Editoriaux - Justice - Politique - Table - 10 novembre 2017

Police de sécurité au quotidien : vers un enfumage de plus

Alors que des premières consultations ont été lancées par les préfets pour évaluer les besoins en termes de moyens et lancer la police de sécurité au quotidien – appellation pompeuse incluse dans le projet d’Emmanuel Macron, ayant notamment pour objectif un “rapprochement avec la population” -, il convient de s’intéresser de plus près à ce projet mort-né.

En effet, alors que les gouvernements successifs ont littéralement laissé pourrir la situation, sans anticipation aucune des besoins nécessaires à la police nationale pour assurer sa mission, la plupart des services travaillent avec des bouts de ficelle et recoivent des instructions contraires à l’intérêt général, qu’ils sont bien obligés de transmettre.

Il est est ainsi des ordres donnés “de ne pas faire de vague”, comprenez de lever le pied, voire de ne pas intervenir dans certains quartiers afin de ne pas déclencher de violences urbaines, et ce, au détriment de la sécurité de la population, se retrouvant de facto prise en otage.

Sous-effectfs, véhicules inadaptés voire dangereux du fait d’un manque d’entretien, locaux insalubres, la liste des postes budgétaires qu’il faudrait adapter à la réalité du terrain est à la fois longue et parfaitement connue. Pourquoi, donc, lancer une consultation ?

Le mouvement des policiers en colère, dont Guillaume Lebeau, l’un des porte-parole, vient de publier Colère de flic aux Éditions Flammarion, avait pourtant tiré le signal d’alarme sur l’urgence de la situation en dressant un état des lieux d’autant plus objectif qu’il émane des policiers qui en font les frais quotidiennement sur le terrain.

Certains chefs de service, soucieux de leur mission, ont également fait part des difficultés qu’ils ont à gérer la situation, en faisant remonter par la voie hérarchique les mêmes constats.

C’est pourtant les mêmes vieux remèdes ayant déjà fait la preuve de leur parfaite inefficacité qui risquent d’être mis en œuvre, le ministre de l’Intérieur ayant évoqué fièrement sa volonté d’équiper les effectifs de tablettes numériques afin d’éviter, notamment, les “contrôles au faciès”, cette lubie sans cesse évoquée par les apôtres de la victimisation et les bien-pensants de tout poil qui ne connaissent rien de la réalité du terrain.

Le meilleur moyen de rapprocher la police de la “population”, c’est d’abord de lui donner enfin les moyens et les instructions claires afin de rétablir l’ordre républicain partout et d’en finir avec le sentiment d’impunité de ceux qui ne respectent rien ni personne.

Cela ne peut se faire sans le concours de la Justice, en lui permettant de juger efficacement et rapidement les auteurs d’infractions, et en mettant en place une politique carcérale digne de ce nom.

C’est une question de volonté, et cela prendra du temps, sans doute plus que le calendrier électoral n’en donne à ceux qui se présentent aux suffrages. C’est pourquoi il vaut mieux pour eux faire de fausses réformes, de la communication, et laisser – encore et toujours – pourrir la situation en achetant une paix sociale très relative tout en laissant croire que l’on maîtrise la situation.

Cet enfumage ne pourra pas durer éternellement.

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