Pour Sibeth Ndiaye, la réforme des retraites, c’est pour les gilets jaunes ! Vraiment ?

En ces jours où l’onde de choc de la mort de nos soldats continue de se répandre, à Pau et à Villeneuve-sur-Lot, dans chaque unité et chaque ville touchée, mais aussi dans tout le pays et dans nos consciences, nous questionnant sur nos engagements – ou nos absences d’engagement – en regard de celui de nos soldats, on n’échappe pourtant pas au flux de l’actualité. Le hasard m’a fait tomber sur une interview enjouée de Sibeth Ddiaye, mercredi matin, sur France Info, que j’ai dû réécouter pour être certain que mon émotion n’avait pas parasité ma compréhension.

Alors que la journée de protestation contre la réforme Macron-Delevoye des retraites du jeudi 5 décembre s’annonce massive et historique, et pas seulement à la SNCF et à la RATP, mais aussi à l’Éducation nationale, et qu’elle ne se limitera pas à une seule journée, celle qui est tout de même porte-parole du gouvernement a défendu la réforme systémique par points en ces termes :

« Je ne peux pas accepter qu’une femme qui est à la tête d’une famille monoparentale, qui travaille à temps partiel par exemple dans la grande distribution, se retrouve sur un rond-point parce qu’elle n’arrive pas à finir la fin du mois. Et je ne peux pas accepter que ce soit cette même femme qui soit fortement pénalisée et qui ait une chance sur cinq à la fin de sa vie de se retrouver à travailler jusqu’à 67 ans parce qu’elle n’a pas accumulé assez de trimestres, assez de droits à la retraite. »

Rond-point ? Voulait-elle dire « gilets jaunes » ? Vous savez : cette catégorie de factieux et de casseurs sur lesquels le gouvernement ne cesse de cracher avec une hargne obscène depuis un an quasiment jour pour jour.

Le présentateur a eu le même doute que moi, lui demandant de préciser si la réforme des retraites était une « réponse du gouvernement à la crise des gilets jaunes ». Pour Mme Ndyae, la réponse était nette : « Oui, cette réforme est une des réponses à la crise des gilets jaunes. »

Je ne sais pas quelle formule la rédaction de Boulevard Voltaire va réussir à trouver : hallucinant ? Plus c’est gros plus ça passe ? Dingue ? Ils osent tout ? Jusqu’où iront-ils ? Tous les titres semblent déjà pris, tant ce gouvernement accumule les énormités.

À quel degré d’inquiétude, d’incompétence, de maladresse – nous pesons nos mots – en sont-ils arrivés pour en venir à ériger la mère de famille gilet jaune des ronds-points en potentielle bénéficiaire et donc en avocate de la réforme des retraites ! Même le journaliste de France Info en devenait jaune. En tout cas, Gabrielle Cluzel peut être rassurée : cette réforme a été faite pour les pauvres mères de famille gilets jaunes. Les Français n’ont rien compris : les points vont compenser tous les mi-temps, temps partiels, etc., de ces pauvres mères. Puisque Sibeth le dit…

On attend encore la démonstration comme nous attendons toujours celles du haut-commissaire qui, lui, s’embrouille dans ses simulations, ses valeurs du point, ses clauses de grand-père ou de semi-grand-père ou de SNCF-grand-père.

Il faudra dire à qu’il ne suffit pas d’arriver, un mercredi matin, tout en jaune, dans un studio de la radio aux points jaunes pour se faire passer pour une gentille organisatrice gilets jaunes-friendly afin de faire oublier sa saison 1 de Mère fouettard de gilets jaunes, avec ses amis Castaner et Griveaux dans les rôles principaux. Et que s’il y avait un angle à éviter pour défendre cette réforme si mal pensée, c’était bien celui-là. On se demande bien quel est le communicant élyséen qui a pu souffler cette idée de dingue au porte-parole du gouvernement. Peut-être quelqu’un qui veut sa place. Oui, tout se tient, finalement.

Certains rêvaient, ici, de convergences des luttes : gilets jaunes, peuples de droite et de gauche. et sa porte-parole vont réussir l’exploit de les réunir derrière la CGT et SUD Rail. La recomposition Macron n’est plus en marche mais en plein emballement.

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