Décidemment, l’élection présidentielle de déclenche les passions. La preuve en est que même le pape François s’en mêle, s’inquiétant d’une possible victoire du en France. Quelques crans en dessous, le Premier ministre Jean Castex descend dans l’arène, estimant que la victoire de Marine Le Pen serait « une catastrophe pour le pays », cette dernière n’ayant pas « les compétences nécessaires pour gérer la France ». Et de conclure : « Je me battrai de toutes mes forces pour que ça n’arrive pas. »

Voilà qui appelle au moins trois remarques :

La première : de la « catastrophe pour le pays », entre gilets jaunes, pandémie, effondrement de notre industrie, et incapacité flagrante de l’ex-cinquième puissance économique au monde à fabriquer ne serait-ce que et aspirine, les Français ont déjà eu un avant-goût. Cela pourrait-il être pire avec Marine Le Pen ? Peut-être. Mais pour battre de tels records, encore faudrait-il que cette dernière se surpasse au-delà de l’imaginable.

La seconde : les « compétences nécessaires » s’inscrivent, à peu de choses près, dans le même registre. Il est, certes, médiatiquement convenable de gloser sur celles de la présidente du Rassemblement national ; mais qu’en est-il exactement de celles du stagiaire de Matignon, si ce n’est d’offrir à Laurent Gerra son beurre matinal et quotidien sur RTL ?

Quant à la troisième, il s’agit toujours de la même antienne consistant à se « battre de toutes ses forces pour que ça n’arrive pas », comme si le possible accès aux affaires du était le principal danger menaçant notre vieux pays fatigué. À croire que, par les temps qui courent, ils n’aient que ça à foutre au gouvernement.

Plus sérieusement : l’éternelle ritournelle servie depuis des décennies consistant à croire que l’avènement du lepénisme serait synonyme d’apocalypse. De 1986 à 1988, Jean-Claude Gaudin, ancien maire de Marseille, a cogéré la région PACA avec le Front national et on n’a pas entendu dire que la Côte d’Azur ait disparu sous les flots pour exprimer son désappointement humaniste. Idem pour des villes telles qu’Orange, Hénin-Beaumont, Beaucaire, Fréjus, Béziers et autres, dont les maires, classés peu ou prou « extrême droite », n’en finissent plus d’être réélus dès le premier tour. Comme quoi ces édiles peuvent se montrer plus aptes à leurs fonctions qu’un Jean Castex aux siennes.

D’où, aussi, la position de repli de Jean Castex, indigné qu’on puisse prétendre que « monsieur Macron et madame Le Pen, c’est la même chose ». Là, pour une fois, le bon sens le plus élémentaire oblige à reconnaître qu’il n’a pas tort : entre Emmanuel et Marine, il y a quelques galaxies d’écart. D’un côté, le candidat des bourgeoisies de gauche et de droite, de l’autre, celle du peuple, toutes sensibilités politiques confondues.

Pour autant, Jean Castex est-il si blanc dans son nouveau costume de chevalier antipopuliste ? On peut se poser la question si l’on en croit Louis Aliot, actuel maire de Perpignan. Alors que Jean Castex était candidat aux élections législatives de 2012 dans les Pyrénées-Orientales, son équipe aurait joyeusement pris ses aises avec les élégances démocratiques. À l’époque, il arrive, sous l’étiquette UMP, en deuxième position (30,5 %), loin derrière la socialiste Ségolène Neuville (37,6 %), mais un peu devant Louis Aliot, (18,7 %).

D’où ces petits arrangements dont ce dernier se souvient fort bien : « Le deal était que l’équipe Castex fasse un faux tract FN et le distribue à notre électorat. » Ce qui fut fait, avant que Jean Castex, effrayé, ne l’apprenne et bloque la manœuvre au dernier moment. Et c’est ainsi que la candidate socialiste fut élue.

Du coup, on aurait plutôt tendance à prétendre que Macron et Castex seraient, eux, comme bonnets blancs et blancs bonnets, tandis que Marine Le Pen pourrait bien incarner l’alternative à ce système devenu si consanguin qu’il serait finalement plus humain de l’achever, histoire de mettre fin à ses souffrances.

 

17 mars 2021

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