Depuis sa création, en 1956, sous la dénomination « La maternité heureuse », le Planning familial a bien changé. La maternité nous est vendue moins heureuse, marque de fabrique d’un féminisme aigri, de Mai 68, Simone Veil et Cie, une maternité victime du succès de la manufacture nationale de déconstruction massive, plus connue sous le doux sobriquet de « progressisme sociétal ».

Les temps ont bien changé, la croissance se doit d’être perpétuelle, le Planning se diversifie ; prenant l’exemple des moutures LGBTQI+ (plus de 70 déclinaisons au compteur, au moment d’écrire ces lignes). Outre les classiques éducations aux multiples sexualités, la contraception et l’avortement, sont également au menu les maladies vénériennes, pudiquement dénommées MST. Le catalogue fait sa révolution perpétuelle, entre les droits à l’indifférence et les revendications permanentes pour des droits déjà acquis, le consommateur a, sans embarras, l’embarras du choix. Le thème est toujours central, il est peu question de famille, place à l’entrecuisse, le vif du sujet, parce que le Planning, c’est une grande famille, pas de tabous, on y parle de tout, on y débat, toujours intersectionnellement, on y parle peu d’amour, mais on y combat. IVG, 2020, bon millésime, année record.

La politique maison, c’est donc la déconstruction. Bientôt le passage du délai légal de « mon corps mon choix » de 12 à 14 semaines, la suppression de la clause de conscience pour les médecins, la possibilité, pour les sages-femmes, de réaliser des avortements jusqu’à la dixième semaine. Eh oui, car à la 14e, avorter, à l’instar de celui de guérir, cela devient un art ; de la dextérité, ma bonne dame, de la rigueur… Mais toute cette boucherie n’est, somme toute, qu’un détail ; le syndicat des bouchers s’insurgera de la comparaison.

Passons donc, jamais question de famille ? Pas tout à fait. Le Planning familial innove, il nous explique (sur sa page Facebook, cette semaine). « La culture a tendance à ne nous montrer qu’une seule forme de vie sentimentale : le couple, à deux (monogame, exclusif), vivant ensemble, fondant une famille. […] Le polyamour est une manière particulière de vivre et de penser les relations. Au sein de ces relations, toutes les personnes concernées sont tenues au courant et sont consentantes. Une personne polyamoureuse peut être en relation distincte avec plusieurs personnes qui peuvent être elles-mêmes en relation avec d’autres. » Ici, c’est au tour des antispécistes de s’insurger. Mais le Planning rassure, il est possible d’apprendre à dépasser la jalousie, par le soutien, l’apprentissage et surtout par le « sentiment génial de compersion » : le fait d’être heureux.se de voir son ou sa partenaire être amoureux.se d’une autre personne et de se réjouir de son amour et de son bonheur. À ce rythme, on se demande bien, dans sa quête permanente d’une politique de terre brûlée, quelle sera la prochaine révolution progressiste. J’ai ma petite idée, mais je vous laisse deviner.

Sous l’assaut des Barbares, la civilisation romaine d’Occident a disparu. Aujourd’hui, il ne fait plus de doute que les Barbares, c’est nous.

10 octobre 2020

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