarant au ministre de la Défense, Patrick Shanahan, qu’il ne voulait pas s’engager dans une guerre avec l’Iran, tandis que les principaux responsables de la diplomatie américaine recherchaient des moyens de faire baisser la tension. »

La preuve en est que même Mike Pompeo, l’éternel va-t-en-guerre qu’on sait – il évoquait, récemment, une invasion militaire du Venezuela –, fait actuellement appel aux bons offices du sultanat d’Oman, traditionnel intermédiaire de la région, pour tenter d’apaiser la situation. On ajoutera qu’à l’instar d’un autre faucon, John Bolton, conseiller à la Sécurité nationale, Pompeo n’est qu’un simple civil et que les militaires ont encore le dernier mot…

En effet, du côté d’un Pentagone échaudé par les interventions erratiques en Afghanistan, en Irak et en Syrie, on aurait plutôt tendance à retenir les ardeurs de la Maison-Blanche et de la CIA. Certes, le porte-avions USS Arlington croise au large de l’Iran, tandis qu’un plan prévoyant l’envoi de 120.000 soldats dans la région n’attendrait plus que l’aval de Washington. Certes, on fourbit également ses armes à Téhéran. Et après ?

Et après, Georges Malbrunot note, dans Le Figaro du 8 mai dernier : « Si les autorités iraniennes sont conscientes qu’elles ne peuvent pas affronter militairement une puissance comme les États-Unis, leur but est de convaincre l’adversaire que le prix à payer pour remporter la victoire est disproportionné au regard des dommages qui lui seraient infligés. »

Bien sûr, il y a Israël et Benyamin Netanyahou dont on sait le bellicisme vis-à-vis de l’Iran. Mais il y a aussi son état-major et ses services de renseignement ; des professionnels plus que des idéologues, lesquels sont plus que perplexes quant à un conflit ouvert avec Téhéran.

Le site JForum, portail juif francophone, confirme par ailleurs, citant Amos Yadlin, ancien chef des renseignements militaires israéliens : « Personne ne pense à un changement de régime par des moyens militaires, mais affaiblir le régime, affaiblir l’économie iranienne et amener le peuple iranien à changer de régime, c’est, je pense, l’objectif ultime. » Voilà qui est plausible.

Dans cette affaire, les plus jusqu’au-boutistes sont finalement les Saoudiens. Et le même Malbrunot de révéler que Mohammed ben Salmane, tout juste remis de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en Turquie, « a demandé à ses généraux de lui préparer un plan pour envahir l’Iran ». Réponse d’un militaire français de haut rang, toujours selon la même source : « Des généraux saoudiens nous ont parlé de ce plan. MBS leur a réclamé une doctrine amphibie. L’Arabie nous a demandé des embarcations pour débarquer sur les côtes iraniennes. Je leur ai répondu : “Mais vous êtes sérieux ? Vous avez en face des centaines de milliers de gars qui savent faire la guerre !” »

Cela posé, et tandis que les armées américaines et iraniennes se font face, une provocation susceptible d’enflammer la poudrière n’est jamais à exclure, surtout avec des USA depuis longtemps passés maîtres dans ce type de manipulations. Il n’empêche qu’ils devront y réfléchir à deux fois, sachant que c’est par le détroit d’Ormuz que transitent 30 % du pétrole brut mondial, détroit que Téhéran menace régulièrement de fermer, avec les conséquences qu’on peut imaginer.

Paradoxalement, l’heure serait plus aux diplomates qu’aux pyromanes. Si Donald Trump n’est ni l’un ni l’autre, il n’est pas non plus le fou que certains prétendent.

À lire aussi

Élections anticipées : le quitte ou double de Matteo Salvini

Mais pourquoi renverser la table, à quelques semaines de la rentrée politique ? …