[Point de vue] Aider les Ukrainiens à « neutraliser des cibles en Russie » : nouvelle escalade ?

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« Vous ne vous arrêtez jamais, Monsieur Pignon », disait Bernard Brochant (Thierry Lhermitte) à François Pignon (Jacques Villeret), le « con » de son dîner dans le film éponyme de 1998. C’est un peu ce que l’on serait tenté de dire à Emmanuel Macron à la lecture, tristement régulière, de ses prises de position toujours plus va-t-en-guerre face à la Russie de Vladimir Poutine. Dans le rôle du petit teigneux qui dit « Viens te battre » au boxeur taciturne à la sortie d’une boîte de nuit, notre Président n’a décidément pas son pareil.

Dernière idée géniale en date, cette déclaration faite lors de sa visite d'État en Allemagne, ce mardi, aux côtés du chancelier Scholz. Pour le président de la République, « on doit leur permettre [aux Ukrainiens] de neutraliser les sites militaires d'où sont tirés les missiles […], les sites militaires depuis lesquels l'Ukraine est agressée ». Nous sommes bien d’accord pour convenir du fait que ces sites se trouvent en Russie, n’est-ce pas ? Bah oui, mais c’est logique : « Si on leur dit "vous n'avez pas le droit d'atteindre le point d'où sont tirés les missiles", en fait, on leur dit "on vous livre des armes mais vous ne pouvez pas vous défendre". » Aussi imparable que le mouvement d’un canon en plastique sur un plateau de Risk, qui permettrait d’attaquer le Kamchatka depuis la Yakoutie.

Agression : caractérisée ou non ?

Il y a, toutefois, un tout petit problème : que ce soit pour viser une base militaire ou une usine de pneus, aider un pays à attaquer un autre pays, c’est une agression caractérisée. Et si la France est derrière tout cela - on nous pardonnera d’être un peu simpliste -, mais cela reviendra à faire de nous des agresseurs de la Russie. Vladimir Poutine, peut-être un peu simpliste lui aussi, a donc immédiatement répondu : « La tâche n'est pas préparée par l'armée ukrainienne mais par les représentants des pays de l'OTAN », a dit le président russe, qui reproche aux Occidentaux de vouloir un « conflit mondial ». En déplacement en Ouzbékistan, Poutine a voulu préciser sa pensée, avec une once de mépris : « En Europe, en particulier dans les petits pays, ils doivent réfléchir à ce avec quoi ils jouent. Ils doivent se souvenir qu'ils sont bien souvent des États ayant un petit territoire et une population très dense […] Ce facteur est une chose sérieuse qu'ils doivent avoir à l'esprit avant de parler de frapper en profondeur le territoire russe. […] Cette escalade permanente peut avoir de graves conséquences. » Tout ça est on ne peut plus clair. On pourrait parler de menace.

Sabre au poing

Qu’importe ! Cheveux au vent et sabre au poing, notre Zorro marque Repère continue sa chevauchée fantastique. Dans deux jours, il dira peut-être « en même temps » exactement l’inverse, comme sur tant d’autres sujets, afin de temporiser. Son entourage appellera ça un ballon d’essai. On ne sait pas comment la France prévoit d’aider les Ukrainiens à frapper la Russie, mais ce qui est certain, c’est que ce n’est sans doute pas l’idée du siècle. Ce qui est encore plus certain, c’est que les braves gens qui ont voté pour ce monsieur afin de faire barrage à la haine ou – mieux encore - à l’amateurisme supposé de Marine Le Pen ont désormais toutes les cartes en main pour comprendre l’intelligence de leur choix.

Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

84 commentaires

  1. Mise au point : Je ne suis pas « Macroniste », pas socialiste , et encore moins communiste. Cependant j’ai une opinion concernant ce que Poutine appelle « une opération spéciale ». L’Ukraine est une vieille région autrefois appelée « La RUS » et qui a été occupée, découpée, colonisée, et qui par un heureux hasard a été ressuscitée par la volonté de Staline mais avec des déportations et une russification. Après l’écroulement de l’URSS elle a retrouvé son indépendance reconnue par les instances internationales dont la Russie. Aujourd’hui elle est attaquée par la Russie Poutinienne, qui souhaite récupérer son ancienne colonie. Mais cette nation a le droit de se défendre, surtout face à une nation dirigée par un autocrate sanguinaire. En 2014 l’Ukraine n’a pratiquement pas d’armée digne de ce nom et doit compter sur l’aide de l’occident pour essayer d’arrêter Poutine dans sa conquête coloniale, ou impérialiste, au choix. Si j’ai bien compris, votre position, vous souhaitez que l’Ukraine capitule pour éviter une 3éme guerre mondiale. Donc vous faites partie des hurluberlus qui croient que Poutine n’a d’autre projet que l’Ukraine ?? Erreur !! Ce fada souhaite refaire l’Empire Soviétique ou Stalinien, ou Tsariste. Vous avez la trouille comme beaucoup d’Européens, alors vous capitulez, moi tout cela me rappelle les années 30-39. Vous savez l’histoire se répète plus souvent que l’on croit. Donc vive l’UKRAINE.

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