[Point de vue] Prison : les détenus mieux traités que les Français ordinaires ?

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Il y a quelques mois, je tournais une vidéo devant la prison de la Santé, en plein Paris. Arrivés sur place, nous allumons la caméra et le micro quand une silhouette attire notre attention, sur le boulevard Arago. En y regardant de plus près, nous apercevons deux hommes sur une trottinette électrique. Ils s’arrêtent, descendent de la trottinette, puis, tout d’un coup, lancent un paquet par-dessus le mur d’enceinte. Par chance, nous avons pu filmer cet épisode. Ce phénomène, que l’on appelle une « projection », est le symbole du laxisme judiciaire qui est loin de s’arrêter à la sortie des tribunaux.

L’ordre en prison n’est pas assuré

Ces projections sont le fait de complices, hors de la prison, qui envoient téléphones, drogue et parfois des armes aux détenus.

La chaîne CNews relayait, ainsi, la croissance continue du phénomène, notamment dans la prison de Saint-Quentin-Fallavier, en banlieue de Lyon, où 3.400 paquets ont été lancés en six mois, soit 18 paquets par jour en moyenne ! Des centaines de vidéos pullulent ensuite sur les réseaux sociaux où les détenus exhibent leurs colis.

Les prisons ont beau riposter en installant des filets de sécurité et en multipliant les fouilles, le phénomène est trop important pour des surveillants pénitentiaires en constant sous-effectif.

Mais les projections ne sont que la pointe de l’iceberg. De manière plus générale, l’ordre n’est plus assuré en prison. À bien des égards, le rapport de force entre surveillants et détenus est équilibré - un comble ! Chaque année, un surveillant sur six est agressé. Les cas d’agressions de surveillants sont légion et les réductions de peine sont ainsi considérées comme des carottes, indispensables pour « tenir » les prisons.

Un mantra : la réinsertion

En France, nos prisons ont progressivement convergé vers un seul objectif : la réinsertion.

C’est pourquoi elles rivalisent de créativité pour proposer des activités aux détenus. Souvenez-vous : en août 2022, le ministre de la Justice feint l’étonnement lorsqu’un youtubeur organise un « Koh-Lanta des prisons », avec karting et piscines. Un des participants était notamment condamné pour meurtre….

Mais tout au long de l’année, des milliers d’activités ont lieu, en prison : sorties dans la nature, sport, formations à l’extérieur, qui se soldent d’ailleurs régulièrement par des évasions. Ainsi, en mars dernier, l’auteur d’un double meurtre, condamné à 28 ans de prison pour assassinat, s’était évadé de sa prison à pied, tout simplement, lors d’une formation horticole.

Plus récemment, le 24 mai dernier, un détenu de Valence s’est « fait la belle » lors d’une sortie à la fête de la nature, dans le village voisin… Il n’a, a priori, pas été retrouvé.

Les détenus mieux soignés que les Français ?

Mais, ce n’est pas tout. Contrairement à ce que laissent entendre des associations militantes comme l’OIP [Observatoire international des prisons, NDLR], les soins de santé sont très bons, en prison. À l’heure de la désertification médicale, beaucoup de prisons possèdent leur propre médecin, dentiste, psychiatres et infirmières à temps plein.

La plupart des détenus ont un meilleur accès aux soins à l’intérieur des prisons qu’à l’extérieur. Les dépassements d’honoraires sont ainsi interdits et la prise en charge par la Sécurité sociale et l’établissement pénitentiaire est complète. La prison est aussi l’occasion, pour eux, d’arrêter un certain nombre de dépendances.

Certes, certaines prisons françaises sont aujourd’hui en mauvais état et la vie y est moins facile qu’à l’extérieur, mais la différence entre la vie à l’intérieur et celle à l’extérieur a une nette tendance à rapetisser. Et pour des personnes qui ont commis des crimes ou des délits graves, et qui sont censées faire pénitence en prison, c’est un véritable scandale.

Pierre-Marie Sève
Pierre-Marie Sève
Directeur de l'Institut pour la Justice

Vos commentaires

32 commentaires

  1. Ceci dit, il existe quand même des prisons, ou plutôt « lieux de privations de liberté » de première classe. Exemple la Santé qui possède un quartier VIP ! Là aussi on cherche l’égalité, l’incarcération ne devrait pas être plus douce pour certains délinquants, au contraire. Un séjour dans une prison occupée à 85% par des chances pour la France ferait sans doute réfléchir les auteurs de magouilles, détournements de fonds et autres délits souvent peu, ou pas, réprimés.

  2. Etre en détention et non pas en prison, comme l’intélligentia voudrait le faire croire, pour nous apitoyer, non, ce sont des détenus de droit commun incarcérés dans des centres pénitentiaires. Ceci précisé, quand on voit ces lieux, comme fleury-mérogis, et nos « bobos » qui veulent faire encore mieux, ce ne sont pas des « prisons », mais des lieux de vacances, ou « acquitator », a été ovationné lors de sa visite à ses anciens CLIENTS, un scandale et il est toujours là! Moi je vois bien, puisqu’il n’y a pas assez de places, faire des lieux de détention comme le shérif Joé Arpaio, sous des tentes, jusqu’à la « rédemption » complête de ces racailles, qui n’auront pas envie d’y revenir et faire plutôt des maisons de retraite qui ne soient pas des mouroirs hors de prix.

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