Projet de loi agricole : les agriculteurs encore perdants

Le ministre de l'agriculture Marc Fesneau dans l'hémicycle pour le vote de la loi agricole mardi 28 mai.
photo de Marc Fesneau au micro à l'Assemblée Nationale

Le projet de loi agricole a été adopté en première lecture, mardi 28 mai, à l’Assemblée nationale, par 272 voix pour et 232 voix contre. La gauche et le RN s’y sont opposés en grande majorité. Le projet doit être ensuite voté au Sénat, mi-juin. Une loi qui vise à répondre au défi du renouvellement des générations d’agriculteurs et à adapter le modèle agricole au changement climatique. Selon les agriculteurs interrogés, ce texte, qui aborde des sujets très variés, souffre de nombreuses insuffisances. Une vingtaine de députés Les Républicains l'ont malgré tout approuvé.

Céline Imart, numéro 2 sur la liste LR aux élections européennes, interrogée par BV, explique : « Ce projet de loi n’apporte aucune réponse, il surfe sur des concepts […] Il n’y a rien sur les questions existentielles. » Pour autant, « des petites choses vont dans le bon sens », grâce notamment aux nombreux amendements déposés par les LR, déclare-t-elle. « Même si ça ne répond pas aux enjeux de l'agriculture, on ne peut pas faire une opposition de principe pavlovienne, et alors, il faut le voter. »

Une loi souffrant de grosses insuffisances

Les lignes rouges dressées par Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, n’aident en rien les paysans, selon Céline Imart. « [Sa] première ligne rouge est de remettre à disposition des pesticides qui ont été interdits chez nous, mais pas chez nos voisins. » Deuxième ligne rouge, il s'agit de « ne pas désarmer les agents de l’Office de la biodiversité, ajoutant qu'il doit tenir aussi les militants écologistes activistes ». La candidate reconnaît, cependant, que la loi va dans le bon sens concernant les allègements des sanctions sur les agriculteurs : il n'y aura délit qu'en cas de faits intentionnels. « Pour avoir mal taillé une haie, le gouvernement permet de faire une transaction par rapport à la peine initialement prévue qui est énorme : 300.000 euros et cinq ans de prison. On est du niveau des narcotrafiquants à la Castellane. »

L’agriculteur Jean Lefèvre, qui avait mené les mobilisations des agriculteurs sur l’A1, membre de la FNSEA, a donné son avis à BV sur ce projet de loi. « Malgré les discours, la loi ne comporte rien sur l’interdiction de la vente de produits sur le sol français qui ne correspondent pas à nos normes de production. » Il en va de même pour les produits phytosanitaires et la loi EGalim, selon lui.

La nouvelle la loi permettrait aussi la création de « groupements fonciers agricoles d’investissements ». « La maîtrise du foncier doit rester nationale et familiale. Ouvrir la porte à des investisseurs étrangers va les amener à contrôler non seulement la souveraineté alimentaire, mais aussi le patrimoine », nous explique Céline Imart. Elle appelle à se battre pour mettre au patrimoine immatériel de l’UNESCO les savoir-faire ruraux et agricoles.

Par ailleurs, la loi conditionne l’achat et même la transmission d’une exploitation agricole à la validation d’une licence et au passage par un réseau : « France services agriculture ». La situation est déjà alambiquée : « Quand un agriculteur décède, c’est souvent très compliqué avec la fiscalité actuelle pour que la génération d’après s’installe », déplore celle qui est encore agricultrice.

Des paroles aux actes, il y a un fossé

« Les macronistes font de grandes déclarations d’amour à l’agriculture et, par-derrière, ils votent toujours avec les socialistes à Bruxelles pour tout ce qui peut nuire aux agriculteurs », conclut-elle.

« Au niveau européen, ça a plutôt bougé dans le bon sens, reconnaît, de son côté, Jean Lefèvre. Au niveau français, le message est bien passé, grâce aux journalistes. 93 % des Français sont d’accord avec nos revendications… » Mais « les ministres, avec lesquels on s’entend de mieux en mieux, montrent qu’ils sont pieds et poings liés avec leurs administrations. Aujourd’hui, ce n’est plus le gouvernement qui gouverne, c’est l’administration française », déplore-t-il. Dans ce rapport de force du politique avec l’administration, le monde agricole semble encore le grand perdant par rapport aux ONG environnementalistes.

Gabriel Decroix
Gabriel Decroix
Étudiant journaliste

Vos commentaires

23 commentaires

  1. Le monde agricole ne bouge pas. Est-il véritablement intéressés par son avenir ? A-t-il véritablement des soucis de fins de mois ? Je puis vous assurer que dans la métallurgie, les lois qui sortent la concernant sont préalablement suivies pieds à pieds. Les interventions se font dès le premier projet connu, voire au cours de sa rédaction. Si nos agriculteurs s’endorment qu’ils ne s’étonnent pas d’être maltraités.

  2. Je n’arrive pas à comprendre. On nous dit que pour la PAC la France donne 30 milliards et n’en reçoit que 15 en retour. Sortons donc de cette PAC maudite, ne lui donnons plus un sou, et donnons directement 30 milliards à nos agriculteurs. C’est si compliqué en France de faire des choses intelligentes ?

  3. comme on peut le constater les LR en grande majorité font comme à Bruxelles ils votent contre l’agriculture, dans ce texte en effet il n’y a pas de « barrage » contre les pays qui utilise de nombreux pesticides et qui n’ont pas les mêmes contraintes fiscales et environnementales notamment, encore du bla bla pour faire trainer les choses, et bizarrement la FNSEA est encore d’accord en plaignant le gouvernement.

  4. Il est navrant de constater à quel point l’Administration française épouse les délires tyranniques des écologistes radicaux qui ont entrepris de martyriser toutes les catégories de la société , en particulier le monde agricole et celui du logement par exemple . Pas étonnant que le score de ce parti politique s’amenuise progressivement au fil des sondages en vue des élections du 9 juin.

  5. Il n’y a strictement rien à attendre de bon de la Macronie. Quant à l’opposition constructive » genre LR, on n’a que trop donné dans la supercherie.

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